Davos : pendant la crise, les profits continuent

Mis en ligne le 07 février 2010

AN­GE­LINI Dominique

4 fé­vrier 2010

Après une édi­tion 2009 du forum éco­no­mique sous le signe de la crise, celle-ci semble être ou­bliée en ce mois de janvier.

Après avoir fait pleurer dans les chau­mières sur TF1, en pre­nant fait et cause pour les cais­sières qui « de­vraient pou­voir tra­vailler plus », les en­sei­gnants pré­caires qui de­vraient « être ti­tu­la­risés » et autres hy­po­cri­sies, super Sarko est re­tourné au ber­cail. Car lorsqu’ils sont entre eux, les riches sont par­tout chez eux. Et c’était bien le cas à Davos, pe­tite sta­tion de ski de la Confé­dé­ra­tion hel­vé­tique qui re­grou­pait pour la qua­ran­tième fois les puis­sants de la pla­nète. Sar­kozy a donc fait l’ouverture du forum éco­no­mique de Davos en jouant la par­ti­tion de la mo­ra­li­sa­tion du ca­pi­ta­lisme de­vant un au­di­toire pour le moins scep­tique et à la li­mite de l’ennui.

Comme le re­late la presse, dans un sens de l’euphémisme consommé : « Pas de stan­ding ova­tion pour Sar­kozy ». Mais le super pré­sident ne s’est pas ar­rêté là. Il a dé­claré que : « C’est bien de prendre des dé­ci­sions au G20, en­core faut-il qu’elles soient mises en œuvre ! » On y croi­rait presque. Alors ne re­cu­lant de­vant au­cune ro­do­mon­tade, il a ex­pliqué que lorsque la France or­ga­ni­se­rait G20 et G11, alors là, ils ver­raient bien ce qu’ils al­laient voir ! Même pas peur, pour tout dire.

Car, à sup­poser qu’il y ait autre chose dans les pa­roles de Sar­kozy qu’un dis­cours de cir­cons­tances quel ques se­maines avant les élec­tions ré­gio­nales, la réa­lité est que l’Union eu­ro­péenne en gé­néral et la France en par­ti­cu­lier ne pèsent pas grand chose quand il s’agit de convaincre les puis­sants. Et une des conclu­sions de cette der­nière édi­tion de Davos est que la sta­bi­lité et l’avenir du ca­pi­ta­lisme ne se joue­ront pas, à terme, dans les pays du Nord, mais en Asie et en Amé­rique latine.

Et de ce côté-là, la mo­rale, même lorsqu’il ne s’agit que de dis­cours n’est pas de mise. La Chine af­fiche pour 2009 une crois­sance de près de 9% et l’Inde est à peine plus bas. Pour au­tant, les ban­quiers ont fait profil bas et sont venus moins nom­breux qu’à l’accoutumée. Et ceux qui étaient là se sont in­surgés : com­ment, on nous de­mande des comptes ? Ce n’est pas comme si les banques étaient à l’origine de la crise fi­nan­cière ! Une fois de plus, les États sont les bien­venus lorsqu’il faut in­jecter des mil­liards pour sauver les en­tre­prises de la faillite, mais à condi­tion qu’ils sachent se re­tirer sur la pointe des pieds.

Comme le di­sait un ban­quier fran­çais [1] « À vou­loir trop en­ca­drer le risque, on risque de le tuer. Or l’entreprise et avec elle l’emploi, c’est au dé­part une prise de risques. » Il ou­blie juste de pré­ciser que les risques sont tou­jours payés par les tra­vailleurs qui font les frais des crises économiques.

Alors, le bilan de ces quatre jours de Forum éco­no­mique dont le mot d’ordre était « re­penser, re­cons­truire, re­des­siner le monde » ? Bu­si­ness as usual… Alors que les 2.500 chefs d’entreprise, gou­ver­nants, uni­ver­si­taires… fai­saient en sorte que rien ne change, 30.000 al­ter­mon­dia­listes re­trou­vaient le chemin de Porto Alegre, au Brésil, pour le 10e Forum so­cial mon­dial. Ils ne pou­vaient que se fé­li­citer d’avoir su pré­dire que le sys­tème li­béral cou­rait à sa perte et que leurs pré­oc­cu­pa­tions en termes de ré­gu­la­tion ou de taxa­tion se­raient re­prises au à Davos. Pour au­tant, ils étaient nom­breux à dire que de nou­velles pro­po­si­tions de­vaient être formulées.

Do­mi­nique Angelini

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