L’Amérique Latine s’émancipe des USA

par Benito Perez

Mis en ligne le 28 février 2010

Exit l’Organisation des Etats amé­ri­cains (OEA) ? La « ren­contre de l’unité », dé­roulée iro­ni­que­ment à Cancun au Mexique, a en tout cas marqué la vo­lonté des chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment d’Amérique la­tine et des Ca­raïbes de prendre d’avantage d’autonomie vis-à-vis du grand frère éta­su­nien, siège de l’OEA et poids lourd en son sein.

Réunis mardi en sommet, 32 Etats ont donc donné nais­sance à la Com­mu­nauté d’Etats latino-américains et ca­ri­béens (CELC). Autre clin d’oeil de l’histoire, c’est à Fe­lipe Cal­derón, ex-grand allié de George W. Bush, qu’est re­venu l’honneur de pré­senter la nou­velle organisation.

L’objectif of­fi­ciel n’est bien sûr pas de se passer de Wa­shington et d’Ottawa, mais bien de « sti­muler en prio­rité l’intégration ré­gio­nale (…), de faire va­loir les pro­jets de la ré­gion dans les rendez-vous in­ter­na­tio­naux et de ren­forcer (notre) po­si­tion face aux évé­ne­ments mon­diaux d’importance », a dé­claré M. Calderón.

Ce der­nier li­sait la dé­cla­ra­tion fi­nale de ce sommet qui a réuni 24 chefs d’Etat ou de gou­ver­ne­ment. L’exécutif du Hon­duras, non re­connu par une di­zaine d’Etats latino-américains, n’était pas in­vité. Cette nou­velle ini­tia­tive « est d’importance his­to­rique », a dé­claré le Cu­bain Raul Castro. Pour son pays long­temps mis au ban de la com­mu­nauté conti­nen­tale sous la pres­sion des Etats-Unis, la réunion avait un goût de re­vanche. Mais le pré­sident est de­meuré sobre : « Cuba consi­dère que les condi­tions sont rem­plies pour avancer ra­pi­de­ment vers la consti­tu­tion d’une or­ga­ni­sa­tion ré­gio­nale pu­re­ment latino-américaine et ca­raïbe », a-t-il sim­ple­ment ajouté.

Plus of­fensif, le Bo­li­vien Evo Mo­rales a cé­lébré la « dé­faite de l’empire » face à l’unité latino-américaine. Le pré­sident vé­né­zué­lien Hugo Chavez, chef de file de la gauche latino-américaine, a ren­chéri en af­fir­mant qu’il s’agissait de « se dé­faire dé­fi­ni­ti­ve­ment de la do­mi­na­tion des Etats-Unis sur le continent ».

Reste que parmi les Etats fon­da­teurs du CELC, les Nord-Américains ne manquent pas de fi­dèles al­liés, tels que le Co­lom­bien Al­varo Uribe ou le Pé­ru­vien Alan García.

Sou­cieux d’unité, le Bré­si­lien Lula a dé­cliné la pro­po­si­tion de pré­sider la fu­ture ins­ti­tu­tion, afin de ne pas lui donner un profil trop po­li­tique. Quant à M. Calderón, très proche de Wa­shington — malgré un ac­tuel léger froid — il a tenu à pré­ciser que la CELC « ne doit re­pré­senter un motif de pré­oc­cu­pa­tion pour personne ».

Dès l’ouverture du sommet, le pré­sident mexi­cain avait sou­ligné qu’un tel bloc ré­gional de­vait sim­ple­ment ga­rantir « la par­ti­ci­pa­tion ef­fec­tive de la ré­gion à l’économie et aux dé­ci­sions mon­diales ». Soit dé­fendre les in­té­rêts conti­nen­taux sans l’interférence du géant étasunien.

Be­nito Perez, Le Cour­rier, 25 fé­vrier 2010

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