Le grand recul de la social-démocratie et la défaite du projet réformiste

Par Mis en ligne le 18 janvier 2010

La vic­toire si­mul­tanée de la social-démocratie eu­ro­péenne dans la deuxième moitié des an­nées 1990 a donné l’impression d’une forte ré­sur­gence de sa dy­na­mique élec­to­rale. Mais dans la dé­cennie sui­vante, la crise de la sta­bi­lité élec­to­rale des partis sociaux-démocrates semble s’intensifier et s’approfondir. Qu’en est-il exactement ?

Ge­ras­simos Mo­schonas — Sur le long terme (an­nées 1950 – 2009), les so­cia­listes, consi­dérés glo­ba­le­ment en tant que fa­mille po­li­tique, se sont net­te­ment af­fai­blis élec­to­ra­le­ment. De fait, il y avait une re­montée élec­to­rale social-démocrate dans la se­conde moitié des an­nées 1990. Ja­mais la vé­ri­table am­pleur de la re­prise d’influence de cette pé­riode n’a été chif­frée, lais­sant ainsi la place libre à des com­men­taires fondés sur des don­nées em­pi­riques frag­men­taires, voire « impressionnistes ».

Tout d’abord, la re­montée élec­to­rale de la pé­riode n’avait rien d’extraordinaire et n’a pas dé­passé le pla­fond élec­toral ha­bi­tuel des per­for­mances de l’époque. Le pic d’influence a eu lieu vers le mi­lieu (et non pas vers la fin) des an­nées 1990. Ce pic (29,7 %, dans ce calcul, qui contient 13 pays de l’Europe oc­ci­den­tale, nous ex­cluons les so­cia­listes es­pa­gnols, por­tu­gais et grecs pour qui nous n’avons pas des sé­ries in­in­ter­rom­pues de don­nées) était en effet bien en-deçà des scores sociaux-démocrates des an­nées 1980 (31,1 % en moyenne), pour ne pas parler des scores des an­nées 1950 et 1960 (33,2 % en moyenne). La social-démocratie de la fin des an­nées 1990 a do­miné les gou­ver­ne­ments en Eu­rope avec des chiffres de crise.

Ré­tros­pec­ti­ve­ment, nous sa­vons que ces chiffres sont les meilleurs de toute la pé­riode qui s’étend de 1990 à 2009. Mais ils se si­tuent à un ni­veau bien in­fé­rieur à celui des dé­cen­nies pré­cé­dentes. Si le mo­ment de la fin des an­nées 1990 était po­li­ti­que­ment ex­tra­or­di­naire, il était élec­to­ra­le­ment or­di­naire, n’ayant pas une taille « im­po­sante ». C’est pour cela, entre autres, que la do­mi­na­tion gou­ver­ne­men­tale n’a pas duré. Le socle élec­toral de la do­mi­na­tion social-démocrate des an­nées 1990 a été net­te­ment moins large et si­gni­fi­ca­ti­ve­ment moins ro­buste que celui de la pé­riode 1950 – 1989.

— Est-ce que ces ré­sul­tats élec­to­raux confortent l’hypothèse d’un dé­clin de la social-démocratie, même si ce pro­cessus n’investit pas les mêmes formes et le même degré dans tous les pays européens ?

Ge­ras­simos Mo­schonas — À l’heure ac­tuelle, les partis sociaux-démocrates d’Europe cen­trale et du Nord ont perdu en moyenne, par rap­port aux an­nées 1950 et 1960, en­viron 20 % de leur force élec­to­rale. Le mou­ve­ment de recul social-démocrate touche tous les pays, à l’exception du sud eu­ro­péen. Il pro­gresse en s’accentuant : avec le temps, da­van­tage de partis sont fra­gi­lisés et da­van­tage de pertes sont en­re­gis­trées. S’il n’est pas li­néaire (la vo­la­ti­lité des per­for­mances est la règle et la re­prise d’influence est fré­quente), il est per­sistent sur le long terme. Il pro­duit sys­té­ma­ti­que­ment, à chaque re­tour du ba­lan­cier élec­toral, des vic­toires plus li­mi­tées que par le passé. Les succès ex­tra­or­di­naires sont de­venus rares. Enfin, il a fra­gi­lisé da­van­tage des partis his­to­riques : les partis nor­vé­gien, da­nois, luxem­bour­geois, belge et néer­lan­dais sont tou­chés plus que les autres. […]

— Le constat est donc sans appel…

Ge­ras­simos Mo­schonas — En effet, la social-démocratie a at­teint la cote d’alerte élec­to­rale. En par­ti­cu­lier, cer­tains des partis sociaux-démocrates, certes en­core en nombre mi­no­ri­taire, sont en­trés dans une zone élec­to­rale dan­ge­reuse pour eux, la zone de re­mise en ques­tion de leur ca­pa­cité de gou­ver­ne­ment. Un score comme celui qu’ont ob­tenu les tra­vaillistes néer­lan­dais aux élec­tions eu­ro­péennes de juin 2009 (12 %) est ca­rac­té­ris­tique des partis pé­ri­phé­riques et non des partis de gou­ver­ne­ment. À l’heure ac­tuelle, les don­nées élec­to­rales pointent à une crise claire et nette. C’est une ten­dance lourde.

Certes, ce n’est pas l’hécatombe élec­to­rale. Mais la social-démocratie, sans de­venir une « pe­tite » force, est dé­sor­mais une force plus pe­tite. L’analyse po­li­tique conven­tion­nelle dit que le pen­dule po­li­tique, qui a conduit aujourd’hui la social-démocratie à des per­for­mances li­mites, os­cil­lera bientôt en sa fa­veur. Les pré­vi­sions pré-électorales ont tou­te­fois été dé­men­ties pen­dant les élec­tions européennes. […]

— À l’heure ac­tuelle, quels sont les autres as­pects qui com­posent la crise iden­ti­taire et po­li­tique du mo­dèle social-démocrate comme mode spé­ci­fique et ori­ginal de struc­tu­ra­tion de la gauche ?

Ge­ras­simos Mo­schonas — En effet, il exis­tait dans le passé une sorte de savoir-faire ré­for­miste spé­ci­fi­que­ment social-démocrate, sou­tenu et as­sumé par des for­ma­tions po­li­tiques pro­ve­nant de la grande tra­di­tion ou­vrière et po­pu­laire des ca­pi­ta­lismes ouest-européens. Les deux pièces maî­tresses qu’ont sou­tenu le ré­for­misme social-démocrate his­to­rique fussent, d’un côté, les syn­di­cats et, de l’autre, l’enracinement élec­toral pro­fond de la social-démocratie au sein de la classe ou­vrière. À ce propos, Alain Ber­gou­nioux et Ber­nard Manin ont jus­te­ment écrit que « l’originalité social-démocrate ré­si­dait moins dans une po­li­tique dé­ter­minée [exemple : le key­né­sia­nisme] que dans une tra­di­tion or­ga­ni­sa­tion­nelle et cultu­relle ren­dant, au cours du temps, plu­sieurs po­li­tiques possibles ».

— Ce n’est donc pas seule­ment l’efficacité élec­to­rale des partis sociaux-démocrates qui est mise en ques­tion aujourd’hui mais aussi leur originalité.

Ge­ras­simos Mo­schonas — Ef­fec­ti­ve­ment, au cours des trente-cinq der­nières an­nées, tous les pa­ra­mètres qui dé­fi­nis­saient, pen­dant la pre­mière pé­riode de l’après-guerre, l’espace par­tisan social-démocrate (et fai­saient sa spé­ci­fi­cité et son ethos) sont plus ou moins en mu­ta­tion. La mue concerne tous les ni­veaux de la vie social-démocrate. Elle tra­vaille à la fois la struc­ture du pou­voir et le ca­rac­tère de classe des or­ga­ni­sa­tions, les cultures mi­li­tantes, le lea­der­ship, le lien avec les syn­di­cats, la com­po­si­tion so­ciale des élec­to­rats, les idées, les po­li­tiques éco­no­miques et so­ciales, le style po­li­tique, l’image, tout ce qui com­pose une identité.

Le chan­ge­ment est pro­fond parce qu’il n’est pas qu’idéologique-programmatique, bien que le chan­ge­ment idéologique-programmatique soit le plus mis en avant, le plus vi­sible et le plus dis­cuté – et contro­versé – d’une mu­ta­tion plus gé­né­rale. Tous les pe­tits ou grands chan­ge­ments en ques­tion, com­plé­men­taires et, sou­vent, conver­gents, ont gra­duel­le­ment conduit non pas à une simple dé­gra­da­tion (une « crise » ou une « panne ») du sys­tème « social-démocratie » mais à sa re­dé­fi­ni­tion. Cette grande tra­di­tion or­ga­ni­sa­tion­nelle et cultu­relle a perdu sa spé­ci­fi­cité, la forte spé­ci­fi­cité du passé. Je dé­signe ailleurs ce pro­cessus de re­fonte des social-démocraties eu­ro­péennes, en re­pre­nant le terme bien connu de Karl Po­lanyi, comme une « grande trans­for­ma­tion ». (In the Name of So­cial De­mo­cracy, The Great Trans­for­ma­tion : 1945 to the Present, Londres, New York, Verso, 2002)

— Face à la montée en puis­sance des po­li­tiques du néo-libéralisme, la social-démocratie a connu un pro­cessus de dé­ra­di­ca­li­sa­tion pro­gram­ma­tique et idéo­lo­gique qui fait pen­dant à un im­por­tant dé­pla­ce­ment du centre de gra­vité so­cio­lo­gique de son élec­torat vers les couches moyennes sa­la­riées. À ce propos, peut-on parler de partis sociaux-démocrates sans social-démocratie ?

Ge­ras­simos Mo­schonas — La dé­ra­di­ca­li­sa­tion idéo­lo­gique et pro­gram­ma­tique n’est pas une nou­veauté dans la longue his­toire de la gauche. La social-démocratie a tou­jours été une force idéo­lo­gi­que­ment in­cons­tante qui a sou­vent « ré­visé » sa propre tra­di­tion. Ce­pen­dant, dans toutes les ré­vi­sions pré­cé­dentes, en dépit d’abandons idéo­lo­giques im­por­tants, en dépit des échecs et des « tra­hi­sons », la social-démocratie a su conserver son lien pri­vi­légié avec les couches dé­fa­vo­ri­sées de la société.

Selon Steven Lukes, c’est l’engagement en­vers le prin­cipe de rec­ti­fi­ca­tion des in­éga­lités, et en der­nier res­sort, le « projet rec­ti­fi­ca­teur » qui dé­finit la gauche. Or, les vagues de dé­ra­di­ca­li­sa­tion du passé (avant la Grande guerre, dans la pé­riode de l’entre-deux-guerres ou après la Se­conde guerre mon­diale) ont certes, et pro­fon­dé­ment, mo­difié le projet « rec­ti­fi­ca­teur », mais elles n’ont mis en cause ni idéo­lo­gi­que­ment, ni pra­ti­que­ment (an­nées 1930 et après-guerre) la prio­rité de la redistribution.

C’était cela la puis­sance de la social-démocratie, mais aussi son iden­tité qui la dif­fé­ren­ciait de la droite. La social-démocratie a été une force idéo­lo­gi­que­ment in­cons­tante mais so­cia­le­ment et po­li­ti­que­ment ef­fi­cace. Elle a im­posé des chan­ge­ments, ins­ti­tu­tion­nels, éco­no­miques et so­ciaux, qui ont amé­lioré la condi­tion des couches pauvres et mis un frein po­li­tique et ins­ti­tu­tionnel aux ré­sul­tats vio­lents et in­con­trôlés de la dy­na­mique éco­no­mique du capitalisme. […]

— Au cours des der­nières an­nées, on ob­serve l’émergence de forces po­li­tiques ra­di­cales se si­tuant à gauche de la social-démocratie, à l’instar de la percée élec­to­rale du parti Die Linke en Al­le­magne. Y-a-t-il ef­fec­ti­ve­ment un es­pace ap­pro­prié pour le dé­ve­lop­pe­ment d’une ra­di­ca­lité po­li­tique post-social-démocrate ?

Ge­ras­simos Mo­schonas — En effet, un cer­tain nombre de ré­sul­tats élec­to­raux, no­tam­ment en Suède (1998), aux Pays-Bas (2006), en Al­le­magne (2009), au Por­tugal (2009), pointent à un cer­tain re­tour en force de la gauche com­mu­niste et post­com­mu­niste. Le recul élec­toral et idéo­lo­gique du so­cia­lisme ouvre un es­pace fa­vo­rable pour les op­po­si­tions de gauche. La ten­dance, sans être sys­té­ma­tique, tout en étant fra­gile et très in­égale (selon le pays et la conjonc­ture de com­pé­ti­tion), est in­di­ca­tive du fait que la « pas­sion com­mu­niste », pour pa­ra­phraser le mot de Marc Lazar, est, d’une cer­taine ma­nière, en­core et tou­jours vivante.

En plus, compte tenu du fait que les an­ciens mo­dèles com­mu­nistes se sont af­fai­blis (Italie, France, Fin­lande, Grèce, Por­tugal, Es­pagne), la nou­velle « gauche de la gauche » prend ra­cine dans des pays sans grande tra­di­tion de contes­ta­tion ra­di­cale. Ainsi, si après l’effondrement du com­mu­nisme en 1989, les partis de gauche si­tués à gauche de la social-démocratie ont été à l’image d’une armée en dé­route, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. La contes­ta­tion de gauche re­vient dans les sa­lons politiques.

L’espace du ra­di­ca­lisme de gauche est très hé­té­ro­clite. Il s’agit d’un « es­pace » plutôt que d’une fa­mille po­li­tique, puisque ses com­po­santes ne forment pas une fa­mille unique de partis. Ja­mais cet es­pace n’a été si plu­ra­liste et tant éclaté. Il est peuplé par une nou­velle gé­né­ra­tion de partis. C’est une gauche post-communiste, même si des partis im­por­tants en son sein conservent – et re­ven­diquent – leur iden­tité com­mu­niste. Son profil idéo­lo­gique, pro­gram­ma­tique et or­ga­ni­sa­tionnel est peu com­pact, ne pos­sé­dant ni la co­hé­rence ni la confiance en soi du com­mu­nisme historique.

Les forces po­li­tiques et in­tel­lec­tuelles si­tuées à la gauche de la social-démocratie ont his­to­ri­que­ment eu au centre de leur rhé­to­rique, au-delà de la cri­tique, la « nar­ra­tion » des conquêtes et des réus­sites ainsi qu’une grande vi­sion de l’avenir. Ce­pen­dant, la chute du Mur, la mon­dia­li­sa­tion et la construc­tion eu­ro­péenne ont contribué, par leurs ef­fets conju­gués, à dé­lé­gi­timer pro­fon­dé­ment les po­li­tiques an­ti­ca­pi­ta­listes radicales.

En par­ti­cu­lier, la grande bles­sure de l’effondrement com­mu­niste n’a rien épargné, ni per­sonne, même pas les partis qui n’avaient pas été iden­ti­fiés à la ver­sion do­mi­nante et vaincue de l’entreprise com­mu­niste. Avec l’effondrement, la grande vi­sion, cette « verve » ca­rac­té­ris­tique de la gauche his­to­rique, a bru­ta­le­ment ca­pi­tulé, au profit d’une lo­gique gé­né­ra­lisée de rejet. Tout ceci a en­traîné un ap­pau­vris­se­ment in­tel­lec­tuel et culturel plus gé­néral, ce der­nier étant étroi­te­ment lié à un ap­pau­vris­se­ment hu­main (dé­part vo­lon­taire des cadres les plus « mo­dernes », sortie du jeu ou si­lence des in­tel­lec­tuels de gauche).

Au ré­sultat, l’attitude dé­fen­sive et une cer­taine « étroi­tesse d’esprit » sont ainsi de­ve­nues les marques dis­tinc­tives du nouvel es­prit an­ti­ca­pi­ta­liste. La nou­velle gauche de la gauche adopte sou­vent, no­tam­ment dans les pays de l’Europe du Sud (France com­prise), une at­ti­tude pro­tes­ta­taire sys­té­ma­tique et un « ultra-anti-néolibéralisme » rhé­to­rique. Cet anti-néo-libéralisme est pour­tant dé­pourvu des pro­po­si­tions de po­li­tique concrètes, en me­sure de mo­bi­liser po­si­ti­ve­ment le seg­ment anti-libéral de la po­pu­la­tion eu­ro­péenne (comme la ré­cente crise fi­nan­cière l’a dé­montré). L’absence d’une po­li­tique al­ter­na­tive dans les rangs de la « gauche de la gauche » est de ce point de vue criante. Certes, ce type « confor­table » de cri­tique de gauche est en recul aujourd’hui (no­tam­ment en Scan­di­navie et en Al­le­magne), mais il de­meure en­core dominant.

Pour ré­pondre di­rec­te­ment à votre ques­tion, ef­fec­ti­ve­ment, il y a un es­pace ap­pro­prié pour le dé­ve­lop­pe­ment d’une pro­tes­ta­tion po­li­tique post-social-démocrate. Mais, à l’heure ac­tuelle, je ne vois pas, vous me per­mettez cette nuance im­por­tante, le dé­ve­lop­pe­ment d’une ra­di­ca­lité po­li­tique post-social-démocrate. La pro­tes­ta­tion de gauche pa­raît, pour le temps pré­sent, peu ca­pable de se trans­former en vec­teur d’une al­ter­na­tive ra­di­cale. Ce­pen­dant, le jeu est ou­vert. Cette nou­velle gauche est en voie de re­dé­fi­ni­tion et, dois-je ajouter, de ma­tu­ra­tion lente.

— L’incapacité à in­venter un nou­veau contenu socio-économique de gauche est à l’origine de la crise de re­pré­sen­ta­tion social-démocrate au­près des classes po­pu­laires. Est-ce pour au­tant dire que la social-démocratie a épuisé his­to­ri­que­ment toute ca­pa­cité à porter un projet po­li­tique de chan­ge­ments fondamentaux ?

Ge­ras­simos Mo­schonas — Ma vi­sion de l’avenir proche est pes­si­miste. Certes, la social-démocratie n’a pas épuisé toute ca­pa­cité à porter un projet po­li­tique de chan­ge­ments fon­da­men­taux. Elle a pour­tant contribué à édi­fier une ma­chine qui la dé­passe. La social-démocratie est dé­faite parce qu’elle n’a pas su trouver sa voie dans le contexte très par­ti­cu­lier que forme le tri­angle chan­ge­ment so­cio­lo­gique — mon­dia­li­sa­tion — Union eu­ro­péenne. Ce tri­angle sans pré­cé­dent a remis en ques­tion les fon­de­ments du projet ré­for­miste his­to­rique, en dé­sta­bi­li­sant et dé­lé­gi­ti­mant les mé­ca­nismes pra­tiques de la mise en œuvre de la po­li­tique social-démocrate classique.

His­to­ri­que­ment, le ré­for­misme social-démocrate dans le cadre de l’État-nation était un projet po­li­tique de chan­ge­ments im­por­tants mais mo­dérés. Le mé­ca­nisme de concré­ti­sa­tion du projet ré­for­miste his­to­rique était fi­na­le­ment simple : consti­tu­tion d’un parti fort, en­touré d’organisations col­la­té­rales in­fluentes et mas­sives (dont les syn­di­cats), ca­pable d’être om­ni­pré­sent dans la so­ciété ci­vile et de dé­finir les po­li­tiques du pays (par le contrôle dé­mo­cra­tique de l’État ou, dans le cas de l’opposition, en exer­çant des pres­sions de l’extérieur).

Or, aujourd’hui, dans le cadre de l’Union Eu­ro­péenne, une so­ciété ci­vile eu­ro­péenne (un démos) n’existe pas. Le pou­voir éta­tique, conçu comme centre de toute dé­ci­sion, non plus d’ailleurs. Dans ces condi­tions, consti­tuer des partis et des or­ga­ni­sa­tions de type supra-national, dotés de la vi­ta­lité d’antan, n’est pas chose aisée, voire c’est une tâche ex­tra­or­di­nai­re­ment ardue. D’où le be­soin d’une re­dé­fi­ni­tion fon­da­men­tale et d’adaptation ra­di­cale du projet réformiste. […]

L’auteur in­vité est Ge­ras­simos Mo­schonas, pro­fes­seur en ana­lyse po­li­tique com­parée au Dé­par­te­ment de Science po­li­tique et d’Histoire de l’Université Pan­teion (Athènes) et à l’Institut d’études eu­ro­péennes de Bruxelles (ULB), in­ter­viewé par Mi­chel Vakaloulis

On trouve la ver­sion com­plète de ce texte sur le site de la Fon­da­tion Ga­briel Peri

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