Réflexions sur le processus des Forums sociaux

Par Mis en ligne le 06 février 2012

Il ne s’agit pas d’une ana­lyse ex­haus­tive mais de quelques ré­flexions sur le rap­port entre le pro­cessus du FSM et l’évolution de la si­tua­tion mon­diale. Pour cela nous par­ti­rons des évé­ne­ments as­so­ciés au pro­cessus des fo­rums so­ciaux dont nous avons eu connais­sance de­puis le Forum so­cial mon­dial de Dakar en fé­vrier 2011 et de ceux qui sont prévus en 2012, avant le pro­chain Forum so­cial mon­dial de 2013. Il s’agit des 42 évé­ne­ments qui ont été si­gnalés par les or­ga­ni­sa­teurs et qui ont été re­pris sur le site du Forum so­cial mondial.

Le pro­cessus des fo­rums so­ciaux est à un tour­nant. Il continue à se dé­ployer et à s’approfondir ; il connaît des succès et des dif­fi­cultés. Il s’agit de prendre en compte les in­ter­ro­ga­tions et les contra­dic­tions qu’il sus­cite. L’analyse des évé­ne­ments as­so­ciés au pro­cessus permet d’y contri­buer. Elle constitue en quelque sorte une vi­sion in­terne du pro­cessus. Cette vi­sion doit être com­plétée par une ana­lyse de l’impact du pro­cessus sur la si­tua­tion mon­diale. Cette ana­lyse fera l’objet des dé­bats po­li­tiques que le Conseil In­ter­na­tional a dé­cidé d’organiser à partir de sa pro­chaine ses­sion. L’analyse à partir des évé­ne­ments as­so­ciés garde tout son in­térêt ; elle permet de s’appuyer sur des faits qui doivent être vé­ri­fiés, dis­cutés avec les or­ga­ni­sa­teurs et les par­ti­ci­pants, in­ter­prétés par tous ceux qui le vou­dront. Le Conseil In­ter­na­tional de Dhaka a dé­cidé de créer un groupe de tra­vail, ou­vert aux membres du Conseil qui sou­hai­te­raient y par­ti­ciper, pour suivre et ana­lyser l’ensemble des évé­ne­ments as­so­ciés au pro­cessus des fo­rums sociaux.

Pour ap­pré­cier l’état du pro­cessus par rap­port à la si­tua­tion mon­diale, après avoir rap­pelé les évé­ne­ments as­so­ciés au pro­cessus, pro­po­sons de dis­tin­guer : le rap­port aux mou­ve­ments ; l’état du pro­cessus par grandes ré­gions ; la ma­nière de traiter de la crise struc­tu­relle et de peser sur elle.

Les évè­ne­ments as­so­ciés au processus

Il faut re­con­naître un in­tense foi­son­ne­ment d’événements as­so­ciés au pro­cessus. Ces évé­ne­ments sont à priori aussi nom­breux que ceux qui ont eu lieu entre le FSM de Belém et le FSM de Dakar. Mais ces évé­ne­ments sont beau­coup plus di­ver­si­fiés et spé­ci­fiques que ceux qui avaient fait l’objet de l’Année glo­bale d’action 2010. D’autant que par rap­port à 2010, la crise s’est ap­pro­fondie et que de nou­veaux mou­ve­ments ont re­nou­velé les formes de mo­bi­li­sa­tion. Pour les évé­ne­ments as­so­ciés au pro­cessus, nous pou­vons dis­tin­guer les pro­po­si­tions des as­sem­blées de conver­gence du Forum so­cial mon­dial de Dakar ; les fo­rums so­ciaux ré­gio­naux et na­tio­naux, thé­ma­tiques et lo­caux ; les ac­ti­vités as­so­ciées au pro­cessus ; les ac­ti­vités qui n’en sont pas di­rec­te­ment is­sues mais qui ont des liens avec le processus.

Les ac­tions pro­po­sées par les as­sem­blées de convergence

La pre­mière série d’événements as­so­ciés au pro­cessus est com­posée des ac­tions de mo­bi­li­sa­tion dé­ci­dées par les as­sem­blées de conver­gence qui ont clô­turé le FSM de Dakar. Près d’une ving­taine d’actions sont iden­ti­fiées sur le site du FSM. Plu­sieurs ont déjà eu lieu, no­tam­ment la journée de so­li­da­rité avec la Pa­les­tine, la se­maine d’action pour l’éducation des filles et des femmes, la Cam­pagne mon­diale du droit à l’Habitat, la journée in­ter­na­tio­nale des mi­grants, etc. Plu­sieurs de ces ac­tions sont des mo­bi­li­sa­tions qui avaient été dé­ci­dées par les ré­seaux in­ter­na­tio­naux qui ont convergé au Forum so­cial mon­dial de Dakar et qui ont or­ga­nisé les as­sem­blées de conver­gence. Ces as­sem­blées de conver­gence ont permis de dis­cuter de ces pro­po­si­tions, de les amender, de les adopter et d’élargir les coa­li­tions pour l’action sur cha­cune des propositions.

Les Fo­rums so­ciaux ré­gio­naux et na­tio­naux, thé­ma­tiques et locaux

Plu­sieurs fo­rums so­ciaux ré­gio­naux et na­tio­naux ont eu lieu, no­tam­ment le Forum Mé­so­po­ta­mien, le Forum so­cial magh­rébin, le Bas Saint-Laurent so­cial forum en sep­tembre 2011, le Forum so­cial Afrique Aus­trale, le Sommet des peuples à Nioro au Mali, le Forum so­cial en Asie du Sud. D’autres sont pro­grammés, no­tam­ment le Forum so­cial Ira­kien, le Forum so­cial Maghreb – Ma­chrek, le 6ème forum pan ama­zo­nien en Bo­livie, etc.

Des Fo­rums thé­ma­tiques sont pro­grammés, no­tam­ment le Forum Eco­nomie so­ciale et so­li­daire au Québec, le Forum thé­ma­tique de Porto Alegre, le Forum mi­gra­tions à Oujda au Maroc, le Forum de l’éducation pour la trans­for­ma­tion, le Forum mon­dial des mé­dias al­ter­na­tifs, le Forum mon­dial Science et Dé­mo­cratie, le Forum pour la paix et la dé­mi­li­ta­ri­sa­tion à Sa­ra­jevo, etc.

Il faut aussi noter les fo­rums so­ciaux lo­caux dans cer­tains pays : au Brésil le Forum so­cial de Sao Paolo a été lancé en oc­tobre 2011 ; en France la ren­contre des fo­rums so­ciaux lo­caux, qui sont en­viron soixante, est prévue en juillet 2012.

Les évé­ne­ments as­so­ciés au processus

Plu­sieurs évé­ne­ments as­so­ciés au pro­cessus marquent la conver­gence entre dif­fé­rentes mo­bi­li­sa­tions et le pro­cessus des fo­rums. Ils sont or­ga­nisés par rap­port au pro­cessus lui-même ou alors à l’occasion d’événements in­ter­na­tio­naux. C’est le cas par exemple le sé­mi­naire in­ter­na­tional sur le mou­ve­ment al­ter­mon­dia­liste à paris en mai 2011, l’Assemblée in­ter­na­tio­nale de Gênes en juillet 2011, la ren­contre des dix ans de Fo­rums so­ciaux eu­ro­péens à Flo­rence en 2012.

Plu­sieurs évé­ne­ments se si­tuent à l’occasion des né­go­cia­tions in­ter­na­tio­nales sous la forme de som­mets al­ter­na­tifs ou de contre-sommets. Nous ne re­te­nons que ceux qui sont or­ga­nisés par des mou­ve­ments qui font ex­pli­ci­te­ment ré­fé­rence au pro­cessus des fo­rums so­ciaux et qui sont or­ga­nisés en te­nant compte de la mé­tho­do­logie des fo­rums so­ciaux. Ci­tons les ma­ni­fes­ta­tions et som­mets ci­toyens or­ga­nisés, en France, contre le G8 au Havre, en mai 2011, et contre le G20, à Nice, en no­vembre 2011 ; le Sommet al­ter­natif sur l’urgence cli­ma­tique de Durban en dé­cembre 2011 et, en pré­pa­ra­tion, le Sommet al­ter­natif de l’eau à Mar­seille en mars 2012 et le Sommet al­ter­natif en pré­pa­ra­tion pour Rio+20 en juin 2012 et qui sera pré­paré par le forum thé­ma­tique de Porto Alegre en jan­vier 2012.

Il faut aussi si­gnaler de nom­breux évé­ne­ments qui ne sont pas di­rec­te­ment liés au pro­cessus mais dans les­quels des mou­ve­ments or­ga­ni­sa­teurs font ré­fé­rence ex­pli­ci­te­ment au pro­cessus et les ont si­gnalé pour les ins­crire sur le site du FSM. Ils té­moignent de la dif­fu­sion du pro­cessus des fo­rums so­ciaux. Ci­tons, par exemple, la Confé­rence in­ter­na­tio­nale contre la guerre en Irak, l’Assemblée de ICAE à Malmö en juin 2011, le Congrès de OCLAE en août 2011, le Free music in­ter­na­tional fes­tival à Porto Alegre prévu en 2012. Il s’agit pour ces évé­ne­ments et d’autres très nom­breux de pré­ciser leur rap­port au pro­cessus des fo­rums sociaux.

La si­tua­tion des mouvements

Les mou­ve­ments so­ciaux et ci­toyens se sont ren­forcés de­puis 2008. Ils sont tou­jours confrontés à la ques­tion des dé­bou­chés po­li­tiques qui dé­pend des si­tua­tions dans les dif­fé­rents pays et dans les grandes ré­gions. Dans ce qui suit, nous nous conten­te­rons d’examiner l’évolution des rap­ports des mou­ve­ments avec le pro­cessus des fo­rums so­ciaux. De ce point de vue, on peut dis­tin­guer les mou­ve­ments qui sont tou­jours au cœur du pro­cessus, les mou­ve­ments de la pre­mière heure qui prennent des dis­tances avec le pro­cessus et les nou­veaux mou­ve­ments qui ne sont pas (en­core !) for­te­ment liés au processus.

Le noyau du pro­cessus des fo­rums so­ciaux est constitué d’un en­semble de mou­ve­ments qui s’est constitué au cours des dix der­nières an­nées et qui continue à porter le pro­cessus. Il s’agit des mou­ve­ments qui ont été des or­ga­ni­sa­teurs de fo­rums so­ciaux mon­diaux (Porto Alegre, Mumbai, Ba­mako, Ca­racas, Ka­rachi, Nai­robi, Belém, Dakar) et qui jouent un rôle actif dans le Conseil In­ter­na­tional. Il s’agit aussi de ceux qui ont or­ga­nisé des Fo­rums so­ciaux ré­gio­naux liés sou­vent à des ses­sions im­por­tantes du Conseil In­ter­na­tional (Abuja, Mont­réal, Parme, Rabat, Mexico, Co­pen­hague, Paris, et tout ré­cem­ment Dhaka).

Les dis­cus­sions sont nom­breuses entre ces mou­ve­ments sur l’orientation du pro­cessus, no­tam­ment sur la place des mou­ve­ments so­ciaux, le rôle des ONG, les re­la­tions avec les partis, l’appréciation du rôle de cer­tains gou­ver­ne­ments, le rap­port avec les nou­veaux mou­ve­ments, etc.

Cer­tains des mou­ve­ments qui ont joué un rôle im­por­tant au début sont moins pré­sents et ac­tifs. Cer­tains étaient très an­crés dans les pre­mières ré­gions du pro­cessus, en Amé­rique la­tine et en Eu­rope du Sud ; ils sont moins à l’aise avec l’élargissement lin­guis­tique et culturel. D’autres sont at­ten­tifs aux dé­bats dans cer­tains ré­seaux mon­diaux par rap­port à la si­tua­tion mon­diale (par exemple, la Confé­dé­ra­tion Syn­di­cale Mon­diale et La Via Cam­pe­sina) qui sont partagées, sous des formes dif­fé­rentes, sur leur po­si­tion­ne­ment in­ter­na­tional ; ce qui se tra­duit par l’implication dif­fé­rente de cer­tains syn­di­cats et cer­tains mou­ve­ments pay­sans. D’autres en­core s’interrogent sur l’épuisement du cycle des fo­rums so­ciaux mon­diaux par rap­port aux nou­veaux mouvements.

La ques­tion du rap­port avec les nou­veaux cycles de luttes et de mou­ve­ments est es­sen­tielle. Dis­tin­guons cinq mou­ve­ments qui né­ces­sitent une at­ten­tion particulière :

  • Tout d’abord, les mou­ve­ments en Tu­nisie et en Egypte ; les prin­temps arabes l’ensemble du cycle des luttes dans la Ré­gion Maghreb et Ma­chrek. Le Forum so­cial mon­dial 2013 sera un mo­ment très im­por­tant de convergence.
  • En­suite les mou­ve­ments des in­di­gnés, par­ti­cu­liè­re­ment en Es­pagne, au Por­tugal et en Grèce. Il y a de nom­breuses conver­gences, no­tam­ment sur les mots d’ordre et sur la culture po­li­tique. La re­cherche de conver­gence va de pair avec une ré­flexion sur l’évolution de ces mou­ve­ments et sur ce qu’ils ap­portent dans la mise en avant de l’impératif démocratique.
  • De même, les mou­ve­ments des Oc­cupy, prin­ci­pa­le­ment Oc­cupy Wall-street et les 53 villes amé­ri­caines, mais aussi Oc­cupy Mont­réal, Oc­cupy London, Oc­cupy Tokyo nous in­ter­rogent sur les ca­pa­cités de mo­bi­li­sa­tion par rap­port au ca­pi­ta­lisme fi­nan­cier. De ce point de vue les le­çons de l’United States So­cial Forum et la prio­rité à une ap­proche par les grass-roots est une forme ma­jeure de convergence.
  • Enfin, il faut noter le mou­ve­ment très im­por­tant des jeu­nesses sco­la­ri­sées et des Uni­ver­sités en Grande-Bretagne, au Chili, en Croatie, au Sé­négal, au Togo qui ne fait que com­mencer, à la me­sure des dé­gâts pour la jeu­nesse de l’accentuation des po­li­tiques néolibérales.

Tous ces nou­veaux mou­ve­ments pro­longent et re­nou­vellent le mou­ve­ment al­ter­mon­dia­liste. C’est un défi au­quel il faudra pro­ba­ble­ment ré­pondre par une mu­ta­tion du mou­ve­ment qu’il faut être prêt à accepter.

Le Conseil In­ter­na­tional de Dhaka a mis l’accent sur la né­ces­sité d’inviter tous les mou­ve­ments qui ont construit le pro­cessus et les nou­veaux mou­ve­ments à par­ti­ciper au débat po­li­tique sur son évolution.

L’état du pro­cessus dans les grandes régions

Le pro­cessus s’est élargi et s’est di­ver­sifié sui­vant les grandes ré­gions. Il n’a pas gagné pour au­tant en vi­si­bi­lité à l’échelle mon­diale. Il s’est en quelque sorte, pour les mé­dias in­ter­na­tio­naux, ba­na­lisé ; il est de­venu une ré­fé­rence ha­bi­tuelle mais a perdu l’effet de sur­prise qu’il avait il y a dix ans.

  • En Amé­rique La­tine, le pro­cessus est tou­jours très pré­sent au Brésil, en Amé­rique an­dine, au Mexique. Deux ques­tions res­tent très dis­cu­tées. L’une est celle du rap­port des mou­ve­ments aux gou­ver­ne­ments qui se dé­fi­nissent comme proches des al­ter­mon­dia­listes (Bo­livie, Brésil, Equa­teur, Pa­ra­guay, Ve­ne­zuela) ou qui dé­fendent des po­si­tions pro­gres­sistes. L‘autre est celle de l’appréciation d’une large partie de la gauche latino-américaine par rap­port aux prin­temps arabes. D’une part, ces in­sur­rec­tions sont lues à tra­vers les ma­ni­pu­la­tions des Etats-Unis et de l’Otan. D’autre part, elles sont re­la­ti­vi­sées dans leur ra­di­ca­lité du fait de l’absence de partis révolutionnaires.
  • En Amé­rique du Nord, le mou­ve­ment se conso­lide. Le pro­cessus des fo­rums est en phase avec les mou­ve­ments « oc­cupy ». La ques­tion qui est posée est celle de la montée en puis­sance du mou­ve­ment néo­con­ser­va­teur à tra­vers no­tam­ment les tea-party. Elle ren­contre une autre ques­tion, celle du dé­clin de l’hégémonie des Etats-Unis qui ne si­gnifie au­cu­ne­ment celle de l’impérialisme états-unien qui pour­rait en être exa­cerbé. Au Ca­nada, le gou­ver­ne­ment dé­ve­loppe une po­li­tique néo­li­bé­rale agres­sive. Le pro­cessus des fo­rums reste très vi­vace au Québec et une pos­si­bi­lité de Forum so­cial ca­na­dien est envisagée.
  • C’est dans la ré­gion Maghreb – Ma­chrek que le pro­cessus des fo­rums a pris une grande am­pleur. Il a pris beau­coup de force en Pa­les­tine de­puis le Forum mon­dial de l’éducation en Pa­les­tine et les jour­nées de so­li­da­rité avec la Pa­les­tine. Il est très pré­sent au Kur­distan avec le Forum so­cial Mé­so­po­ta­mien, et en Irak avec la pré­pa­ra­tion du Forum so­cial Ira­kien. Il est pré­sent de ma­nière moins mar­quée en Tur­quie. Il est très pré­sent au Maghreb. Le Forum so­cial mon­dial 2013, en Tu­nisie ou en Egypte, sera l’occasion de ren­forcer en­core le pro­cessus et d’avancer sur la conver­gence avec les prin­temps arabes. En 2012, une série d’événements as­so­ciés et de fo­rums sous-régionaux et thé­ma­tiques de­vrait pré­parer une forte mobilisation.
  • En Afrique, après le forum so­cial mon­dial de Dakar, il y a eu plu­sieurs évé­ne­ments, no­tam­ment le forum en Afrique aus­trale, le Sommet des peuples à Niori au Mali. Il faut aussi sou­li­gner les fortes liai­sons entre les mou­ve­ments en Afrique du Nord et en Afrique sub-saharienne, ren­for­cées par le tra­vail commun entre le Forum so­cial afri­cain et le Forum so­cial Maghreb – Machrek.
  • En Eu­rope, la si­tua­tion est mar­quée par la co­ha­bi­ta­tion de très fortes ré­sis­tances et de grands mo­ments de luttes au cours des deux der­nières an­nées (en Italie, en France, en Grèce, en Es­pagne, au Por­tugal, en Grande Bre­tagne, …) avec une of­fen­sive d’une grande vio­lence du ca­pi­ta­lisme fi­nan­cier qui im­pose des po­li­tiques néo­li­bé­rales au risque d’une ré­ces­sion mar­quée en Eu­rope. Les pri­vi­lèges sont sau­ve­gardés et la crise de l’Euro se trans­forme, après le sau­ve­tage ré­pété des banques, par une crise de la dette pu­blique. Le désen­chan­te­ment eu­ro­péen com­bine une crise fi­nan­cière et éco­no­mique avec une re­mise en cause géo­po­li­tique ma­jeure. Les mou­ve­ments qui sou­tiennent le pro­cessus des fo­rums sont par­tagés par rap­port à la ma­nière de faire face à la ré­gres­sion so­ciale et à la montée de la droite ex­trême. Les mou­ve­ments des in­di­gnés qui partent de l’Espagne dé­montrent une ca­pa­cité de ré­sis­tance re­nou­velée et de pro­fondes in­ter­ro­ga­tions sur les formes d’émancipation.
  • En Asie du Sud, le Forum so­cial d’Asie du Sud a montré que le pro­cessus garde une forte in­fluence au Pa­kistan et au Ban­gla­desh, et de ma­nière im­por­tante au Sri Lanka et au Népal. L’Inde a joué un rôle ca­pital dans la mu­ta­tion du pro­cessus avec le Forum de Mumbai. Ces der­nières an­nées, les mou­ve­ments ont gardé une forte pré­sence mais ont perdu en vi­si­bi­lité du fait de l’évolution po­li­tique indienne.
  • En Asie du Sud Est, nous avons peu d’informations sur la si­tua­tion des mou­ve­ments liés au pro­cessus, malgré l’existence de mou­ve­ments ac­tifs en Ma­laisie, aux Phi­lip­pines, en In­do­nésie, en Thaïlande.
  • Au Japon, il existe plu­sieurs mou­ve­ments qui se ré­fèrent au pro­cessus des fo­rums so­ciaux. Ils ont été très pré­sents dans les mo­bi­li­sa­tions qui ont suivi le tsu­nami et Fukuyima.
  • En Chine, il y a des ré­sis­tances so­ciales très im­por­tantes, même s’ils ne prennent pas la forme des mou­ve­ments so­ciaux qui existent dans d’autres pays.

Le rôle du pro­cessus des FSM par rap­port à la crise et à la si­tua­tion mondiale

C’est la ques­tion prin­ci­pale, celle de la raison d’être du pro­cessus des fo­rums sociaux.

Pour la crise fi­nan­cière, le pro­cessus des fo­rums a marqué un succès idéo­lo­gique. Ce sont les ana­lyses et les pro­po­si­tions dé­fen­dues dès les an­nées 2001 dans les pre­miers fo­rums de Porto Alegre qui se sont im­po­sées comme les seules ré­fé­rences cré­dibles (ana­lyse struc­tu­relle de la crise, taxe sur les tran­sac­tions fi­nan­cières, contrôle de la fi­nance, sup­pres­sion des pa­radis fis­caux, fis­ca­lité re­dis­tri­bu­tive, etc.)

Ce succès a été confirmé par l’échec des ren­contres du G8 et du G20. Mais ce succès ne s’est pas tra­duit par des vic­toires po­li­tiques et un in­flé­chis­se­ment des po­li­tiques so­ciales. Il a sus­cité de nou­veaux mou­ve­ments avec no­tam­ment Oc­cupy Wall street dont on ne me­sure pas en­core l’impact sur les po­li­tiques possibles.

Pour la crise éco­lo­gique, les mo­bi­li­sa­tions ont été fortes avec les ma­ni­fes­ta­tions et le sommet al­ter­natif à Durban à l’occasion de la Confé­rence cli­ma­tique. Pour l’instant, les né­go­cia­tions ont été un échec et marquent une ré­gres­sion par rap­port aux me­sures né­ces­saires. Les pro­chaines mo­bi­li­sa­tions sont celles du Sommet al­ter­natif de l’eau à Mar­seille en mars 2012 et le Sommet des peuples de Rio+20 en juin 2012.

Pour la crise géo­po­li­tique, le sommet al­ter­natif du G20 en no­vembre 2012 a ali­menté dans les mou­ve­ments la dis­cus­sion sur le bas­cu­le­ment du monde. Elle porte sur l’appréciation de la crise de l’hégémonie des Etats-Unis et de l’évolution de l’impérialisme oc­ci­den­tale. Une des dis­cus­sions a porté sur la montée de ce que l’on ap­pelle les pays émer­gents, le Brésil, la Chine et l’Inde et sur le rôle qu’ils pou­vaient jouer sur la scène in­ter­na­tio­nale. La ques­tion posée est celle du rôle que pour­raient jouer les mou­ve­ments so­ciaux des pays émer­gents. L’autre ques­tion est celle de l’ouverture d’une nou­velle phase de la décolonisation.

Pour la crise dé­mo­cra­tique, le pro­cessus des fo­rums so­ciaux a mis en avant de­puis le début l’impératif dé­mo­cra­tique. Les in­ter­ro­ga­tions sur la dé­mo­cratie sont vrai­ment aigues. Elles ont été re­nou­ve­lées par le mou­ve­ment des in­di­gnés. Une des ques­tions porte sur les élec­tions. Alors que cer­tains en at­tendent tou­jours un dé­noue­ment avec le pas­sage des mou­ve­ments aux partis, d’autres, sans les né­gliger pour au­tant d’un point de vue tac­tique, consi­dèrent que les élec­tions ne consti­tuent pas la ques­tion et en­core moins la so­lu­tion aux pro­blèmes réels des couches po­pu­laires. Elle porte aussi sur le rôle des partis dans la prise du pou­voir et la trans­for­ma­tion sociale.

Le rap­port aux or­ga­ni­sa­tions po­li­tiques et aux gou­ver­ne­ments est une ques­tion ré­cur­rente dans le pro­cessus des fo­rums. Le rap­port au po­li­tique tra­verse les mou­ve­ments. Il se dé­cline dif­fé­rem­ment sui­vant les échelles. A l’échelle mon­diale, com­ment passer des succès dans les idées par l’épuisement du néo­li­bé­ra­lisme ré­vélé par la crise à des vic­toires po­li­tiques ? D’autant que les mar­chés fi­nan­ciers, ins­tru­men­ta­li­sant les Etats ont durci le contrôle des ins­ti­tu­tions internationales.

Au ni­veau des grandes ré­gions, les avan­cées sont plus cultu­relles que po­li­tiques ; c’est à ce ni­veau que les mou­ve­ments peuvent jouer un rôle d’aiguillon. C’est au ni­veau na­tional que se dé­nouent les si­tua­tions po­li­tiques, que se dé­fi­nissent les rap­ports avec les gou­ver­ne­ments et les partis po­li­tiques. C’est dans chaque pays que les mou­ve­ments se par­tagent en fonc­tion des situations.

Le pro­cessus des fo­rums so­ciaux a mul­ti­plié les pro­po­si­tions et construit un es­pace de débat et d’élaboration des al­ter­na­tives. Une partie de ces pro­po­si­tions concerne les me­sures im­mé­diates à prendre par rap­port à la crise fi­nan­cière et à l’hégémonie néo­li­bé­rale. D’autres pro­po­si­tions concernent des me­sures im­mé­diates qui per­met­traient des amé­lio­ra­tions pour les couches po­pu­laires et qui pour­raient être por­tées par des frac­tions mo­der­nistes de l’ « establishement » conscientes des im­passes et des dan­gers du néo­li­bé­ra­lisme. Dans le pro­cessus des fo­rums so­ciaux, l’élaboration la plus im­por­tante porte sur les pro­po­si­tions qui ouvrent sur le dé­pas­se­ment du ca­pi­ta­lisme. Cette éla­bo­ra­tion a beau­coup pro­gressé de­puis 2008, de­puis le Forum so­cial mon­dial de Belém ; elle constitue un re­nou­vel­le­ment du pro­cessus des fo­rums sociaux.

Laisser un commentaire