Prestations de sécurité de vieillesse : Harper détourne la réalité

Par Mis en ligne le 07 février 2012

La ré­cente an­nonce de Ste­phen Harper de li­miter les dé­penses concer­nant la Sé­cu­rité de la vieillesse et le Sup­plé­ment de re­venu ga­ranti, en haus­sant l’âge d’admissibilité aux pres­ta­tions vient d’ajouter un nou­veau volet aux me­naces qui pèsent sur les ré­gimes de re­traites. Harper fait la dé­mons­tra­tion que leur avenir ne dé­pend pas ul­ti­me­ment des pro­blèmes de ca­pi­ta­tion et de ren­de­ment mais fon­da­men­ta­le­ment de dé­ci­sions politiques.

Les cou­pures visent aussi les jeunes

Le gou­ver­ne­ment Harper tente de créer une fausse crise en agi­tant le spectre du dé­ficit de paie­ment de la sé­cu­rité de la vieillesse. Cela laisse sup­poser que les baby-boomers en ont plus que né­ces­saire et que les éco­no­mies réa­li­sées bé­né­fi­cie­ront aux jeunes . Mais dans les faits les cou­pures dans les ré­gimes de pen­sion vont at­teindre la gé­né­ra­tion vieillis­sante, mais en­core plus par­ti­cu­liè­re­ment les jeunes et cela de deux façons :

D’une part, Fla­herty a déjà an­noncé l’année der­nière des cou­pures dans le RPC qui se­ront mises en place bientôt aux­quelles s’ajoutent main­te­nant les cou­pures dans la Sé­cu­rité de la vieillesse. Le gou­ver­ne­ment du Québec a in­diqué qu’il ajus­te­rait le RRQ selon les mêmes règles. D’autre part, les ré­gimes com­plé­men­taires de re­traite font face à une of­fen­sive pa­tro­nale vi­sant à trans­former les ré­gimes à pres­ta­tion dé­ter­minée en ré­gime à co­ti­sa­tion dé­ter­minée. Même Postes Ca­nada en a fait un de ses prin­ci­paux ob­jec­tifs. Cela touche di­rec­te­ment les jeunes qui se­ront dou­ble­ment pé­na­lisés puisque les ré­gimes pu­blics comme la PSV conti­nue­ront d’être l’objet de cou­pures s’il n’y a pas de lutte uni­taire pour ri­poster. Il est donc tout à fait in­dé­cent d’affirmer que ces cou­pures ont pour ob­jectif de pré­server l’avenir des jeunes.

D’ailleurs à me­sure que les baby-boomers pren­dront leur re­traite, un nombre crois­sant de tra­vailleurs de­vront pour­voir les postes de­venus va­cants, dont beau­coup exigent des com­pé­tences spé­cia­li­sées. Mais les prio­rités des gou­ver­ne­ments vont dans l’autre sens. Ils pro­fitent des postes va­cants pour faire en­core des éco­no­mies sur le dos des jeunes et di­mi­nuer les ser­vices sur le dos de la population.

La pau­vreté s’accroît

Selon le CTC nos ré­gimes pu­blics – la Sé­cu­rité de la vieillesse (SV) et le Sup­plé­ment de re­venu garanti(SRG), ainsi que le Ré­gime de pen­sions du ca­nada (RPC), ou le Ré­gime des Rentes du Québec (RRQ) selon le cas pro­curent un re­venu sûr lors de la re­traite, mais la va­leur maxi­male de leur mon­tant reste en deçà des 50 à 70 % du re­venu an­té­rieur à la re­traite né­ces­saire au main­tien d’un ni­veau de vie équi­va­lent. Pa­ral­lè­le­ment, le volet privé de notre ré­gime de re­traite pré­sente de sé­rieuses dif­fi­cultés. À pré­sent, en­viron une per­sonne seule­ment sur quatre, qui tra­vaille dans le sec­teur privé, adhère à un ré­gime de pen­sion de l’employeur, et celles qui n’ont pas cette op­tion se voient obli­gées de compter sur des RÉER très coû­teux of­frant des ren­de­ments très faibles et incertains.

Contrai­re­ment aux pré­jugés avancés par les Éric Du­haime et cie, au moins la moitié des per­sonnes à re­venu moyen ap­par­te­nant à la gé­né­ra­tion du baby-boom, nées entre 1945 et 1966, fe­ront face à un manque à ga­gner d’au moins 25 % après la re­traite. À l’heure ac­tuelle, une per­sonne âgée sur trois rem­plit déjà les condi­tions re­quises lui per­met­tant de bé­né­fi­cier du Sup­plé­ment de re­venu ga­ranti du pro­gramme de la Sé­cu­rité de la vieillesse. Les re­venus des per­sonnes qui touchent des pres­ta­tions sont soit in­fé­rieurs, soit à peine su­pé­rieurs, au seuil de la pauvreté.

Les femmes en­core plus pénalisées

Selon sta­tis­tique Ca­nada, en 2007, 98 % des Ca­na­diennes et 95 % des Ca­na­diens de plus de 65 ans ont reçu des pres­ta­tions de la Sé­cu­rité de la vieillesse (SV) et un pour­cen­tage moins grand de femmes (86 %) que d’hommes (96 %) ont touché des pres­ta­tions du RPC ou du RRQ. Un nombre plus élevé d’hommes que de femmes ont touché un re­venu pro­ve­nant d’un em­ploi ou d’un ré­gime privé de pen­sion et de REER : 27 % des hommes, com­pa­ra­ti­ve­ment à 13 % des femmes, tou­chaient un re­venu d’emploi, et 72 % des hommes, com­pa­ra­ti­ve­ment à 63 % des femmes, avaient un re­venu pro­ve­nant d’un ré­gime privé de pen­sion ou de REER. Un pour­cen­tage lé­gè­re­ment plus élevé d’hommes (60 %) que de femmes (59 %) avaient un re­venu de placements.

Pour toutes ces sources, le re­venu des femmes était en moyenne in­fé­rieur à celui des hommes, à l’exception des pres­ta­tions de SV. C’est le re­venu de ré­gimes privés de re­venu d’emploi des hommes et des femmes qui af­fi­chait l’écart le plus im­por­tant : 14 400 $ pour les hommes et 9200 $ pour les femmes.

L’accroissement de l’âge pour bé­né­fi­cier des pres­ta­tions de SV tou­chera donc plus du­re­ment les femmes parce qu’elles sont soit moins pré­sentes sur le marché du tra­vail et ne bé­né­fi­cient pas de ré­gimes com­plé­men­taires de re­traite ni du RPC ou RRQ et/ou ont des sa­laires plus bas et bé­né­fi­cient de pres­ta­tions moins gé­né­reuses de ces mêmes ré­gimes. Dans ce cas elles risquent de de­voir tra­vailler plus long­temps. Comme l’a in­diqué la FADOQ, « la pro­po­si­tion avancée par M. Harper ne fait que pé­na­liser des femmes et des hommes qui n’ont pas les moyens de se re­tirer du marché du tra­vail avant 65 ans. Mais est-ce que les em­ployeurs vont vou­loir garder ces tra­vailleurs jusqu’à cet âge-là ? »

Des choix politiques

Selon un groupe d’économistes de l’Université Laval, la part des pen­sions de vieillesse dans le PIB ca­na­dien qui est ac­tuel­le­ment de 2,4% en 2012 n’augmenterait, en cor­ri­geant l’effet de l’inflation et en te­nant compte de la crois­sance pré­vi­sible de l’économie ca­na­dienne, que de 0,7% d’ici 2030. Il faut éga­le­ment consi­dérer que l’augmentation des paie­ments pour la SV at­teindra un sommet en 2030 mais se sta­bi­li­sera et ira en dé­crois­sant par la suite. En 2015, les dé­penses pu­bliques du fé­déral re­pré­sen­te­ront 14,6 % du pro­duit in­té­rieur brut (PIB), le ni­veau le plus faible ja­mais ob­servé de­puis 1960. Selon le pro­fes­seur de fis­ca­lité de l’Université Sher­brooke, Luc God­bout. « Si le gou­ver­ne­ment fé­déral est en dé­ficit ac­tuel­le­ment, ce n’est pas parce que ses dé­penses pu­bliques sont élevées »

Les dé­penses de la Dé­fense na­tio­nale quant à elles ont aug­menté de 9,6 % en un an entre 2008 et 2009. Le gou­ver­ne­ment pré­voit en plus l’achat d’une flotte de nou­veaux chas­seurs à ré­ac­tion F‐35 d’un coût ap­proxi­matif de 29 mil­liards de dol­lars sur 30 ans. Harper en­tend dé­penser de 130 à 150 mil­liards $ dans les 18 pro­chaines an­nées, au titre de l’accroissement du budget militaire.

À cela il faut ajouter la po­li­tique de ré­duc­tion d’impôt qui bé­né­ficie ma­jo­ri­tai­re­ment aux grandes en­tre­prises. Sous le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, le taux d’imposition des en­tre­prises est passé suc­ces­si­ve­ment de 22,12 % à 18 %, puis à 16,5 % en 2011, et à 15 % en 2012. Le taux d’imposition ca­na­dien des en­tre­prises est main­te­nant de 25 % in­fé­rieur à celui des États-Unis. À terme, ces ré­duc­tions am­pu­te­ront plus de 6 mil­liards de dol­lars chaque année aux re­venus du gou­ver­ne­ment fé­déral, sans compter les éva­sions fiscales.

C’est un choix de so­ciété ; la guerre, les di­mi­nu­tions d’impôt aux grandes en­tre­prises ou une qua­lité de vie équi­table à la retraite.

[NDLR] — En com­plé­ment, nous sug­gé­rons éga­le­ment la lec­ture de l’article pu­blié sur le site des NCS et por­tant sur la cam­pagne « Une re­traite à l’abri des soucis », initié par la FTQ et ses par­te­naires, dont la Fé­dé­ra­tion des femmes du Québec, le Ré­seau de la FADOQ et la Fé­dé­ra­tion étu­diante col­lé­giale du Québec.

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