Copenhague ou le fardeau légué par les riches

Mis en ligne le 09 mars 2010

Alors que sous la pres­sion des opi­nions pu­bliques, plus de cent chefs d’État ou de gou­ver­ne­ment étaient réunis, aucun ac­cord digne de ce nom n’a pu être conclu. Les pays riches, en re­fu­sant de prendre des me­sures qui re­con­naî­traient leur res­pon­sa­bi­lité his­to­rique dans le chan­ge­ment cli­ma­tique, ont pré­ci­pité l’échec.


Sou­mise aux lob­bies du green bu­si­ness et en­fermée dans des lo­giques di­plo­ma­tiques hé­ri­tées des pé­riodes co­lo­niales, la tribu des pays riches n’a pas su voir que le chaos cli­ma­tique, subi déjà par nombre de pays du Sud, ren­dait dé­ri­soires leurs ten­ta­tives de di­vi­sion. Les ma­ni­pu­la­tions néo­co­lo­niales de Ni­colas Sar­kozy en di­rec­tion de l’Afrique n’ont pas suffi !

Ils n’ont pas su voir, eux qui se pensent tou­jours les maîtres du monde et de la na­ture, qu’une nou­velle confi­gu­ra­tion des re­la­tions entre le Nord, à bout de souffle, et le Sud est en train de se des­siner et qu’on ne né­gocie pas avec la na­ture, comme le scan­daient de nom­breux manifestants.

Après avoir ex­pulsé des né­go­cia­tions les ONG qui contes­taient le fiasco en ges­ta­tion, après avoir concocté des textes dans des salles obs­cures au mé­pris des règles mul­ti­la­té­rales mi­ni­males, ils s’en prennent dé­sor­mais à l’ONU, où il est vrai, la Bo­livie, les pays de l’ALBA , Tu­valu, et tant d’autres peuvent s’exprimer en prin­cipe à éga­lité avec des pays dont la su­per­puis­sance s’avère dé­ri­soire face aux en­jeux. Pour­tant le texte final a été concocté, en de­hors de toute pro­cé­dure onu­sienne, par le MEF (Major Eco­no­mies Forum), équi­va­lent du G20. Un texte qui ne men­tionne pas d’objectif de ré­duc­tion des émis­sions à court, moyen et long terme, un texte dont le prin­cipal motif est de re­fuser tout traité in­ter­na­tional contrai­gnant pour les pays riches. Un texte qui met à nu la lo­gique des in­té­rêts privés.

Après avoir tenté de cri­mi­na­liser les mul­tiples mou­ve­ments so­ciaux pré­sents à Co­pen­hague par des tech­niques po­li­cières d’arrestation de masse, ils ne sont pas venus à bout d’un mou­ve­ment pa­ci­fique, dé­ter­miné, massif et ima­gi­natif, un mou­ve­ment in­ter­na­tional, por­teur d’un nouvel es­poir et conscient de ses res­pon­sa­bi­lités. Des­mond Tutu a dé­claré : « il est pré­fé­rable de ne pas avoir d’accord plutôt qu’un mau­vais ac­cord. » Nous y sommes. Et Co­pen­hague n’est qu’une étape pour que la dé­cla­ra­tion des peuples, issue du forum al­ter­natif et lue dans l’enceinte de l’ONU, de­vienne la base d’un ac­cord entre les peuples.

À Co­pen­hague, une conver­gence in­édite entre mou­ve­ments so­ciaux, mou­ve­ments éco­lo­gistes, mou­ve­ments de so­li­da­rité in­ter­na­tio­nale a fait naître un nouvel es­poir et constitue un tour­nant du mou­ve­ment al­ter­mon­dia­liste. Plus que ja­mais, nous avons à pour­suivre par­tout sa construc­tion, à nous en­gager dans des ini­tia­tives lo­cales, à faire pres­sion sur les élus, et nous se­rons pré­sents aux pro­chains rendez-vous jusqu’à Mexico, fin 2010. C’est leur échec, ce n’est pas le nôtre !

Attac France, le 19 dé­cembre 2009

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