Débat Prendre au mot la dimension mortifère du capitalisme

Mis en ligne le 10 juin 2010

Alain Bihr *

Au fur et à me­sure où, se­maine après se­maine, quasi quo­ti­dien­ne­ment, la crise gé­né­rale du ca­pi­ta­lisme contem­po­rain nous ap­porte son lot de nou­velles plus ca­la­mi­teuses les unes que les autres, c’est la vé­ri­table na­ture de cette crise qui se ré­vèle. Loin d’être seule­ment une crise éco­no­mique, fût-elle struc­tu­relle, c’est à une vé­ri­table crise de ci­vi­li­sa­tion que nous sommes confrontés.

L’expression est certes gal­vaudée de­puis qu’elle a servi à dé­si­gner tout et n’importe quoi (sur­tout n’importe quoi, d’ailleurs !), en per­met­tant le plus sou­vent de mas­quer la ma­nière dont elle s’articule avec la di­men­sion éco­no­mique de la crise : avec la crise dans la­quelle la re­pro­duc­tion du ca­pital comme rap­port de pro­duc­tion se débat de­puis main­te­nant plus d’un tiers de siècle. Par crise de ci­vi­li­sa­tion, j’entends néan­moins que la si­tua­tion cri­tique dans la­quelle le ca­pital est du­ra­ble­ment et sans doute même dé­fi­ni­ti­ve­ment en­gagé (et nous avec lui, pour l’instant du moins) conduit à com­pro­mettre, inexo­ra­ble­ment, toutes les condi­tions de la vie en so­ciété et jusqu’aux ac­quis les plus fon­da­men­taux de la civilisation.

Quelques exemples des ten­dances ré­gres­sives du ca­pi­ta­lisme contemporain

Ce ca­tas­tro­phisme fera sans doute sou­rire le lec­teur, qui en a en­tendu d’autres dans le genre. Quelques exemples pris dans l’actualité la plus ré­cente lui fe­ront, je l’espère, tou­cher du doigt et ce que je veux dire et la gra­vité de ce qui est en question.

Com­men­çons par la nou­velle «ré­forme» des re­traites qui se pré­pare en France (et ailleurs), en fait un nou­veau pas en avant vers la des­truc­tion pro­grammée de l’assurance vieillesse, avec à la clef et la né­ces­sité de pro­longer la durée de la vie ac­tive et l’appauvrissement de la partie la plus âgée de la po­pu­la­tion, dès lors qu’elle n’exercera plus d’activité professionnelle.

Tout le monde sait que la condi­tion hu­maine se dé­finit, no­tam­ment, par la conscience qu’a chaque homme, de sa mor­ta­lité, de la fi­ni­tude de son exis­tence. Il en est ré­sulté, très tôt dans l’histoire et même la pré­his­toire des so­ciétés hu­maines, des rêves d’immortalité dont toutes les re­li­gions ont fait leur beurre, en pro­me­nant d’illusoires pa­radis post mortem. De ma­nière plus ma­té­ria­liste, mais au­tre­ment plus ef­fi­cace, les hommes ont obs­ti­né­ment tra­vaillé de­puis des mil­lé­naires à amé­liorer leurs condi­tions ma­té­rielles d’existence : les pro­grès de la pro­duc­ti­vité du tra­vail, ceux de l’hygiène pu­blique, ceux de la connais­sance scien­ti­fique et de la pra­tique mé­di­cale se sont conju­gués pour per­mettre d’augmenter l’espérance de vie moyenne des po­pu­la­tions hu­maines, c’est-à-dire le pour­cen­tage de ceux des hu­mains ca­pables d’atteindre de grands âges tout en fai­sant re­culer les li­mites de ces derniers.

Le ca­pi­ta­lisme a eu partie liée avec ces pro­grès, dont il a étendu le champ et ac­cé­léré le rythme. Et, pour­tant, non seule­ment il en aura li­mité les pleins bé­né­fices à la partie de la po­pu­la­tion mon­diale concen­trée dans les for­ma­tions do­mi­nantes (les soi-disant «Etats dé­ve­loppés»), et en­core de ma­nière très in­égale ; mais aujourd’hui, il fait di­rec­te­ment obs­tacle à la pour­suite de ce mou­ve­ment, y com­pris au sein de ces for­ma­tions. L’augmentation de l’espérance de vie, qui de­vrait ré­sonner comme une bonne nou­velle, y ap­pa­raît comme une ca­tas­trophe parce qu’elle oblige à consa­crer une part gran­dis­sante de la ri­chesse so­ciale à l’entretien de per­sonnes éco­no­mi­que­ment (mais non so­cia­le­ment) im­pro­duc­tives et que cette contrainte entre di­rec­te­ment en contra­dic­tion avec les exi­gences de la re­pro­duc­tion du ca­pital et les in­té­rêts de ses pro­prié­taires. Au­tre­ment dit, la survie du ca­pi­ta­lisme exige aujourd’hui de sa­cri­fier la réa­li­sa­tion en cours d’un des plus vieux rêves de l’humanité et des plus beaux ac­quis de la ci­vi­li­sa­tion : le pro­lon­ge­ment de la vie et l’entretien de nos vieux.

Pre­nons un deuxième exemple, proche du pré­cé­dent. C’est un autre rêve de l’humanité que celle d’une vie «sans ma­ladie», d’une santé aussi constante et par­faite que pos­sible. Et c’est un autre ac­quis de la ci­vi­li­sa­tion que d’avoir pro­gressé dans cette voie et que d’avoir étendu le bé­né­fice de ces pro­grès au plus grand nombre. In­utile de rap­peler que l’institution d’une prise en charge pu­blique, par le biais de l’impôt et de la co­ti­sa­tion so­ciale, de la lutte contre la ma­ladie y aura lar­ge­ment contribué. Que des pro­grès res­tent à réa­liser, là en­core, sur un plan mon­dial, c’est l’évidence même ; comme est évi­dente la dis­po­ni­bi­lité ac­tuelle en moyens ma­té­riels et per­son­nels à cette fin. Là en­core, seule l’incompatibilité de leur mo­bi­li­sa­tion avec les exi­gences de la re­pro­duc­tion du ca­pital (qui im­pose non seule­ment un par­tage in­égal de la ri­chesse so­ciale mais en­core un usage sou­vent nui­sible de celle-ci) sté­ri­lise cette pos­si­bi­lité. Et c’est ainsi qu’on vient nous ex­pli­quer que la prise en charge so­ciale de la ma­ladie et des ma­lades est de­venue dis­pen­dieuse, qu’il faut mettre fin à la «dé­rive des dé­penses de santé» (quid de la dé­rive des re­venus des pro­fes­sion­nels de la santé, des pro­fits des groupes phar­ma­ceu­tiques et des in­té­rêts des fonds de pla­ce­ment pro­prié­taires des cli­niques privés dont ces dé­penses ré­pu­tées in­fla­tion­nistes sont pour­tant la condi­tion soi­gneu­se­ment tue sinon ca­chée ?) et «ra­tionner l’accès aux soins» au dé­tri­ment d’une part gran­dis­sante de la po­pu­la­tion, en com­men­çant par la plus paupérisée ?

Veut-on un troi­sième exemple, qui n’est pas non plus sans rap­port avec les deux pré­cé­dents ? Le tra­vail est d’abord une né­ces­sité na­tu­relle, ins­crite dans notre condi­tion bio­lo­gique ; au fil des siècles et au gré du dé­ve­lop­pe­ment de rap­ports d’exploitation de l’homme par l’homme, il est de­venu une contrainte so­ciale ; et cer­tains y voient même une obli­ga­tion mo­rale, contractée à l’égard de nos tiers proches ou de la so­ciété dans son en­semble. Quoi qu’il en soit, pré­ci­sé­ment parce qu’il est ins­crit à l’horizon de l’existence de la plu­part d’entre nous (j’exclus de ce nous les ren­tiers qui vivent à nos cro­chets), le tra­vail s’est tou­jours ac­com­pagné du rêve de la fin du tra­vail, qui compte ainsi lui aussi parmi les plus ar­chaïques de l’humanité.

Là en­core, à dé­faut de pou­voir le réa­liser tel quel, du moins les hommes se sont-ils avancés sur la voie de la ré­duc­tion de la quan­tité de tra­vail et donc de la durée du tra­vail que chaque hu­main doit fournir pour as­surer la re­pro­duc­tion ma­té­rielle des so­ciétés dont il est membre, en en aug­men­tant la pro­duc­ti­vité. Et, sous ce rap­port aussi, le ca­pi­ta­lisme s’est montré pro­gres­siste en dé­ve­lop­pant consi­dé­ra­ble­ment les forces pro­duc­tives de la so­ciété. Mais, là en­core, sur un mode de plus en plus contra­dic­toire, puisque l’économie gran­dis­sante de tra­vail vi­vant (le tra­vail des hommes par op­po­si­tion au tra­vail mort des ma­chines) que réa­lise l’accroissement de la pro­duc­ti­vité du tra­vail se tra­duit, dans le cadre des rap­ports ca­pi­ta­listes de pro­duc­tion, par une aug­men­ta­tion constante du chô­mage et de la pré­ca­rité sa­la­riale. Une fois de plus, comme la fée Ca­ra­bosse, le ca­pital com­promet la réa­li­sa­tion d’un an­tique rêve d’émancipation en cauchemar.

Allez, un der­nier exemple pour faire bon compte. L’ensemble des «rêves» pré­cé­dents s’articule sur celui de rendre les hommes «maîtres et pos­ses­seurs de la na­ture». En dé­ve­lop­pant l’appareillage in­dus­triel du tra­vail hu­main ainsi que les connais­sances scien­ti­fiques qui en sont pour partie la condi­tion, le ca­pi­ta­lisme aura éga­le­ment contribué à la réa­li­sa­tion de ce der­nier rêve. Tout en le trans­for­mant là en­core en cau­chemar dès lors que ce projet de do­mi­na­tion de la na­ture re­vient à traiter cette der­nière comme un im­mense ré­ser­voir de ma­tières pre­mières et d’énergie dans le­quel on pour­rait puiser sans tenir compte de sa fi­ni­tude ainsi que comme un im­mense dé­po­toir dans le­quel on pour­rait re­jeter les ré­sidus et dé­chets de la pro­duc­tion in­dus­trielle, sans tenir da­van­tage compte de la fi­ni­tude des éco­sys­tèmes à les ab­sorber. La ca­tas­trophe éco­lo­gique qui en ré­sulte n’est nul­le­ment ac­ci­den­telle ni par consé­quent évi­table : elle est ins­crite dans le pro­duc­ti­visme in­hé­rent à la re­pro­duc­tion in­dé­finie du ca­pital tout comme dans le ca­rac­tère aveugle et in­con­trô­lable d’un procès so­cial de pro­duc­tion di­visé entre de mul­tiples ca­pi­taux in­dé­pen­dants et ri­vaux les uns des autres [1].

Le com­mu­nisme ou la mort !

Je pour­rais mul­ti­plier les exemples, en mon­trant com­ment le ca­pi­ta­lisme contem­po­rain com­promet de même d’autres ac­quis de la ci­vi­li­sa­tion, tels que l’élévation du ni­veau in­tel­lec­tuel et culturel de la po­pu­la­tion ob­tenue par l’intermédiaire de la dif­fu­sion de l’accès à l’écrit ou en­core l’autonomie af­fec­tive et ré­flexive de l’individu. Mais plutôt que de mul­ti­plier ainsi les exemples, ten­tons d’en dé­gager le sens gé­néral ainsi que les consé­quences à en tirer sur le plan politique.

Il y a en gros un siècle, Rosa Luxem­bourg avait bien dé­fini ce qui al­lait être l’enjeu du XXe siècle en po­sant le di­lemme sui­vant : le so­cia­lisme ou la bar­barie. Et, en effet, faute d’avoir su réa­liser le so­cia­lisme et pour l’avoir la­men­ta­ble­ment pa­rodié sous la forme de la social-démocratie et atro­ce­ment dé­fi­guré sous la forme du sta­li­nisme, le siècle écoulé n’a pas été avare de bar­ba­ries. Aujourd’hui, au terme d’un siècle d’élargissement et d’approfondissement de l’emprise du ca­pi­ta­lisme sur l’humanité, l’enjeu s’est lui-même ra­di­ca­lisé : ce sera le com­mu­nisme ou la mort ! Ou bien nous se­rons ca­pables de dé­passer le ca­pi­ta­lisme en réa­li­sant le projet com­mu­niste d’une so­ciété ré­con­ci­liée avec elle-même ainsi qu’avec la na­ture (pour faire bref), ou bien les ten­dances mor­ti­fères du ca­pi­ta­lisme à l’œuvre dans les ré­gres­sions pré­cé­dem­ment poin­tées iront jusqu’à leur terme.

La pre­mière condi­tion pour conjurer cette pers­pec­tive est bien de prendre conscience que de telles ten­dances sont ici à l’œuvre et d’en me­sure la vio­lence po­ten­tielle. Or on est en­core très loin du compte y com­pris parmi ceux qui dé­noncent les ré­gres­sions pré­cé­dentes et se mo­bi­lisent contre elles, sans pour au­tant de­viner de quoi elles sont grosses. La plu­part d’entre eux ju­ge­ront sans doute que j’exagère voire que je dé­lire en par­lant de telles ten­dances. Qu’ils ré­flé­chissent un mo­ment aux faits suivants :

• Ins­ti­tuer un al­lon­ge­ment de la durée de co­ti­sa­tion et donc d’activité pour pou­voir pré­tendre à une pen­sion à taux com­plet, alors même que les car­rières pro­fes­sion­nelles sont par ailleurs de plus en plus rac­cour­cies par l’allongement du délai d’accès à un pre­mier em­ploi stable et la mul­ti­pli­ca­tion, en cours de vie ac­tive, des pé­riodes de chô­mage, n’est-ce pas pro­grammer sciem­ment le rac­cour­cis­se­ment de l’existence des re­traités par usure au tra­vail d’un grand nombre et par baisse de leurs re­venus pour tous ?

• Que peut bien si­gni­fier le fait que l’on ait cal­culé que «(…) un peu plus de la moitié des dé­penses de santé du ré­gime gé­néral est des­tinée aux ma­lades de 55 ans et plus de 30% à ceux de 70 ans et plus» et que «Le mon­tant moyen de dé­penses mé­di­cales re­pré­sente 5238 euros chez les se­niors contre une moyenne na­tio­nale de 1793 euros.» [2] ? Sinon qu’on in­duit ainsi l’idée que les «se­niors» coûtent cher non seule­ment à l’assurance-vieillesse mais en­core à l’assurance-maladie et qu’on fe­rait d’une pierre deux coups si l’on pou­vait abréger leur exis­tence ? Et pour en ra­jouter une touche, mé­di­tons le ballon d’essai sui­vant d’un Alain Minc, tou­jours à la pointe de l’entreprise de dé­cons­truc­tion de l’Etat-providence : «J’ai un père qui a 102 ans. Il a été hos­pi­ta­lisé pen­dant 15 jours en ser­vice de pointe, il en est sorti. La col­lec­ti­vité fran­çaise a dé­pensé 100.000 euros pour soi­gner un homme de 102 ans. C’est un luxe im­mense, ex­tra­or­di­naire, pour lui donner quelques mois, ou j’espère, quelques an­nées de vie. Je trouve aber­rant que quand le bé­né­fi­ciaire a un pa­tri­moine ou quand ses ayants droit ont les moyens, que l’Etat m’ait fait ce ca­deau à l’œil. Et donc, je pense qu’il va bien fal­loir s’interroger sur le fait de sa­voir com­ment on ré­cu­père les dé­penses mé­di­cales sur les très vieux en ne met­tant pas à contri­bu­tion ou leur pa­tri­moine quand ils en ont un ou le pa­tri­moine de leurs ayants droit. Ce se­rait au pro­gramme so­cia­liste de le pro­poser.» [3]

• Que peut bien si­gni­fier que les gou­ver­nants s’entêtent (en France du moins) à main­tenir en ac­ti­vité des ré­ac­teurs nu­cléaires à bout de souffle (ini­tia­le­ment pro­grammés pour durer trente ans, on pro­jette de les faire fonc­tionner qua­rante ans voire au-delà) ou à construire des ré­ac­teurs de «nou­velle gé­né­ra­tion» (type EPR) dont on sait qu’il pré­sente des risques spé­ci­fiques d’accidents graves (type Tcher­nobyl) sinon que c’est là une ma­nière de dire aux po­pu­la­tions qu’elles doivent ac­cepter de courir de tels risques ? Tout comme il faudra que les gé­né­ra­tions fu­tures ac­ceptent de vivre pen­dant des cen­taines et même des mil­lions d’années à côté ou au-dessus de pou­belles dé­bor­dant de dé­chets nucléaires.

• Que peut si­gni­fier la ré­cur­rence des «ma­rées noires» (la der­nière en date qui vient de se dé­clen­cher dans le golfe du Mexique promet de dé­passer toutes les pré­cé­dentes réunies) et le fa­ta­lisme avec le­quel elles sont ac­cueillies par ces mêmes gou­ver­nants et leurs hé­rauts mé­dia­tiques sinon que la pour­suite de la «crois­sance éco­no­mique» (= la re­pro­duc­tion du ca­pital) vaut bien qu’on lui sa­crifie le mi­lieu marin tout en­tier s’il le faut ?

Jaurès di­sait que le ca­pi­ta­lisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage [4]. Aujourd’hui le ca­pi­ta­lisme n’est plus mor­ti­fère seule­ment sur les champs de ba­taille qu’il mul­ti­plie pour­tant un peu par­tout sur la pla­nète. C’est par l’ensemble des di­men­sions de sa dy­na­mique de re­pro­duc­tion qu’il est déjà ac­tuel­le­ment mor­ti­fère ou qu’il s’apprête à de­venir de jour en jour da­van­tage. Il de­vient urgent d’en faire naître et d’en ai­guiser la conscience dans le mou­ve­ment social.

Quelques mots d’ordre ra­di­caux, (mais pas trop, tout de même !)

A cette fin, je pro­pose que soient dif­fusés dans les pro­chaines mo­bi­li­sa­tions des slo­gans qui, loin de s’opposer aux ten­dances mor­ti­fères en ques­tion, sur­en­ché­ri­ront sur ces der­nières de ma­nière à les rendre les plus ex­pli­cites et in­tel­li­gibles pos­sible. Par leur ca­rac­tère à la fois ab­surdes et mons­trueux, ces slo­gans doivent amener à prendre conscience du ni­hi­lisme ra­dical et de la pro­fonde bar­barie qui animent le ca­pi­ta­lisme contem­po­rain. Ce qui n’exclut pas de re­courir à l’humour noir pour faire rire jaune ! La liste sui­vante en fournit quelques exemples qui n’ont au­cune pré­ten­tion à l’exhaustivité. Je fais confiance dans l’imagination des mi­li­tants pour en in­venter d’autres :

• Ins­ti­tu­tion d’une durée lé­gale maxi­male de vie pour tous ! L’idéal se­rait la fixa­tion de cette durée à 65 ans puisque cela per­met­trait de sup­primer l’assurance vieillesse (par euth­nasie), ce qui fera plaisir à la pa­tronne du MEDEF, Lau­rence Pa­risot. Mais, pour ne pas trop cho­quer le pu­blic (j’entends déjà d’ici l’indignation des Thi­baut – CGT –, Mailly _ FO – et Ché­rèque –CFDT) et mé­nager une tran­si­tion, on peut en­vi­sager de partir de l’espérance de vie ac­tuelle (di­sons 80 ans) et de di­mi­nuer l’âge en ques­tion d’un se­mestre par an jusqu’à at­teindre 65 ans en 2040. C’est rai­son­nable, non ?

• Ins­ti­tu­tion d’un ca­pital santé pour tous, c’est-à-dire d’un mon­tant global de prise en charge de soins sur l’ensemble de l’existence, de­puis la nais­sance, au-delà du­quel il ap­par­tiendra à chacun de payer in­té­gra­le­ment les soins aux­quels il voudra re­courir… s’il peut. On lais­sera le soin aux «par­te­naires so­ciaux» de fixer ce mon­tant, en veillant ce­pen­dant à ce qu’il ne soit pas trop élevé. Selon le prin­cipe bien connu que «Les soins, ce n’est pas obli­ga­toire, même et sur­tout quand on est malade !».

• Ré­ta­blis­se­ment de l’esclavage. On a beau­coup trop et in­jus­te­ment dé­crié l’esclavage qui pré­sente pour­tant bien des avan­tages. Car l’esclave est as­suré, outre sa ra­tion de coups de fouet ou de bâton, d’être nourri, logé et blanchi (même mé­dio­cre­ment) et de ne ja­mais connaître les affres du chô­mage et de l’inactivité. Chacun pourra donc choisir li­bre­ment de de­venir es­clave plutôt que de rester tra­vailleur sa­larié ou chô­meur, en ayant la pos­si­bi­lité de se vendre lui-même au plus of­frant et de ra­cheter ul­té­rieu­re­ment sa propre li­berté le cas échéant. Evi­dem­ment, il conviendra d’instituer une bourse aux es­claves, où le cours de chaque ca­té­gorie d’esclaves devra fluc­tuer selon les règles im­pres­crip­tibles d’«une concur­rence libre et non faussée». La Croix Rouge et Am­nesty In­ter­na­tional se­ront au­to­risés à en­quêter et à rap­porter sur les condi­tions de vie des es­claves, en veillant à ce qu’ils ne soient soumis à aucun trai­te­ment in­hu­main ni dégradant.

• Ins­ti­tu­tions de primes de risque éco­lo­gique. Les per­sonnes qui ac­cep­te­ront de vivre et de tra­vailler dans des condi­tions éco­lo­gi­que­ment dan­ge­reuses ou a for­tiori dé­gra­dées se ver­ront gra­ti­fiées d’une aug­men­ta­tion de leur ca­pital santé et d’un al­lon­ge­ment de leur durée lé­gale d’existence…

• Et pour ré­sumer le tout : «La vie est un luxe que tout le monde n’est pas (plus) en droit de se payer !»

* Alain Bihr vient de pu­blier aux Edi­tions Page deux, dans nou­velle col­lec­tion «Em­preinte», La lo­gique mé­connue du Capital.

1. Voir l’article : «Le ca­pi­ta­lisme peut-il se mettre au vert ? » pu­blié dans la revue La Brèche, nu­méro 5, mars 2009.

2 Etude de l’impact du vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion sur les de­penses de sante, CNAMTS

3 Dé­cla­ra­tion faite à l’émission « Par­lons Net », France-Info, 7 mai 2009.

4 Les vé­ri­tables propos de Jaurès sont les sui­vants : «Tou­jours votre so­ciété vio­lente et chao­tique, même quand elle veut la paix, même quand est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dor­mante porte l’orage». Textes choisis, Edi­tions So­ciales, 1959, p. 88.

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