Québec solidaire :

Vers un parti anticapitaliste s’inscrivant dans un large mouvement de lutte au néolibéralisme

Par Mis en ligne le 13 août 2010

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Québec so­li­daire fut fondé en 2006 comme une sorte de « front uni po­li­tique » re­grou­pant les cou­rants pro­gres­sistes et de gauche vou­lant s’opposer au néo­li­bé­ra­lisme. Cette stra­tégie, ins­pirée di­rec­te­ment de l’exemple du mou­ve­ment al­ter­mon­dia­liste et de son ap­proche de « conver­gence dans la di­ver­sité », a permis de fonder un parti de gauche dis­tinct et op­posé au « néo-libéralisme à vi­sage hu­main » du Parti qué­bé­cois. Vo­lon­tai­re­ment, la ques­tion de la fi­na­lité de la lutte contre le néo-libéralisme fut mise de côté pour fa­vo­riser la plus grande unité pos­sible. Aujourd’hui, cette stra­tégie de la gauche po­li­tique qué­bé­coise se doit d’évoluer, car la conjonc­ture a elle aussi évo­luée. Dans la dé­marche ac­tuelle d’élaboration du pro­gramme, iI fau­drait ap­pro­fondir la base d’unité de Québec so­li­daire en adop­tant la pers­pec­tive de dé­pas­se­ment du capitalisme.

Il ne s’agit pas d’éliminer le ca­rac­tère uni­taire de Québec so­li­daire mais plutôt de faire évo­luer ce « front uni po­li­tique » vers l’écosocialisme. Ce choix stra­té­gique n’exclut nul­le­ment la re­cherche de l’unité d’action la plus large dans les luttes so­ciales et po­li­tiques. Il est, au contraire, la condi­tion pour mettre en ac­tion des po­li­tiques d’alliance, au­tant ponc­tuelles qu’électorales, qui ne soient pas contra­dic­toires et dé­rou­tantes, mais plutôt des ja­lons vers l’atteinte de ce notre projet social.

Un parti an­ti­ca­pi­ta­liste et uni­taire s’inscrivant dans un large mou­ve­ment so­cial contre le néo­li­bé­ra­lisme, voilà nous semble-t-il, la stra­tégie que doit adopter un parti de gauche dans le nou­veau cycle po­li­tique en­clenché par la crise du néolibéralisme.

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En mai 2009, Québec so­li­daire pu­bliait un ma­ni­feste qui po­sait la ques­tion sui­vante : « Pour sortir de la crise, faut-il dé­passer le ca­pi­ta­lisme ? ». Un an plus tard, le débat re­prend exac­te­ment où l’a laissé le ma­ni­feste. Dans le ca­hier de par­ti­ci­pa­tion à la phase 2 des dé­bats sur le pro­gramme, ca­hier in­ti­tulé « Pour une so­ciété so­li­daire et éco­lo­gique », la Com­mis­sion po­li­tique de QS adopte comme point de dé­part cette im­por­tante ques­tion énoncée par le ma­ni­feste et la rend en­core plus explicite.

« Québec so­li­daire a en­tamé une ré­flexion sur la crise dans son ma­ni­feste du 1er mai 2009, in­ti­tulé « Pour sortir de la crise : dé­passer le ca­pi­ta­lisme ? » En éla­bo­rant notre pro­gramme, nous de­vons pré­ciser la na­ture de ce sys­tème ainsi que ses li­mites et poser la ques­tion, à sa­voir si le ca­pi­ta­lisme, basé sur la re­cherche du profit privé et sur l’exploitation ir­res­pon­sable de la na­ture, n’est pas de­venu l’obstacle prin­cipal au pro­grès so­cial et à l’établissement d’un rap­port sain avec l’environnement. Il faut donc un débat sé­rieux sur la ques­tion, afin de dé­ter­miner si les pro­blèmes que nous vi­vons comme so­ciété peuvent être cor­rigés par des ré­formes qui res­pectent la lo­gique de ce sys­tème, ou s’il faut adopter comme pers­pec­tive son dé­pas­se­ment (1). »

Pour bien camper cette dis­cus­sion fon­da­men­tale, le ca­hier de par­ti­ci­pa­tion for­mule une série de ques­tions sur les thèmes de l’économie, de l’environnement, de l’agriculture et des re­la­tions de tra­vail. Ainsi s’amorce dans QS une pé­riode de huit mois de dé­bats qui de­vrait se conclure par l’adoption de la deuxième tranche du pro­gramme au début de 2011.

QS : un front uni anti néolibéral

Ce débat est fon­da­mental pour l’évolution fu­ture de ce jeune parti car il s’agit de pré­ciser, ni plus ni moins, que sa base d’unité. Québec so­li­daire fut fondé en 2006 comme une sorte de « front uni po­li­tique » re­grou­pant les cou­rants pro­gres­sistes et de gauche vou­lant s’opposer au néo­li­bé­ra­lisme. Cette stra­tégie, ins­pirée di­rec­te­ment de l’exemple du mou­ve­ment al­ter­mon­dia­liste et de son ap­proche de « conver­gence dans la di­ver­sité », a permis de fonder un parti de gauche dis­tinct et op­posé au « néo-libéralisme à vi­sage hu­main » du Parti qué­bé­cois. Se vou­lant le porte-parole po­li­tique des mou­ve­ments en­gagés dans la lutte so­ciale, QS s’est dé­fini dès ses dé­buts comme étant « de gauche, fé­mi­niste, éco­lo­gique, anti guerre et altermondialiste ».

Vo­lon­tai­re­ment, la ques­tion de la fi­na­lité de la lutte contre le néo-libéralisme fut mise de côté pour fa­vo­riser la plus grande unité pos­sible. Au ni­veau po­li­tique cela a permis d’unir une grande di­ver­sité de cou­rants po­li­tiques et de mi­li­tants de gauche : des an­ti­au­to­ri­taires, des so­cia­listes , des sociaux-démocrates de gauche, des an­ti­ca­pi­ta­listes de di­verses sortes , des mar­xistes, des fé­mi­nistes, des éco­lo­gistes radicaux….

Cette base d’unité a permis non seule­ment la consti­tu­tion d’un parti de gauche mais aussi ses pre­miers succès po­li­tiques. Deux ans après l’élection de son pre­mier et seul dé­puté à l’assemblée na­tio­nale du Québec, QS a gagné en po­pu­la­rité et cré­di­bi­lité au­tant au­près du grand pu­blic que des mou­ve­ments so­ciaux. Non seule­ment est-il main­te­nant cré­dité de 8 à 10% d’appui dans les son­dages, plus que le double de son ré­sultat aux élec­tions de dé­cembre 2008, mais son dé­puté, Amir Khadir, est de­venu l’une des per­son­na­lités les plus po­pu­laires au Québec (2). Les prises de po­si­tions du dé­puté et du parti – l’appui aux luttes contre la po­li­tique d’austérité du gou­ver­ne­ment, les dé­non­cia­tions de la cor­rup­tion po­li­tique, les cri­tiques adres­sées aux grandes com­pa­gnies mi­nières ou phar­ma­ceu­tiques rem­portent un appui crois­sant au­près de l’électorat po­pu­laire.

Le néo­li­bé­ra­lisme est en crise

Ce­pen­dant la si­tua­tion éco­no­mique, po­li­tique et so­ciale est en mou­ve­ment tant au Québec qu’au ni­veau in­ter­na­tional. La crise éco­no­mique et fi­nan­cière qui sévit de­puis l’automne 2008 a marqué un tour­nant dans l’évolution du néo­li­bé­ra­lisme. Pour la pre­mière fois de­puis son as­cen­dance dans les an­nées ‘80 du siècle der­nier, celui-ci entre dans une phase de grave in­sta­bi­lité éco­no­mique, non seule­ment dans ses ré­gions pé­ri­phé­riques comme vers la fin des an­nées ‘90, mais fait nou­veau, l’instabilité éco­no­mique touche le centre géo­gra­phique du sys­tème. Son centre né­vral­gique, le sys­tème fi­nan­cier — Wall Street, les grandes places fi­nan­cières d’Europe, les grandes banques — est fra­gi­lisé. L’inquiétude sur la so­li­dité des grandes banques per­siste malgré les sommes fa­ra­mi­neuses en­glou­ties de­puis 2008. Sans parler de la crainte de l’effondrement fi­nan­cier, non pas de pays mar­gi­naux, mais des pays fon­da­teurs de l’Union Eu­ro­péenne comme la Grèce, l’Espagne et le Por­tugal. À cette crise éco­no­mique s’ajoute une très grave crise idéo­lo­gique. Les vertus sup­po­sées du marché, de l’entreprise privée, des pro­fits illi­mi­tées, de la dé­ré­gu­la­tion, des coupes sombres dans les dis­po­si­tifs de pro­tec­tion so­ciale, s’effondrent face à l’immense gâ­chis en­vi­ron­ne­mental et so­cial légué par trente ans de spé­cu­la­tion fi­nan­cière ef­frénée. Les tril­lions en­gagés dans le sau­ve­tage des banques, en plus des sommes fa­ra­mi­neuses en­glou­ties dans la mi­li­ta­ri­sa­tion et les guerres in­ces­santes, ont mi­nées les pa­ra­vents idéo­lo­giques du néolibéralisme.

Le statut quo est de­venu in­te­nable. Tout le monde en convient. De Sar­kozy (« re­fonder le ca­pi­ta­lisme ») à Obama (le « New Deal vert»), au FMI (qui s’inquiète des len­teurs de la re­prise) à An­gela Merkel (qui prône la ri­gueur bud­gé­taire), au G20 qui étale ses di­ver­gences en pu­blic (faut-il taxer les banques ou couper les dé­fi­cits bud­gé­taire ? fa­vo­riser la re­lance ou plutôt la ri­gueur fi­nan­cière ?), la pensée unique de jadis n’est plus.

De plus, les mou­ve­ments so­ciaux se mettent en branle. De la Grèce à l’Espagne, sans ou­blier le Québec, les po­li­tiques d’austérité sont dé­criées, conspuées, contes­tées. La sortie de la crise sur les dos des peuples ne fait plus recette.

Un nou­veau cycle po­li­tique de­puis 2008

L’éclatement de cette crise change les don­nées pour la gauche. Dans la phase pré­cé­dente, af­firmer la né­ces­sité de lutter contre un sys­tème qui pa­rais­sait in­ébran­lable, ap­puyer et par­ti­ciper aux luttes so­ciales, lancer qu’ « un autre monde est pos­sible », était en soi une dé­cla­ra­tion de guerre au sys­tème. Mais dans la phase ac­tuelle, amorcée de­puis l’automne 2008, le seul appel à la lutte ne suffit plus. Dé­sor­mais, des ques­tions de plus en plus in­sis­tantes portent sur la na­ture des ré­ponses à la crise mul­ti­di­men­sion­nelle (éco­no­mique, fi­nan­cière, so­ciale, éco­lo­gique) qui nous af­flige. Penser l’au-delà du néo-libéralisme n’est plus une vaine spé­cu­la­tion. La ques­tion qui se pose de plus en plus aux mou­ve­ments so­ciaux et à la gauche est la sui­vante : il faut sortir du néo­li­bé­ra­lisme, mais pour aller où et faire quoi ? C’est bien la qua­lité pre­mière du ma­ni­feste de Québec so­li­daire que d’avoir pres­senti cette ques­tion, et ce, dés le début de 2009.

En clair, af­firmer qu’ « un autre monde est pos­sible » ne suffit plus aujourd’hui. Les forces de chan­ge­ment se doivent aussi d’indiquer vers quel monde elles veulent aller.

La ré­cente confé­rence sur les Chan­ge­ments Cli­ma­tiques tenue à Co­cha­bamba re­flète on ne peut plus clai­re­ment ce nou­veau cycle po­li­tique. Dé­sor­mais c’est le ca­pi­ta­lisme qui est épinglé comme la cause pro­fonde des crises éco­no­miques et éco­lo­gique, le néo­li­bé­ra­lisme étant dé­fini comme sa ma­ni­fes­ta­tion contem­po­raine. Les fausses so­lu­tions à la crise, en gros le ca­pi­ta­lisme vert et la ré­gu­la­tion key­né­sienne, sont vi­li­pen­dées. Les no­tions de dé­pas­se­ment du ca­pi­ta­lisme, de so­cia­lisme com­mu­nau­taire, d’éco so­cia­lisme, sont mises de l’avant sans hé­si­ta­tion et sans com­plexe. L’heure est aux fo­rums so­ciaux qui dé­bouchent sur la mo­bi­li­sa­tion et le chan­ge­ment so­cial. Voilà la grande leçon de Cochabamba.

L’anti néo­li­bé­ra­lisme de cette deuxième dé­cennie du 21è siècle doit se teindre d’anticapitalisme, de no­tions de dé­pas­se­ment du sys­tème, ou il perdra sa force pro­pul­sive, sa force de mo­bi­li­sa­tion so­ciale et po­li­tique. Dé­sor­mais, il faut passer à un anti néo­li­bé­ra­lisme à contenu plus ex­pli­ci­te­ment an­ti­ca­pi­ta­liste sous peine d’être ré­cu­pérer par le ré­for­misme nouvel mou­ture – le ca­pi­ta­lisme vert ou la social-démocratie soi-disant éco­lo­gique – et aboutir en fin de piste à un échec sur toute la ligne.

Aujourd’hui, l’ancienne stra­tégie de la gauche qué­bé­coise, qui consis­tait à mettre de côté le projet de so­ciété, se doit d’évoluer, car la conjonc­ture na­tio­nale et in­ter­na­tio­nale à elle aussi évo­luer. Il faut ap­pro­fondir la base d’unité de Québec so­li­daire en ex­plo­rant la fi­na­lité de la lutte contre le néo­li­bé­ra­lisme, en pro­po­sant les grandes lignes d’une so­ciété al­ter­na­tive, éco­lo­gique, dé­mo­cra­tique, au­to­gérée, sans in­éga­lités so­ciales et sans pau­vreté, en d’autres termes, une so­ciété éco so­cia­liste. Il ne s’agit pas d’éliminer le ca­rac­tère de front uni po­li­tique, ou si l’on pré­fère de coa­li­tion arc-en-ciel, de Québec so­li­daire mais plutôt de faire évo­luer ce front uni vers le dé­pas­se­ment du sys­tème ca­pi­ta­liste. Les condi­tions ob­jec­tives et sub­jec­tives sont pro­pices à une telle évolution.

Les condi­tions ob­jec­tives et sub­jec­tives sont pro­pices pour une évo­lu­tion à gauche

La crise éco­no­mique et fi­nan­cière a dis­cré­dité non seule­ment le néo­li­bé­ra­lisme mais le ca­pi­ta­lisme lui-même : nous voyons une re­montée des cou­rants so­cia­listes dans le monde avec, comme exemple éloquent, « le so­cia­lisme du 21è siècle » en Amé­rique latine.

Au Québec, l’ouverture à l’anticapitalisme parmi de nom­breux mi­li­tants et mi­li­tantes des mou­ve­ments so­ciaux, la plus grande vogue du mar­xisme et de l’éco so­cia­lisme parmi la jeu­nesse in­tel­lec­tuelle, sont au­tant d’exemples pro­bants de cette évo­lu­tion idéologique.

La crise éco­lo­gique et les me­naces qu’elle fait peser sur la pla­nète et l’espèce hu­maine amènent des gé­né­ra­tions nou­velles à ques­tionner pro­fon­dé­ment le sys­tème ac­tuel et cher­cher des so­lu­tions radicales.

Avec les me­sures d’austérité du gou­ver­ne­ment Cha­rest nous voyons une re­prise en­core ti­mide, mais réelle des mo­bi­li­sa­tions so­ciales et populaires.

La po­pu­la­rité gran­dis­sante de QS est une ma­ni­fes­ta­tion frap­pante de la désaf­fec­tion en­vers les partis po­li­tiques néo­li­bé­raux (Parti li­béral, PQ ou ADQ). Tout comme les té­moi­gnages de plus en plus ap­puyés de cer­taines or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales et po­pu­laires aux prises de po­si­tions po­li­tiques d’Amir à l’assemblée nationale.

Le ma­ni­feste « Pour sortir de la crise, faut-il dé­passer le ca­pi­ta­lisme ? » pu­blié le 1er mai 2009 à été fort bien reçu à l’intérieur du parti. Il a in­cité les membres de QS à se poser la ques­tion de la fi­na­lité de la lutte contre le néo­li­bé­ra­lisme et à en faire la ques­tion cen­trale des dé­bats en­tou­rant la phase 2 du programme.

La pers­pec­tive éco­so­cia­liste est es­sen­tielle pour un parti de gauche

Il nous semble cru­cial d’affirmer qu’aujourd’hui la pers­pec­tive éco­so­cia­liste est es­sen­tielle pour un parti de gauche vou­lant s’inscrire fer­me­ment dans le nou­veau cycle politique.

En effet com­ment ré­pondre “à l’urgence des chan­ge­ments cli­ma­tiques”, à l’éco ca­tas­trophe an­noncée, si ce n’est en bri­sant la dé­pen­dance au pé­trole ? Or, cette dé­pen­dance, comme le dé­montre si bien l’économiste éco so­cia­liste Elmar Alt­vater (3), dé­coule des be­soins du ca­pi­ta­lisme mo­derne en sources d’énergie re­la­ti­ve­ment fa­ciles d’accès, ai­sé­ment trans­por­tables et gé­né­rant des mégas pro­fits. Briser cet « im­pé­ria­lisme pé­tro­lier » est in­con­ce­vable si l’on ne songe à faire de l’état le maître-d’oeuvre du dé­ve­lop­pe­ment éner­gé­tique et de la ré­orien­ta­tion vers les éner­gies re­nou­ve­lables et non pol­luantes. Le dé­pas­se­ment du mo­dèle ca­pi­ta­liste de dé­ve­lop­pe­ment, l’adoption de nou­velles ins­ti­tu­tions so­ciales et éco­no­miques, s’impose à nous comme une condi­tion sine qua non pour bâtir une so­ciété éco­lo­gique et juste.

Com­ment “dé­mo­cra­tiser l’activité éco­no­mique et éta­blir les fon­de­ments d’une éco­nomie so­li­daire” sans re­mettre en ques­tion l’impératif de la re­cherche illi­mitée du profit, sy­no­nyme de l’économie du marché ? Na­tio­na­liser et so­cia­liser les sec­teurs stra­té­giques de l’économie (entre autres les banques et les grands groupes pé­tro­liers), adopter une pla­ni­fi­ca­tion éco­no­mique dé­mo­cra­tique (l’autogestion), re­voir le rôle de l’état, se sont là les seules façon d’éliminer les causes fon­da­men­tales des in­éga­lités et de la pauvreté.

Com­ment “hu­ma­niser la sphère du tra­vail” sans s’attaquer au pro­fond dés­équi­libre de pou­voir entre em­ployeurs d’un côté et les tra­vailleurs et tra­vailleuses de l’autre ? Mo­di­fier la struc­ture dé­ci­sion­nelle dans les en­tre­prises exige la re­mise en ques­tion de la pro­priété privée des grands groupes in­dus­triels et fi­nan­ciers, en d’autres terme, de dé­fier le pou­voir éco­no­mique, so­cial et po­li­tique dé­tenu par le grand capital.

Ce sont-là cer­taines des ques­tions po­sées par le ca­hier de par­ti­ci­pa­tion et y ré­pondre en avan­çant une pers­pec­tive de dé­pas­se­ment du sys­tème ca­pi­ta­liste, ne constitue point une fuite en avant mais bien un be­soin pro­gram­ma­tique et pra­tique es­sen­tiel pour un parti comme Québec so­li­daire.

Québec so­li­daire est en voie de faire une percée dans le champ po­li­tique et connait cer­tains succès élec­to­raux. Ces succès sont fra­giles, certes, et la dé­rive à droite du Parti qué­bé­cois ouvre ef­fec­ti­ve­ment une “fe­nêtre d’opportunités à la consti­tu­tion d’un grand pôle d’attraction pour tous ceux et celles qui veulent que ça change sur le ter­rain po­li­tique”. Mais ce n’est pas en élu­dant les ques­tions pro­gram­ma­tiques de fond ou en adop­tant une po­li­tique pla­te­ment ins­ti­tu­tion­nelle que l’on at­teindra cet ob­jectif. L’avenir de ce jeune parti est in­dis­so­cia­ble­ment lié à sa ca­pa­cité de faire la po­li­tique au­tre­ment et à se construire comme parti des urnes et de la rue. Se confiner à la seule lutte « pour des chan­ge­ments im­mé­diats, réa­li­sables dans le cadre de l’État et du sys­tème ca­pi­ta­liste ac­tuel »(4) se­rait une er­reur fa­tale pour QS. Bien au contraire, in­té­grer dans son pro­gramme et sa pra­tique la pers­pec­tive du dé­pas­se­ment du sys­tème ca­pi­ta­liste est une né­ces­sité « in­con­tour­nable »(5) pour at­tirer à ce parti les nou­velles gé­né­ra­tions mi­li­tantes, conso­lider ses rap­ports avec les mou­ve­ments so­ciaux et ainsi percer plus lar­ge­ment dans les couches po­pu­laires et ouvrières.

Quelles condi­tions pour faire ce débat ?

Il ne s’agit point de faire de QS un parti d’avant-garde ou d’imposer un débat qui sus­ci­te­rait la di­vi­sion à l’intérieur ou bien la mar­gi­na­li­sa­tion à l’extérieur. Mais plutôt de creuser les po­si­tions déjà adop­tées par le parti. Plu­sieurs de celles-ci ont un contenu an­ti­ca­pi­ta­liste la­tent. Pen­sons à nos pro­po­si­tions pour na­tio­na­liser l’énergie éolienne et faire de l’état qué­bé­cois le maître d’œuvre d’une vaste trans­for­ma­tion du sec­teur éner­gé­tique. Ou bien celles qui mettent de l’avant le ren­for­ce­ment des ser­vices pu­blics gra­tuits et uni­ver­sels en s’assurant que la re­cherche du profit n’entre pas en jeu. Ou en­core, celles qui touchent la réa­li­sa­tion de la sou­ve­rai­neté po­pu­laire du Québec (6). Il en va de même des ques­tions sou­le­vées par le ca­hier de par­ti­ci­pa­tion. Il faut mener ces in­ter­ro­ga­tions, ces prises de po­si­tions, à leurs conclu­sions lo­giques. Aux conclu­sions qui s’imposent in­évi­ta­ble­ment en pé­riode de crise sys­té­mique à un parti qui prône le chan­ge­ment so­cial et re­jette les fausses so­lu­tions. Que ces fausses so­lu­tions soient celles du « néo­li­bé­ra­lisme à vi­sage hu­main » ou bien celles du « ca­pi­ta­lisme ré­gulé et vert ».

Il est vrai que les idées et pra­tiques so­cia­listes ont peu d’enracinement po­pu­laire dans le Québec d’aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison, alors que la conjonc­ture idéo­lo­gique est la plus fa­vo­rable de­puis plus de vingt ans à l’essor des idées so­cia­listes, de s’en tenir aux seuls « chan­ge­ments im­mé­diats, réa­li­sables dans le cadre de l’État et du sys­tème ca­pi­ta­liste ac­tuel». Au contraire, il faut dès main­te­nant an­crer les luttes im­mé­diates dans une pers­pec­tive à long terme, si l’on as­pire à faire évo­luer cette réa­lité. Il in­combe aux an­ti­ca­pi­ta­listes de dé­mon­trer que l’écosocialisme est bien la vo­lonté de ré­pondre aux échecs du siècle passé ainsi qu’aux défis du siècle ac­tuel. L’écosocialisme est une rup­ture avec les soi-disant “so­cia­lismes” du ving­tième siècle et il re­nou­velle, dans les condi­tions du siècle pré­sent, les ob­jec­tifs éman­ci­pa­teurs his­to­riques du so­cia­lisme (7).

Québec so­li­daire se doit de sus­citer dans ses rangs non pas une marche forcée vers un pro­gramme im­posé mais plutôt une ré­flexion ap­pro­fondie, un chan­tier de dé­bats dé­mo­cra­tiques, s’étendant sur des mois sinon des années.

Ce choix stra­té­gique d’évoluer vers l’anticapitalisme n’exclut nul­le­ment la re­cherche de l’unité d’action la plus large avec tous ceux et celles qui veulent lutter, et qui luttent déjà contre les po­li­tiques d’austérité gou­ver­ne­men­tale, contre les pro­fits obs­cènes des mul­ti­na­tio­nales et des grandes banques, contre la pau­vreté, l’exclusion et la pré­ca­rité, contre la cor­rup­tion po­li­tique et les po­li­tiques pa­tro­nales. Au contraire, il est la condi­tion pour que QS puisse s’inscrire dans ces mul­tiples luttes po­pu­laires et ap­porter la pers­pec­tive uni­taire qui est la sienne. Pour qu’il puisse mettre en ac­tion des po­li­tiques d’alliance, au­tant ponc­tuelles qu’électorales, qui ne soient pas contra­dic­toires et dé­rou­tantes, mais plutôt des ja­lons vers l’atteinte d’un projet so­cial no­va­teur et mobilisant.

Un parti an­ti­ca­pi­ta­liste et uni­taire s’inscrivant dans un large mou­ve­ment so­cial contre le néo­li­bé­ra­lisme, voilà nous semble-t-il, la stra­tégie que doit adopter un parti de gauche dans le nou­veau cycle po­li­tique en­clenché par la crise du néolibéralisme.

Mont­réal, le 11 août 2010

Notes

1. Voir « Pour une so­ciété so­li­daire et éco­lo­gique. Ca­hier de par­ti­ci­pa­tion au pro­gramme. Enjeu 2 », par Québec so­li­daire , juin 2010, gp 5

http://programme.quebecsolidaire.net/documents/CAHIER_DE_PARTICIPATIONcorrige.pdf

2. Voir “Son­dage Léger Mar­ke­ting. Le Devoir-The Ga­zette. Le PQ main­tient son avance”, Le De­voir, 14 juin 2010

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/290849/le-barometre-leger-marketing-le-devoir-the-gazette-chute-marquee-de-la-popularite-de-charest

3. Voir “ The So­cial and Na­tural En­vi­ron­ment of Fossil Ca­pi­ta­lism”, par Elmar Alt­vater, dans “Co­ming to Terms with Na­ture”, sous la di­rec­tion de Leo Pa­nitch et Colin Leys, Merlin Press 2006, pgs 37 à 59.

4.Voir “Québec so­li­daire doit rester une coa­li­tion arc-en-ciel”, par Fran­çois Cyr et Pierre Beaudet, Les nou­veaux ca­hiers du so­cia­lisme, 15 juin 2010

http://www.cahiersdusocialisme.org/2010/06/15/quebec-solidaire-doit-rester-une-coalition-arc-en-ciel/

5. Voir “ Construire Québec so­li­daire comme parti des urnes et de la rue, une pers­pec­tive in­con­tour­nable”, par Ber­nard Rioux, Presse-toi à gauche, 13 juillet 2010

http://www.pressegauche.org/spip.php?article4868

Voir aussi, « En ré­ponse à Pierre Beaudet et Fran­çois Cyr. Le défi de Québec so­li­daire, de­venir un parti de trans­for­ma­tion éco­lo­gique et so­ciale”, par André Frap­pier et Ber­nard Rioux, Presse-toi à gauche, 6 juillet 2010

http://www.pressegauche.org/spip.php?article4845

6. Voir “En­ga­ge­ments élec­to­raux, Au­tomne 2008”, par Québec solidaire.

http://www.quebecsolidaire.net/files/QS-Engagements-2008_e2.pdf

7. L’écosocialisme re­jette les buts at­té­nués de la social-démocratie ainsi que les struc­tures pro­duc­ti­vistes et anti-démocratiques du “so­cia­lisme” bu­reau­cra­tique. Il est en conti­nuité avec la vo­lonté his­to­rique de changer le monde MAIS AUSSI en rup­ture avec les er­reurs du passé.

Pour plus d’information, voir le « Ma­ni­feste éco­so­cia­liste in­ter­na­tional », par Mi­chael Löwy et Joel Kovel, sep­tembre 2001.

http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article104

Roger Rashi est membre fon­da­teur de Québec so­li­daire où il siège sur la Com­mis­sion thé­ma­tique sur l’environnement et l’énergie (CTEE). Il est éga­le­ment membre de Masse cri­tique, un col­lectif re­connu dans Québec solidaire.

Il abor­dera le thème “Éco­logie et so­cia­lisme“ lors d’une confé­rence pu­blique à Mont­réal le 26 août au soir, à l’occasion de la conclu­sion de l’université d’été des Nou­veaux ca­hiers du so­cia­lisme.

http://www.cahiersdusocialisme.org/2010/08/06/l’universite-populaire-des-mouvements-sociaux/

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