LE MOUVEMENT SYNDICAL ADAPTE SON PROJET SOCIAL AUX ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX

Mis en ligne le 12 février 2010

par GILLES L. BOURQUE

22 jan­vier 2010 Ar­ticle pu­blié dans: | Rap­port à L´environnement

Dans le débat ac­tuel tou­chant le re­nou­vel­le­ment de la social-démocratie dans un contexte de crise éco­no­mique et en­vi­ron­ne­men­tale sé­vère, il faut re­lever que le mou­ve­ment syn­dical est, de­puis les dé­buts, partie pre­nante de la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques et, de ma­nière plus gé­né­rale, pour le pas­sage à une éco­nomie plus sou­te­nable. La Confé­dé­ra­tion syn­di­cale in­ter­na­tio­nale (CSI) a pris le lea­der­ship dans ce do­maine.

Rap­pe­lons que la CSI re­pré­sente 168 mil­lions de tra­vailleuses et de tra­vailleurs au sein de 311 or­ga­ni­sa­tions af­fi­liées na­tio­nales dans 155 pays. Créée en 2004, la Confé­dé­ra­tion a été le ré­sultat d’une dé­marche de re­grou­pe­ment du syn­di­ca­lisme in­ter­na­tional ; elle in­tègre main­te­nant les or­ga­ni­sa­tions an­cien­ne­ment af­fi­liées à la Confé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale des syn­di­cats libres (CISL), à la Confé­dé­ra­tion mon­diale du tra­vail (CMT) ainsi qu’à huit autres or­ga­ni­sa­tions n’ayant pas d’affiliation internationale.

La mo­bi­li­sa­tion du mou­ve­ment syn­dical en pré­vi­sion de Copenhague

C’est dans le cadre de sa par­ti­ci­pa­tion aux né­go­cia­tions de la Convention-cadre des Na­tions unies sur le chan­ge­ment cli­ma­tique (CC­NUCC) que la CSI a http://www.ituc-csi.org/transition-… pris l’initiative de lancer une cam­pagne syn­di­cale vi­sant à in­té­grer la jus­tice so­ciale aux me­sures de tran­si­tion vers une éco­nomie à faible in­ten­sité de car­bone. Lors du pre­mier volet des pour­par­lers pour l’adoption d’un nou­veau traité, qui s’est conclu à Bonn en avril der­nier, plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions du mou­ve­ment syn­dical ont in­sisté sur la né­ces­sité de ga­rantir la jus­tice dans la tran­si­tion vers une so­ciété à faible in­ten­sité de car­bone, moyen­nant l’inclusion dans l’accord d’un cadre de tran­si­tion juste pour les com­mu­nautés et les travailleurs.

« Le nou­veau traité cli­ma­tique adopté à Co­pen­hague devra être por­teur d’un mes­sage d’ambition et d’équité », a dé­claré Guy Ryder, se­cré­taire gé­néral de la CSI. « Nos or­ga­ni­sa­tions s’engagent à sou­tenir la réa­li­sa­tion de me­sures am­bi­tieuses en ma­tière de ré­duc­tion des émis­sions. L’inclusion d’un cadre de tran­si­tion juste dans le traité est un fac­teur es­sen­tiel pour une mise en œuvre fruc­tueuse de ce processus. »

Le mou­ve­ment syn­dical est conscient que les tran­si­tions ne se­ront pas des pro­cessus simples, que la tran­si­tion vers une éco­nomie à faible émis­sion de GES re­pré­sente un défi co­lossal. Mais si les tran­si­tions sont mal gé­rées, ils savent que ce se­ront les plus pauvres qui paie­ront le prix fort. D’où la né­ces­sité, pour la CSI, de sou­tenir et as­sister les plus vul­né­rables du­rant le pro­cessus de tran­si­tion : la jus­tice cli­ma­tique, la dé­fense des droits et la pro­tec­tion so­ciale forment des préa­lables in­dis­pen­sables à toute tran­si­tion juste et durable.

« Les syn­di­cats sont pré­oc­cupés par la len­teur des né­go­cia­tions et la pro­li­fé­ra­tion des fo­rums de prise de dé­ci­sion. Nous nous en­ga­geons à pour­suivre nos ef­forts en­vers une prise de dé­ci­sion à point nommé et une tran­si­tion réelle et équi­table vers une éco­nomie fai­ble­ment car­bonée […] ; pour y par­venir, nous de­vons amener les gou­ver­ne­ments à re­con­naître le rôle que les syn­di­cats peuvent jouer en­vers l’accomplissement d’un consensus et l’établissement de condi­tions pro­pices pour la grande tran­si­tion qui doit avoir lieu », a dé­claré Ryder.

In­ter­ven­tion sur toutes les tribunes

Cette mo­bi­li­sa­tion syn­di­cale ne se li­mite pas au sommet du mou­ve­ment. Elle est re­prise par ses com­po­santes na­tio­nales qui les in­tègrent dans leurs agendas na­tio­naux. C’est le cas par exemple des Trade Union Congress (TUC) de la Grande-Bretagne qui en ont fait un axe fon­da­mental de leur pla­te­forme de re­ven­di­ca­tions (voir http://www.tuc.org.uk/economy/tuc-1… Un­lo­cking Green En­ter­prise : A Low-Carbon Stra­tegy for the UK Eco­nomy). Pour les TUC, le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique doit jouer un rôle beau­coup plus actif per­met­tant, à la fois, une di­mi­nu­tion si­gni­fi­ca­tive des émis­sions de GES, tout en s’assurant que les en­tre­prises na­tio­nales dé­ve­loppent leurs ca­pa­cités pour le pas­sage à une éco­nomie de faible in­ten­sité en car­bone. Pour les syn­di­cats bri­tan­niques, le dé­ve­lop­pe­ment d’une éco­nomie verte est in­sé­pa­rable d’une stra­tégie am­bi­tieuse en termes de luttes aux chan­ge­ments climatiques.

Comme le men­tion­nait http://www.tuc.org.uk/economy/tuc-1… Brendan Barber, secrétaire-général des TUC, à l’occasion d’une confé­rence de l’Organisation in­ter­na­tio­nale du tra­vail (OIT) à Genève :

« Un­less we build a green eco­nomy out of the rubble of the greed eco­nomy, the next global crisis will surely be even worse » […] « So the choice we face is clear — to re­treat into the global com­fort zone of bu­si­ness as usual or to give glo­ba­li­sa­tion a human face, and our planet a figh­ting chance of sur­vival. Let’s make sure we do the right thing ».

Une lutte glo­bale contre un mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment insoutenable

Com­ment trans­former la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques en op­por­tu­nités de re­lance de l’emploi et de dé­ve­lop­pe­ment du­rable : ce défit doit être au centre des dé­bats. La créa­tion « d’emplois verts » peut être l’une des so­lu­tions aux pro­blèmes so­cioé­co­no­miques posés par les chan­ge­ments climatiques.

C’est en ces termes que la Com­mis­sion syn­di­cale consul­ta­tive au­près de l’OCDE (CSC-OCDE) a éga­le­ment lancé un http://www.tuac.org/en/public/e-doc… appel aux di­ri­geants du monde dé­ve­loppé afin de fa­vo­riser la mise en place de mé­ca­nismes de consul­ta­tion et d’actions conjointes avec les par­te­naires so­ciaux en ce qui concerne les stra­té­gies na­tio­nales de lutte aux chan­ge­ments cli­ma­tiques. Mais pour les di­ri­geants syn­di­caux, cette lutte aux chan­ge­ments cli­ma­tiques doit éga­le­ment per­mettre d’assurer le trans­fert sys­té­ma­tique de res­sources et de tech­no­lo­gies vers les pays en dé­ve­lop­pe­ment, afin de maxi­miser l’efficacité de la lutte tout en don­nant à ces pays des moyens sup­plé­men­taires d’action.

L’organisation syn­di­cale en pro­fite pour ap­peler à une nou­velle gou­ver­nance mon­diale en de­man­dant à l’OCDE de dé­mon­trer sa per­ti­nence aux so­ciétés qui sont confron­tées aux en­jeux de la mon­dia­li­sa­tion. Selon la CSC-OCDE, les dé­ci­sions prises par l’OCDE, en 2007, d’augmenter le nombre de ses membres et d’intensifier le dia­logue avec les prin­ci­paux pays émer­gents posent de nom­breuses ques­tions concer­nant la mis­sion fu­ture de l’Organisation et son ef­fi­ca­cité. Le mo­ment se­rait donc venu de ré­ac­tua­liser le Pro­to­cole d’accord avec l’Organisation in­ter­na­tio­nale du tra­vail, concer­nant des tra­vaux conjoints sur les droits des tra­vailleurs, le tra­vail dé­cent, les mi­gra­tions, la sup­pres­sion des dis­cri­mi­na­tions, le dé­ve­lop­pe­ment des em­plois « verts », la res­pon­sa­bi­lité des en­tre­prises ainsi que le res­pect des droits fon­da­men­taux du tra­vail dans les pays adhérents.

La CSC-OCDE de­mande aux Mi­nistres de mettre à profit leurs dis­cus­sions en vue de :

prendre des me­sures gou­ver­ne­men­tales co­or­don­nées afin de ré­duire au mi­nimum le risque d’augmentation du chô­mage et de sou­tenir le tra­vail décent ;

veiller à ce que les mar­chés fi­nan­ciers et no­tam­ment les fonds d’investissement et les fonds sou­ve­rains soient ré­gle­mentés de ma­nière ef­fi­cace ; à ce que les ré­gimes fis­caux servent à re­dis­tri­buer les coûts et les bé­né­fices de la mon­dia­li­sa­tion et à ren­forcer la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale dans la lutte contre le blan­chi­ment d’argent et la cri­mi­na­lité fiscale ;

prendre des me­sures per­met­tant de re­mé­dier à l’accroissement des in­éga­lités et fa­vo­ri­sant en par­ti­cu­lier la réa­li­sa­tion d’audits d’équité dans tous les do­maines d’action des pou­voirs publics ;

pour­suivre dans le pro­lon­ge­ment des réunions du G8 en 2007 les tra­vaux pour une di­men­sion so­ciale de la mon­dia­li­sa­tion et pour que soit dé­finie une ap­proche plus ef­fi­cace de la res­pon­sa­bi­lité des en­tre­prises et de leur res­pon­sa­bi­lité sociale ;

as­surer une co­hé­rence au ni­veau mon­dial dans la dé­fi­ni­tion et la ges­tion des pro­blèmes d’atténuation des chan­ge­ments cli­ma­tiques et dans la mise en place d’un pro­gramme d’action pour une tran­si­tion juste fa­vo­ri­sant les em­plois éco­lo­giques ou « em­plois verts » ;

prendre des me­sures d’urgence pour que les pays de l’OCDE res­pectent leurs en­ga­ge­ments en ma­tière d’aide au dé­ve­lop­pe­ment en raison de la re­cru­des­cence de la faim et de la pau­vreté dé­clen­chée par l’augmentation des prix des den­rées ali­men­taires et de l’énergie.

Comme on peut le constater, le mou­ve­ment syn­dical va au-delà de ses axes tra­di­tion­nels de re­ven­di­ca­tions parce qu’il a conscience que, d’une part, l’enjeu des chan­ge­ments cli­ma­tiques pose la ques­tion fon­da­men­tale de la vie sur Terre, telle que nous la connais­sons aujourd’hui, mais qu’en même temps, l’éclatement de la crise cli­ma­tique crée des op­por­tu­nités, comme il s’en est peu pré­senté au cours des trente der­nières an­nées, pour re­mettre en cause un mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment insoutenable.

Les nou­velles re­ven­di­ca­tions por­tées par les syn­di­cats posent clai­re­ment les condi­tions du re­nou­vel­le­ment du projet social-démocrate. Non seule­ment il permet d’intégrer les di­men­sions so­ciale et en­vi­ron­ne­men­tale au cœur du nou­veau projet so­cial à dé­finir, mais en outre il porte en lui-même les élé­ments pour un nou­veau com­promis fondé sur une dé­marche « multi-parties pre­nantes » plutôt que sur le tri­par­tisme tra­di­tionnel. L’enjeu est de pou­voir trans­poser cette dy­na­mique dans un es­pace na­tional, où se conjuguent un nœud ex­cep­tion­nel­le­ment com­plexe de pos­si­bi­lités (d’alliances, de res­sources, de lé­gi­ti­mités) et de contraintes (mon­dia­li­sa­tion, fi­nance pu­blique, poussée ré­ac­tion­naire de la droite).

Re­cher­cher :

Pré­sen­ta­tion de la coalition

La ré­flexion sur le re­nou­vel­le­ment de la social-démocratie sera portée dans le cadre d’une aven­ture in­tel­lec­tuelle ori­gi­nale. Un consor­tium de re­cherche va se concerter pour conduire du­rant toute l’année des tra­vaux qui pren­dront en charge l’un ou l’autre des grands ques­tion­ne­ment sou­levés par le texte de ré­fé­rence lancé par Be­noît Lé­vesque, Mi­chel Doré, Ma­ri­lyse La­pierre et Yves Vaillan­court. Co-responsables, sous la co­or­di­na­tion de l’Institut de re­cherche en éco­nomie contem­po­raine (Ro­bert La­plante), de la mise en œuvre d’une pro­gram­ma­tion de tra­vail qui fera une large place aux échanges et aux dé­bats entre cher­cheurs et ac­teurs de la so­ciété ci­vile, les membres et par­ti­ci­pants de ce consor­tium de re­cherche se­ront ap­pelés à faire pa­raître sur le site In­ternet des textes fai­sant état de l’avancement de la ré­flexion. Di­vers évé­ne­ments vont ponc­tuer le par­cours qui de­vrait dé­bou­cher sur un grand rendez-vous pu­blic à l’automne 2010. Le consor­tium est formé des membres sui­vants : le CÉ­RIUM (Pas­cale Du­four), la Chaire du Ca­nada Mon­dia­li­sa­tion, ci­toyen­neté et dé­mo­cratie (Joseph-Yvon Thé­riault, ti­tu­laire), l’Observatoire de l’Administration pu­blique ( Louis Côté, di­rec­teur), les Édi­tions Vie Éco­no­mique (Gilles Bourque, co­or­don­na­teur) et de deux équipes de par­te­naires, dont l’une réunie au­tour de De­nise Proulx, de Gaïa­Presse, et Lucie Sauvé, de la Chaire de re­cherche du Ca­nada en édu­ca­tion re­la­tive en en­vi­ron­ne­ment, et l’autre ras­sem­blée au­tour de Chris­tian Jetté de l’Université de Mont­réal et Lucie Du­mais de l’UQAM.

Agenda

Edi­to­rial

L’importance, pour ne pas dire l’urgence d’organiser la ré­flexion col­lec­tive sur l’état de notre dé­mo­cratie et l’avenir de notre so­ciété de­vrait nous in­ter­peller puis­sam­ment. Il se pré­sente en effet des mo­ments qu’il faut saisir dans l’histoire des peuples quand les vieux mo­dèles, épuisés, at­teignent leurs li­mites et conduisent à de nou­velles im­passes. Le Québec est rendu à l’un de ses moments.

Info

Les dé­tails de la pro­gram­ma­tion et les pro­blé­ma­tiques or­ga­ni­sant les grands axes de tra­vail se­ront pu­bliés sous peu sur le site Internet.

Sé­mi­naire

Un évé­ne­ment de lan­ce­ment aura lieu le 10 dé­cembre à 19 heures, si­mul­ta­né­ment en vi­déo­con­fé­rence, aux salles de l’ÉNAP à Mont­réal (4750 Henri-Julien, am­phi­théâtre du rez-de-chaussée), à Québec (555 boul. Cha­rest Est, local 5112) et à Ga­ti­neau (283, Alexandre-Taché. Aile D, local 20425).

Confé­rence de Gilles Gagné, pré­sen­ta­tion des res­pon­sables d’axe et débat avec la salle.

Col­loques

À venir

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