Accord de libre-échange Canada-Europe

Par Mis en ligne le 23 février 2012

Pour la CSN, le grand se­cret dans le­quel se dé­roulent, de­puis 2009, les né­go­cia­tions entre l’Union eu­ro­péenne (UE) et le Ca­nada en vue d’en ar­river à la conclu­sion d’un ac­cord de libre-échange — l’accord éco­no­mique sur le com­merce global (AECG) — est an­ti­dé­mo­cra­tique. « Le tout se fait dans le plus grand se­cret et même les par­le­men­taires (fé­dé­raux et pro­vin­ciaux) n’ont pas accès aux textes ! de sou­li­gner le pré­sident de la CSN, Louis Roy. Les in­for­ma­tions qui nous par­viennent pro­viennent de fuites et elles sont forts inquiétantes. »

Ef­fec­ti­ve­ment, le Ré­seau qué­bé­cois d’intégration conti­nen­tale (RQIC) a mis la main et di­vulgué sur son site Web cer­tains écrits sur l’état d’avancement des tra­vaux, no­tam­ment les offres du Ca­nada et du Québec à l’Europe. Ces do­cu­ments nous per­mettent de croire que le gou­ver­ne­ment cé­dera à la pres­sion des Eu­ro­péens en ce qui a trait à l’ouverture des mar­chés sub­fé­dé­raux, au­tre­ment dit les contrats de biens et ser­vices des pro­vinces, des villes, des or­ga­nismes pu­blics et des so­ciétés d’État.

C’est le pre­mier ac­cord de libre-échange ayant pour cible les mar­chés sub­fé­dé­raux. Par ailleurs, les par­ties au­raient aussi opté pour l’approche dite de la « liste né­ga­tive ». Cela si­gnifie que l’accord couvre tous les do­maines, sauf ceux qu’on aura pris la peine d’exclure nom­mé­ment. « C’est une ap­proche dan­ge­reuse, car il est tou­jours pos­sible qu’un oubli se pro­duise, sans compter que les sec­teurs nou­veaux se trou­ve­ront au­to­ma­ti­que­ment visés », ex­plique Louis Roy.

Pas d’encouragement au dé­ve­lop­pe­ment local

L’ouverture des mar­chés pu­blics sub­fé­dé­raux au­rait nor­ma­le­ment pour consé­quence l’interdiction de fa­vo­riser une en­tre­prise lo­cale : c’est la clause de trai­te­ment na­tional. Les « opé­ra­tions de com­pen­sa­tion » se­raient aussi in­ter­dites. On en­tend par là les me­sures d’encouragement au dé­ve­lop­pe­ment local, ou le fait d’exiger une te­neur en élé­ments d’origine na­tio­nale dans le contrat. Il ne se­rait pas pos­sible de pour­suivre un ob­jectif se­con­daire comme fa­vo­riser les en­tre­prises qui ont des pré­oc­cu­pa­tions so­ciales ou en­vi­ron­ne­men­tales ; le contrat doit aller au plus bas sou­mis­sion­naire peu im­porte ses pratiques.

Fait en­core plus trou­blant, l’AECG com­por­te­rait un cha­pitre sur la pro­tec­tion des in­ves­tis­seurs étran­gers, de même fac­ture que le très dé­crié cha­pitre 11 de l’ALENA. Il s’agit de pro­téger, voire de sur­pro­téger les in­ves­tis­seurs qui viennent s’installer ici en leur ga­ran­tis­sant le même trai­te­ment que celui dont bé­né­ficie l’entreprise lo­cale (trai­te­ment na­tional) ; une pro­tec­tion phy­sique des avoirs étran­gers as­surée par l’État (norme mi­ni­male de trai­te­ment) ; une com­pen­sa­tion en cas d’expropriation, même in­di­recte (ex : si l’État veut res­treindre l’utilisation d’un ter­rain ou d’un bien, em­pê­cher cer­taines ac­ti­vités à des fins de conservation).

L’interdiction d’une « pres­crip­tion de ré­sul­tats » fait aussi partie de l’arsenal. On ne pour­rait sou­mettre l’investissement étranger à des condi­tions du genre : em­bauche et for­ma­tion de la main-d’œuvre lo­cale, par­tage de tech­no­lo­gies, im­po­si­tion d’une te­neur lo­cale (ma­té­riaux, pro­duits) dans la pro­duc­tion. « Le Plan Nord tant vanté par le gou­ver­ne­ment Cha­rest, pour la créa­tion d’emplois lo­caux, pour­rait bien s’avérer un mi­rage sous ce volet, si un tel cha­pitre se re­trouve ef­fec­ti­ve­ment dans l’AECG », d’affirmer le pré­sident de la CSN.

Un débat public

Pour la CSN, les nom­breuses ques­tions que sou­lève cet ac­cord com­mandent la tenue d’un débat large et ou­vert. Quels ser­vices pu­blics se­raient bradés ou pro­tégés ? Le pou­voir d’intervention de l’État à tous les plans est-il pré­servé ou ir­ré­mé­dia­ble­ment com­promis ? « Tous les pactes éco­no­miques qu’ils cherchent à conclure ne les au­to­risent pas à traiter leur po­pu­la­tion comme des en­fants à qui on ap­prend, mais seule­ment une fois cela fait, que papa et maman viennent de vendre la maison… », de conclure Louis Roy.

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