Intervention de Christophe Aguiton

Le mouvement social entre la transformation et l’hybridisation

Université d'été des NCS 2010

Par Mis en ligne le 02 septembre 2010

Chris­tophe Aguiton est un mi­li­tant syn­dical et po­li­tique fran­çais qui a animé le syn­dicat SUD et les Marches eu­ro­péennes contre le chô­mage. Il a par­ti­cipé étroi­te­ment au pro­cessus du Forum so­cial mon­dial, no­tam­ment dans son in­car­na­tion eu­ro­péenne (le Forum so­cial eu­ro­péen). Il était de pas­sage à Mont­réal dans le cadre de l’Université d’été des NCS et à l’invitation éga­le­ment du ré­seau Alternatives.


Rup­tures et démarcations

Au tour­nant des an­nées 1990 surgit un nouvel ac­teur, l’altermondialisme. Au dé­part, il y a une vo­lonté de se dé­mar­quer du mar­xisme do­mi­nant, ca­rac­té­risé par une «cer­taine vi­sion du monde et où le so­cia­lisme sur­gira par une or­ga­ni­sa­tion plus ra­tion­nelle de la so­ciété». Aguiton rap­pelle que le grand théo­ri­cien de la social-démocratie eu­ro­péenne, Karl Kautsky, af­fir­mait que le so­cia­lisme de l’avenir de­vrait fonc­tionner comme les che­mins de fer dans un sys­tème cen­tra­lisé, ra­tionnel, ri­gou­reux. «Pen­dant un siècle ex­plique Aguiton, tout le monde a fonc­tionné sur cette idée. Les désac­cords étaient sur le com­ment y ar­river (élec­tion, in­sur­rec­tion, guerre po­pu­laire). La classe ou­vrière in­dus­trielle de­vait être le noyau dur de cette lutte, menée par un parti d’avant-garde, le parti des in­tel­lec­tuels col­lec­tifs, des ou­vriers in­tel­lec­tua­lisés. Comme on le sait, ce projet s’est étiolé au tour­nant des an­nées 1980 et est aujourd’hui en miettes.


Dé­cons­truc­tion et reconstruction

C’est cette pers­pec­tive que le mou­ve­ment so­cial ac­tuel est en train de dé­cons­truire. La cen­tra­li­sa­tion ex­ces­sive der­rière un État «de gauche» ou un parti «éclairé» est for­te­ment contestée. «On af­firme au contraire que c’est de notre plu­ra­lité et de notre di­ver­sité que nous de­ve­nons plus forts» af­firme Aguiton. Cette idée est ma­té­ria­lisée par l’essor des mou­ve­ments so­ciaux, qui dé­montrent la pos­si­bi­lité de se battre en­semble, sans se di­luer. Mais c’est aussi l’avancée des coa­li­tions po­li­tiques ba­sées sur une ap­proche mi­ni­ma­liste, «ce qui im­plique de ne plus penser en termes d’un avenir ra­dieux et du len­de­main en­chan­teur». Les mou­ve­ments ne veulent plus «sa­cri­fier» les in­té­rêts po­pu­laires au nom d’un projet loin­tain. «On a le sen­ti­ment qu’on peut trans­former notre re­la­tion au monde tout de suite». Pa­ral­lè­le­ment, le mou­ve­ment so­cial ne pense plus en termes du sujet «prin­cipal» de l’histoire (an­cien­ne­ment la classe ou­vrière). «Aujourd’hui, il y les ac­teurs, et non l’acteur, qui se trans­forment. Par exemple, ce ne sont plus ou­vriers en Bo­livie qui sont au cœur de la lutte, mais les co­ca­leros (an­ciens ou­vriers) et les pay­sans autochtones».

Hybridiser

Il faut hy­bri­diser les tra­di­tions du mou­ve­ment so­cial, en re­pre­nant no­tam­ment les pro­jets de co­opé­ra­ti­visme du siècle pré­cé­dent. Il faut, selon Aguiton, «consi­dérer une autre façon de pro­duire du com­mu­nisme en so­cia­li­sant le sa­voir et en élar­gis­sant le bien commun avec une pla­ni­fi­ca­tion mi­ni­ma­liste de l’État». Tout cela im­plique de nou­velles mé­tho­do­lo­gies, de nou­velles gou­ver­nances. «Pour­quoi ne pas res­sus­citer le ti­rage au sort que pra­ti­quaient les an­ciens Athé­niens, et qui im­pli­quait la ro­ta­tion des ci­toyens aux postes de res­pon­sa­bi­lité ?» Il faut aussi ré­flé­chir sur l’héritage que nous lèguent les au­toch­tones, et qui mise sur le consensus, la sym­biose, l’importance des «an­ciens» comme ré­ser­voirs de la sa­gesse ac­cu­mulée. En termes contem­po­rains, on voit ces nou­velles mé­thodes prendre forme par les Fo­rums so­ciaux et aussi par le lo­gi­ciel livre et le wikipédia.

Laisser un commentaire