Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal Qui est légitime ?

Mis en ligne le 09 mars 2010

par Fran­çois Cyr

Syn­dicat des char­gées et chargés de cours de l’Université de Montréal

Qui est légitime ?

mardi 9 mars 2010, par Fran­çois Cyr

Nous étions quelque 115 chargés de cours lorsque nous avons, au terme d’une longue dis­cus­sion, confié à nos dirigeants-es, par vote se­cret, le mandat de dé­clen­cher si né­ces­saire la grève gé­né­rale. C’est la qua­trième ou cin­quième fois que nous pre­nons une telle dé­ci­sion dans notre his­toire et, à chaque fois, nos règles in­ternes et les dis­po­si­tions du code du tra­vail ont été scru­pu­leu­se­ment respectées.

Ce vote a été pré­cédé de longues séances de né­go­cia­tion où l’employeur a non seule­ment re­fusé d’ouvrir la dis­cus­sion sur la taille des groupes cours, ce qui est la po­si­tion his­to­rique des di­ri­geants de l’Université, mais il a éga­le­ment nié le droit des chargés de cours de tou­cher une ré­mu­né­ra­tion équi­va­lente à celles des autres chargés de cours du Québec. Par ailleurs, la partie pa­tro­nale se permet des de­mandes vi­sant es­sen­tiel­le­ment à ac­croître son droit de gé­rance pour­tant fort peu ba­lisé par la conven­tion col­lec­tive. Enfin, pour bien mar­quer son in­térêt pour cette né­go­cia­tion la partie pa­tro­nale s’est permis de changer de porte-parole à trois re­prises. Le der­nier en date étant un avocat d’une grosse firme privée gras­se­ment payé par les fonds public.

L’exécutif syn­dical ainsi que le co­mité de né­go­cia­tion ont mul­ti­plié les dé­marches d’information de plu­sieurs ma­nières ainsi que la partie pa­tro­nale qui ne s’est pas gênée pour ex­primer éga­le­ment son point de vue sur la place pu­blique. L’assemblée syn­di­cale dé­ci­sion­nelle a en­tendu le rap­port de né­go­cia­tion et les per­sonnes pré­sentes ont pu li­bre­ment et dans un climat de res­pect et d’écoute ex­primer leur point de vue. Trente pour cent des membres pré­sents ont d’ailleurs ex­primé leur op­po­si­tion à la grève. C’est leur droit le plus strict et per­sonne ne le conteste. Cer­tains la ju­geant in­ef­fi­cace, d’autres pré­ma­turée comme c’est sou­vent le cas lors des votes de grève. Mais la ma­jo­rité a tranché et en vertu des règles syn­di­cales de so­li­da­rité et des dis­po­si­tifs du code du tra­vail du Québec tous et toutes doivent cesser le tra­vail et l’employeur sera tra­duit en jus­tice s’il fa­vo­rise l’activité d’éventuels bri­seurs de grève.

Cer­taines per­sonnes, peu nom­breuses mais fort ac­tives, al­lèguent main­te­nant sur la place pu­blique que ce vote se­rait si illé­gi­time qu’il fau­drait re­courir aux tri­bu­naux afin de le contester puisque les sta­tuts ne per­mettent pas d’obtenir par pé­ti­tion in­terne la tenue d’une as­sem­blée. La­quelle de­vrait re­con­si­dérer un vote au­quel nombre d’entre eux n’ont d’ailleurs pas par­ti­cipé. No­tons que les sta­tuts du SCCCUM n’ont ja­mais, de­puis notre fon­da­tion, in­clus un tel dis­po­sitif et per­sonne à notre connais­sance n’a re­quis des amen­de­ments en ce sens. Et ce, pour deux rai­sons : l’une lé­gale et l’autre politique.

Ce dis­po­sitif se­rait in­utile parce que les sta­tuts du SCCCUM contiennent déjà des obli­ga­tions strictes de convo­quer des as­sem­blées ré­gu­liè­re­ment et notre syn­dicat a tou­jours scru­pu­leu­se­ment res­pecté cette obli­ga­tion. D’ailleurs, la pro­chaine as­sem­blée sta­tu­taire aura lieu en mars pro­chain nous in­forme l’exécutif. D’autre part, la dé­mo­cratie syn­di­cale est d’abord une dé­mo­cratie de par­ti­ci­pa­tion qui permet aux membres in­té­ressés d’échanger face à face leur point de vue et de tran­cher. Ce qui im­plique que le contenu des as­sem­blées est an­noncé et pré­paré à l’avance par­ti­cu­liè­re­ment lorsque des ques­tions dif­fi­ciles doivent être dis­cu­tées : grève, re­tour au tra­vail, co­ti­sa­tions, élec­tions des dirigeants-es syndicaux.

Rap­pe­lons qu’un tel re­cours à la Cour su­pé­rieure (fi­nancé par qui ?) est une pro­cé­dure ex­tra­or­di­naire qui obli­ge­rait les re­qué­rants à prouver à la fois l’urgence et le pré­ju­dice sé­rieux. Compte tenu du res­pect scru­pu­leux par le syn­dicat de ses propres règles en convo­quant et en te­nant cette as­sem­blée, mais sur­tout du fait qu’une autre as­sem­blée sta­tu­taire est prévue en mars, on voit mal com­ment les re­qué­rants pour­raient prouver leurs dires sans faire quelques en­torses à la vé­rité des faits.

Comme à chaque fois, lors de né­go­cia­tions cor­sées, quelques voix s’élèvent pour jouer pu­bli­que­ment le rôle de spin-doctors au ser­vice de la partie pa­tro­nale. Cette fois, ils adoptent la pos­ture d’innocente vic­time de l’antidémocratisme syn­dical. Malgré leur iso­le­ment, ils trouvent ra­pi­de­ment l’oreille des grands mé­dias et dis­posent étran­ge­ment de la liste des cour­riels des membres du syndicat.

Leur ar­gu­men­ta­tion est simple : l’action syn­di­cale est peu re­pré­sen­ta­tive voir illé­gi­time comme en té­moigne le faible taux de par­ti­ci­pa­tion lors de l’assemblée gé­né­rale du 31 jan­vier 2010. Ce qu’ils ou­blient de dire c’est que cette as­sem­blée gé­né­rale a été dû­ment convo­quée lar­ge­ment dans la pé­riode prévue aux sta­tuts, que le quorum sta­tu­taire était très lar­ge­ment at­teint et que cette as­sem­blée fut l’une des plus nom­breuses de notre his­toire. En effet, compte tenu de la dis­per­sion géo­gra­phique du mem­ber­ship et du fait qu’une très forte pro­por­tion d’entre nous, tout en étant membre n’est pas sous contrat cette ses­sion, il est his­to­ri­que­ment dif­fi­cile de re­grouper un grand nombre de per­sonnes au même mo­ment. Et ce, même le di­manche alors que cer­tains de nos membres sont en cours ! À ces dif­fi­cultés in­hé­rentes, s’ajoutent les défis posés par le large éven­tail d’intérêts dif­fé­rents, quoique non di­ver­gents, des membres sans parler des cli­vages pro­fes­sion­nels, gé­né­ra­tion­nels ou autres.

Cette hé­té­ro­gé­néité n’a tou­te­fois pas em­pêché la presque to­ta­lité des chargés de cours du Québec d’avoir construit ces trente der­nières an­nées des syn­di­cats très bien or­ga­nisés et so­li­daires les uns des autres. Ils ont ob­tenu, au fil des ans, des condi­tions de tra­vail très avan­ta­geuses si on les com­pare aux chargés de cours (ou l’équivalent) non syn­di­qués dans d’autres ju­ri­dic­tions en Amé­rique du Nord.

Nous sug­gé­rons res­pec­tueu­se­ment à ceux qui re­mettent en ques­tion (en plein conflit) le ca­rac­tère dé­mo­cra­tique, donc lé­gi­time de notre vie syn­di­cale, de se li­vrer à une pe­tite ana­lyse com­pa­ra­tive avec le mode de fonc­tion­ne­ment de l’actuelle di­rec­tion de notre uni­ver­sité pu­blique. Nos di­ri­geants syn­di­caux sont élus an­nuel­le­ment, par vote se­cret, au­quel peut par­ti­ciper tous les membres. Le rec­teur est co­opté suite à une sé­lec­tion où ses liens avec le monde des af­faires semble le cri­tère im­pli­cite le plus im­por­tant. Ce pro­cessus de sé­lec­tion évoque da­van­tage le choix d’un sou­ve­rain pon­tife qu’une élec­tion libre et dé­mo­cra­tique. Qui sait que dans cer­tains états amé­ri­cains les membres des boards of trus­tees des uni­ver­sités pu­bliques sont… élus par le peuple ! À l’Université de Mont­réal, les membres de l’Assemblée uni­ver­si­taire sont loin de dis­poser d’un réel pou­voir dé­ci­sionnel. Les membres du SCCCUM réunis en As­sem­blée Gé­né­rale sont sou­ve­rains dans le cadre de leurs lois consti­tu­tives : les sta­tuts et rè­gle­ments qu’ils ont eux-mêmes écrits et votés.

En fait, la vé­ri­table op­po­si­tion dé­mo­cra­tique dans cette uni­ver­sité re­pose sur l’activité des dif­fé­rents syn­di­cats de sa­la­riés et des as­so­cia­tions étu­diantes. Les­quels exercent leur obli­ga­tion ci­toyenne de vi­gi­lance en­vers une di­rec­tion qui a sou­vent ten­dance à ou­blier qu’elle di­rige une ins­ti­tu­tion pu­blique sur­tout lorsqu’il s’agit de s’octroyer des avan­tages sa­la­riaux dont le total pour une seule année (2,5 mil­lions) équi­vaut à la moitié de ce que les chargés de cours de­mandent pour trois ans de conven­tion. Et dire que ce sont ces gens qui osent nous donner des le­çons de démocratie !

Ce dis­cours qu’on nous dis­tille sur la « non-représentativité » de notre syn­dicat est le même ar­gu­ment qu’on nous a servi, de tri­bu­naux en tri­bu­naux, pen­dant sept ans et qui s’est ter­miné par une vic­toire syn­di­cale au pied de la Cour su­prême. Nous avons dû re­prendre notre vote d’accréditation syn­di­cale à trois re­prises afin de prouver notre re­pré­sen­ta­ti­vité. C’est le même dis­cours que nous a servi ré­cem­ment M. Pé­la­deau dans une lettre qui remet en ques­tion les fon­de­ments du syndicalisme.

On a déjà vu le film et nous ne re­tour­ne­rons pas en ar­rière à cette époque où le chargé de cours n’était que chargé d’un cours, pré­caire qu’on pou­vait sol­li­citer et re­mer­cier à sa guise.

Fran­çois Cyr

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