Entente du secteur public :

De la candeur à la déception

Par Mis en ligne le 04 août 2010

Cer­tains di­ront que je suis naïf, mais je croyais que le Front commun au­rait pu faire de meilleurs gains que ceux de l’entente conclue le 24 juin. Après la grosse ma­ni­fes­ta­tion du mois de mars, dans la­quelle près de 75,000 per­sonnes étaient pré­sentes, j’ai cru qu’il y avait vo­lonté des cen­trales et des or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales d’augmenter la ca­dence et de se mon­trer plus am­bi­tieux face au gou­ver­ne­ment Cha­rest. Non seule­ment, je croyais qu’il était pos­sible de se mo­bi­liser mais je l’ai af­firmé à plu­sieurs re­prises aux membres de mon syn­dicat lorsque je fai­sais cir­culer les bul­le­tins d’information du front commun en tant que dé­légué au conseil syn­dical du syn­dicat des tra­vailleurs et des tra­vailleuses du CSSS Jeanne Mance.

J’avais ima­giné can­di­de­ment que le plan de match se­rait le sui­vant : après avoir de­mandé la mé­dia­tion, nous se­rions allé cher­cher un mandat de grève de quelques jours. Ce mandat au­rait été ap­pliqué au mo­ment jugé né­ces­saire. Nos ca­ma­rades à la tête de la né­go­cia­tion au­raient eu alors une carte en main pour être plus exi­geant et on au­rait alors une en­tente qui au­rait été plus ac­cep­table que celle conclue lors de la fête nationale.

Il faut dire que mes at­tentes étaient quand même mo­destes. Je ne croyais pas que nous au­rions eu des gains comme en 1972. (Je suis naïf, pas stu­pide!). Mais je pen­sais que le plan de match au­rait été plus consis­tant, d’autant plus que les re­culs sur le plan sa­la­rial dans le sec­teur pu­blic sont très im­por­tants de­puis 20 ans. Et je croyais que ce rat­tra­page sa­la­rial au­rait été une stra­tégie ef­fi­cace pour va­lo­riser le sec­teur pu­blic face aux me­naces de privatisation.

Bien sûr qu’un danger nous guet­tait : celui du dé­cret. Je suis conscient que le gou­ver­ne­ment Cha­rest au­rait pu trouver toutes les ex­cuses pos­sibles pour nous em­pê­cher de se mo­bi­liser et nous mu­seler comme il l’a fait en 2005. Je ne sou­hai­tais pas que les troupes syn­di­cales soient conduites vers le tir de l’ennemi, sans dé­fense. Mais compte tenu que le dé­cret nous a fait mal en 2005, il au­rait été im­por­tant, il me semble, de dé­mon­trer plus de com­ba­ti­vité en 2010. Nous avions réunies les condi­tions pour plus de com­ba­ti­vité avec la mise en place d’un front commun his­to­rique. J’ai sou­vent dit dans des in­ter­ven­tions au sein du col­lectif in­ter­syn­dical de Québec so­li­daire que je rê­vais au jour où la mo­bi­li­sa­tion syn­di­cale de 2003 contre le gou­ver­ne­ment Cha­rest se­rait conju­guée à l’unité syn­di­cale du front commun de 2010. Je le pense encore.

J’avoue avoir hé­sité avant de prendre la pa­role concer­nant cette en­tente. Il y avait trop de ques­tions sans ré­ponses pour je puisse me pro­noncer. Je n’ai tou­jours pas les ré­ponses mais je pense qu’il faut poser les ques­tions dans l’espace pu­blic et dans nos as­sem­blées syn­di­cales au mois de sep­tembre. Les ques­tions sont les suivantes :

Pour­quoi avoir re­noncé à une mo­bi­li­sa­tion qui au­rait été pos­sible à l’automne?

Les di­rec­tions syn­di­cales sont-elles convain­cues que cette en­tente permet d’arrêter le pro­cessus d’appauvrissement des tra­vailleurs et des tra­vailleuses du sec­teur public?

Peut-on parler d’une en­tente du front commun alors que la FIQ n’a pas signé l’entente? Que fait-on avec la FIQ, l’ignorer ou se so­li­da­riser avec elle?

Enfin, est ce que la conclu­sion de cette en­tente per­mettra au mou­ve­ment syn­dical de par­ti­ciper in­ten­sé­ment à la lutte contre la hausse des ta­rifs et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices pu­blics en­tre­prise il y a quelques mois par la coa­li­tion du même nom?

Mes at­tentes, pour le mo­ment, c’est d’avoir des ré­ponses à mes ques­tions. Poser les ques­tions, c’est y ré­pondre? Fai­sons alors le débat avec les per­sonnes concernées.

René Cha­rest
Mi­li­tant syndical

4 août 2010

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