Le Québec et la question du NPD

Quelles perspectives politiques au niveau fédéral ?

Par Mis en ligne le 24 septembre 2011

La né­ces­sité d’une al­ter­na­tive pro­gres­siste au ni­veau fé­déral nous ap­pa­raît comme une évi­dence. L’arrogance éhontée avec la­quelle le gou­ver­ne­ment conser­va­teur a jeté à la pou­belle les droits élé­men­taires à la né­go­cia­tion du Syn­dicat des tra­vailleurs et tra­vailleuses des postes l’été der­nier, en com­pli­cité avec Postes Ca­nada qui a uti­lisé le sub­ter­fuge du lock-out, nous in­dique à elle seule l’importance d’organiser une riposte.

Dans cette pers­pec­tive, sortir de la simple dé­fense des in­té­rêts du Québec est fon­da­mental. C’est le carcan dans le­quel le BQ a en­fermé le Québec, en dé­non­çant à tour de rôle les Li­bé­raux et les Conser­va­teurs sans au­cune pers­pec­tive de chan­ge­ment. C’est d’ailleurs ce vide qui a pro­voqué, fi­na­le­ment, la chute du Bloc Qué­bé­cois le 2 mai der­nier. Peut-être conscient de l’usure de son slogan « Dé­fendre les in­té­rêts du Québec », et placé de­vant la pers­pec­tive d’un gou­ver­ne­ment ma­jo­ri­taire conser­va­teur, Gilles Du­ceppe ré­pé­tait que l’appui au BQ de­vait être lié à l’appui au PQ aux pro­chaines élec­tions. Il es­pé­rait sans doute ainsi trouver une porte de sortie à cette im­passe en fai­sant mi­roiter la pers­pec­tive d’un éven­tuel Québec sou­ve­rain avec l’élection du PQ.

Mais cette carte-là s’est avérée éga­le­ment trop usée. La gou­ver­nance du PQ, avec sa pâ­leur ré­fé­ren­daire qui ren­voyait la sou­ve­rai­neté aux ca­lendes grecques, n’offrait pas de ga­ran­ties suf­fi­santes pour per­mettre de se re­tran­cher et de se sentir en sé­cu­rité dans une pers­pec­tive uni­que­ment qué­bé­coise. Les ap­pels aux sou­ve­rai­nistes que lance en­core Gilles Du­ceppe aujourd’hui à se ral­lier der­rière le PQ et le BLOC ne semblent pas trouver beau­coup d’écho. La si­tua­tion a changé.

Nous ne de­vons plus nous contenter d’agir en ob­ser­va­teurs, comme si la si­tua­tion dans le reste du Ca­nada nous était étran­gère. Notre sort est lié et nous de­vons dé­ve­lopper des pers­pec­tives avec les pro­gres­sistes du Ca­nada an­glais. C’est dans cette op­tique que nous de­vons prendre en compte la si­tua­tion au NPD.

La course à la di­rec­tion permet de constater la fai­blesse struc­tu­relle du NPD au Québec malgré sa per­for­mance in­égalée du 2 mai der­nier, par rap­port au reste du Ca­nada. Le nombre de membres au Québec est très bas. Donc malgré le fait que le NPD soit main­te­nant le parti de l’opposition of­fi­cielle à cause des votes du Québec, un can­didat pro­ve­nant du Québec n’a pas beau­coup de chances d’être élu à la di­rec­tion du parti. Mais ce qui gêne le plus c’est le fait que plu­sieurs can­di­dats ne com­prennent pas l’importance d’être bi­lingue, un élec­teur NPD sur quatre ne le croit pas non plus. Cette si­tua­tion n’est pas nou­velle, mais elle n’est ce­pen­dant pas spé­ci­fique au NPD. Les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales du reste du Ca­nada, re­pré­sen­tées par le CTC, ont tou­jours eu de la dif­fi­culté à com­prendre le Québec au point où la ma­jo­rité des syn­di­qués FTQ ont presque tou­jours boudé les congrès du CTC. Le droit à l’autodétermination du Québec n’est pas re­connu sauf en de rares ex­cep­tions, comme dans le cas du STTP. Lors des congrès, la ma­jo­rité des membres du reste du Ca­nada n’utilisent pas le sys­tème de tra­duc­tion, ce qui oblige les qué­bé­cois à in­ter­venir en an­glais ou de n’être com­pris que par les fran­co­phones. Le NPD est d’une cer­taine façon le re­flet de cette men­ta­lité. Cela ne l’excuse pas, mais place la si­tua­tion dans son contexte.

Il ne suffit donc pas de dé­crire les tra­vers et les li­mites du NPD. Nous ne sommes pas des ob­ser­va­teurs au-dessus de la mêlée. Les en­jeux sont trop im­por­tants. Nous de­vons changer les men­ta­lités ou à dé­faut construire autre chose et cela ne pourra se faire sans une trans­for­ma­tion au sein même du mou­ve­ment syn­dical du reste du Canada.

Mais à ce cha­pitre le Québec n’est pas en reste. Les di­rec­tions syn­di­cales au Québec sont res­tées liées à un pro­gramme né­faste pour le mou­ve­ment ou­vrier en sou­te­nant le PQ, parti qui a baissé les sa­laires des employés-es du sec­teur pu­blic de 20% en 1985 sous le gou­ver­ne­ment Lé­vesque, qui a dé­buté le dé­man­tè­le­ment du sys­tème de santé et d’éducation sous le gou­ver­ne­ment Bouchard,(ouvrant la voie aux dé­crets de Cha­rest en 2005) et qui a re­fusé d’appuyer les re­ven­di­ca­tions des syndiqués-es du Front commun l’an der­nier après que ceux-ci aient subi 7 ans de dé­cret sa­la­rial du gou­ver­ne­ment Charest.

La né­ces­sité d’une al­ter­na­tive pro­gres­siste de­meure un défi. Au Québec nous avons créé Québec So­li­daire qui peut main­te­nant ré­pondre à la si­tua­tion mais qui doit se tailler une place. Au ni­veau fé­déral, le NPD de­meure l’alternative à construire jusqu’à preuve du contraire, au­quel cas d’autres tâches at­ten­dront les pro­gres­sistes. On doit se dé­bar­rasser de Harper et il est hors de ques­tion de re­venir aux Libéraux.

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