Le Front commun en 2010. Contraintes et perspectives

Par Mis en ligne le 15 février 2010

La bonne nouvelle…

Selon les syn­di­cats au Québec, la né­go­cia­tion qui s’ouvre sur le sec­teur pu­blic sera his­to­rique. En effet, la mo­bi­li­sa­tion po­ten­tielle de 475,000 salarié-es au­tour d’objectif sa­la­riaux com­muns dé­ployés dans un cadre stra­té­gique unifié (pré­voyant une en­tente ce prin­temps) re­lève du pré­cé­dent, si on ex­cepte la puis­sante dy­na­mique so­ciale ou le MONDE OR­DI­NAIRE en 1972, fai­sait en­tendre sa voix, quel­que­fois dans une dy­na­mique d’action di­recte et de déso­béis­sance ci­vile. Voilà pour la bonne nouvelle.

Et la mau­vaise nouvelle…

La mau­vaise nou­velle ren­voie au contexte socio-économique et so­cio­po­li­tique. Le Québec est frappé par une sortie de ré­ces­sion dont les ef­fets ont été très lar­ge­ment in­té­rio­risés par les classes po­pu­laires en lien avec une of­fen­sive idéo­lo­gique pa­tro­nale d’une rare du­reté, qui laisse loin der­rière les ha­bi­tuels condi­tion­ne­ments po­li­tiques qui ac­com­pagnent tra­di­tion­nel­le­ment les né­go­cia­tions du sec­teur pu­blic et parapublic.

Of­fen­sive médiatique

Le Québec est dans le rouge nous ap­prend chaque matin le journal de Mont­réal re­layé chaque soir par le puis­sant ré­seau TVA. Les voix cri­tiques sont très peu au­dibles. Pour un Khadir, un Beaulne ou un Gill, c’est un dé­luge de pon­cifs néo­li­bé­raux qu’on nous sert, de Facal à Mar­ti­neau, de Dubuc à Piché, re­layés par le duo­pole qu’on ap­pelle les média du Québec. On en est à spé­culer sur la na­ture des «vaches sa­crées» qu’il faut sa­cri­fier sur l’autel du bien-être des gé­né­ra­tions fu­tures. Du journal Les Af­faires à la droite du PQ le consensus est en train de se cris­tal­liser au­tour d’une hausse des ta­rifs d’électricité, les péages, des frais de gar­de­ries et les frais de sco­la­rité. Le pro­chain budget de la fin mars sera éclai­rant à cet égard: on res­pon­sa­bi­li­sera les salarié-es en né­go­cia­tion pour jus­ti­fier ces hausses.

Stra­tégie patronale

Pen­dant que tous les yeux se tour­ne­ront vers les as­pects mo­né­taires de la confron­ta­tion entre le gou­ver­ne­ment et le font commun, on s’agite sur le plan sec­to­riel dans les di­verses as­so­cia­tions pa­tro­nales (Cegep, hô­pi­taux, com­mis­sion sco­laire etc.) afin de faire re­culer les droits in­di­vi­duels et col­lec­tifs des salarié-es au nom de la bonne gou­ver­nance, de la flexi­bi­lité et du sens commun. L’objectif étant de ren­forcer le droit de gé­rance en ten­tant d’affaiblir la porté du prin­cipe d’ancienneté au nom de l’excellence et de la per­for­mance. On peut éga­le­ment an­ti­ciper une cla­ri­fi­ca­tion de la portée de l’offensive pa­tro­nale au cha­pitre des re­traites. Les salariés-es de Eu­rope de l’ouest y ont tous goutés ces cinq der­nières an­nées et on com­prend mal pour­quoi nous y échap­pe­ront: pres­sion à la baisse sur la rente, à la hausse sur les co­ti­sa­tions et les règles d’admissibilité. Sur le plan po­li­tique, le Front commun, malgré de louables quoique tar­difs ef­forts pour re­lier les en­jeux des condi­tions de tra­vail à la qua­lité des ser­vices, éprouve des dif­fi­cultés à ré­pli­quer à cette of­fen­sive idéo­lo­gique vi­sant a dé­lé­gi­timer non seule­ment ses re­ven­di­ca­tions, mais, pour les sec­teurs les plus durs du pa­tronat (Pé­la­deau et cie) à re­mettre car­ré­ment en cause l’existence même du syn­di­ca­lisme même do­mes­tiqué au rang de par­te­naire. De­puis des mois, cer­taines voix s’élèvent même pour cri­ti­quer ces pri­vi­lèges syn­di­caux que se­rait notre par­ti­ci­pa­tion à la CDPQ sans parler du Fond de so­li­da­rité dé­sor­mais trop im­por­tant pour être confié aux soins ma­jo­ri­taires d’élus syndicaux.

Les en­jeux sont immenses

Nul ne peut pré­dire la suite des choses. Ex­cluons, pour fin exer­cice, les sce­narii les plus ex­trêmes: celui d’une vic­toire his­to­rique des salarié-es qui contri­bue­rait à mo­di­fier sub­stan­tiel­le­ment le rap­port de force so­cial au Québec ainsi que celui d’une dé­faite d’une même am­pleur qui mar­que­rait le début de la fin du mo­dèle qué­bé­cois qui n’est sans doute rien doute que la forme spé­ci­fique du key­né­sia­nisme sur ce coin du conti­nent. Sans doute les syn­di­cats réus­si­ront à opérer le da­mage control. Reste à sa­voir à quel degré.

En ter­mi­nant, une seule cer­ti­tude. De­puis 1964 et plus par­ti­cu­liè­re­ment de­puis 1972, les né­go­cia­tions du sec­teur pu­blic marquent en pro­fon­deur les po­li­tiques sa­la­riales, les rap­port de forces et les orien­ta­tions des classes so­ciales au Québec. Cette fois peut-être plus que jamais.

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