Le marxisme du 20e siècle

Par Mis en ligne le 10 janvier 2010

Les études ici ras­sem­blées ont été ré­di­gées dans les an­nées 1996 – 2007. Elles ap­par­tiennent à un genre lit­té­raire mo­deste et gé­né­ra­le­ment consi­déré comme mi­neur, l’histoire de la pensée ou des idées. Elles sont consa­crées à l’examen de quelques mo­ments im­por­tants de l’histoire dite des mar­xismes et de cer­taines in­ter­pré­ta­tions de Marx. Aussi pa­ra­doxal que cela puisse pa­raître, cette his­toire n’a pas connu en France de dé­ve­lop­pe­ment alors que le mar­xisme a sur le plan idéo­lo­gique et po­li­tique joué un rôle im­por­tant au 20e siècle, no­tam­ment de­puis les an­nées 1930 et jusqu’au début des an­nées 1980. C’est la mo­da­lité de cette pré­sence qui ex­plique l’état et na­ture de ce faible dé­ve­lop­pe­ment. L’œuvre de Marx a été liée à la po­li­tique du Parti com­mu­niste fran­çais et aux vi­cis­si­tudes des groupes com­mu­nistes dis­si­dents comme sur­tout tous ceux qui se sont re­ven­di­qués de Léon Trotsky et à un moindre degré à celles des groupes anar­chistes ou libertaires.

Cette œuvre elle-même s’est dif­fusée de ma­nière dis­con­tinue en raison de sa propre confi­gu­ra­tion. Marx a peu pu­blié en com­pa­raison de la masse des écrits de tra­vail plus ou moins éla­borés qu’il nous laisse : en France ont été dis­po­nibles tout d’abord le Ma­ni­feste du parti com­mu­niste, Mi­sère de la phi­lo­so­phie, la Contri­bu­tion à la cri­tique de l’économie po­li­tique, le livre 1 du Ca­pital, quelques textes his­to­riques. En­gels avec son Anti-Dühring et ses études his­to­riques a été le pé­da­gogue du mar­xisme en France comme ailleurs. Il a fallu at­tendre les an­nées 1930 pour que soient dé­cou­verts les textes qui se­ront dis­po­nibles et un peu lus sur­tout après 1945, comme les Ma­nus­crits de Paris (1844), L’Idéologie al­le­mande (1845 – 1846). Il a fallu les an­nées 1950 pour que soient pré­sentés par les édi­tions du Parti com­mu­niste, les Édi­tions so­ciales, les livres 2 et 3 du Ca­pital dans la ver­sion d’Engels et de Kautsky, les an­nées 1960 et 1970 pour que soient tra­duits les Grun­drisse, les Fon­de­ments de la cri­tique de l’économie po­li­tique (1857 – 1858), les Théo­ries sur la plus value, et le Ma­nus­crit de 1861 – 1863. La pre­mière édi­tion un peu gé­né­rale de Costes et Mo­litor a eu le mé­rite de donner une meilleure vi­sion d’ensemble no­tam­ment en ce qui concerne les ar­ticles des an­nées 1841 – 1844. Une édi­tion com­pa­rable à la MEGA al­le­mande n’a ja­mais existé en France. Les vo­lumes édités par Maxi­mi­lien Rubel pour le compte de la Bi­blio­thèque de la Pléiade des Édi­tions Gal­li­mard sont soi­gnés mais leur prin­cipe est dis­cu­table. Il est thé­ma­tique puisqu’il réunit les textes en dis­tin­guant de ma­nière aca­dé­mique la phi­lo­so­phie, l’économie, la po­li­tique, alors que la pensée de Marx remet en cause ces di­vi­sions. Malgré les ef­forts de Lu­cien Sève, les Édi­tions So­ciales n’ont pas donné une édi­tion scien­ti­fique chro­no­lo­gique. Le projet a existé, mais il été in­ter­rompu faute de moyens, lors du dé­clin du PCF. Il faut sa­voir qu’en Italie une édi­tion scien­ti­fique a pu être publiée.

Au­tant dire que Marx lui-même n’a pu être lu en France avec pro­fon­deur que peu et tard et sur­tout par des théo­ri­ciens ger­ma­nistes. Cela n’a pas em­pêché l’existence des mar­xismes et d’intellectuels et de mi­li­tants se di­sant mar­xistes. D’autre part, les in­ter­pré­ta­tions mar­xistes dites or­tho­doxes – celles qui ont été en­tre­te­nues par les social-démocraties de la 2e In­ter­na­tio­nale ou plus tard par les partis com­mu­nistes marxistes-léninistes de la 3e In­ter­na­tio­nale – ont été, jusqu’à l’effacement de la ques­tion po­li­tique du com­mu­nisme, mar­quées par la mé­con­nais­sance du ca­rac­tère es­sen­tiel­le­ment in­achevé de la cri­tique mar­xienne de l’économie po­li­tique, du ca­rac­tère pro­blé­ma­tique de son rap­port à la phi­lo­so­phie, des la­cunes de sa théorie politique.

Marx a été sim­plifié en fonc­tion des be­soins propres aux lignes po­li­tiques of­fi­cielles, des exi­gences de la tac­tique, il a été sou­vent uti­lisé de ma­nière ma­ni­pu­la­toire au sein d’une or­tho­doxie qui était celle du marxisme-léninisme. Les contri­bu­tions des autres mar­xistes – à com­mencer par celle du plus grand des hé­ré­tiques Trotsky, pour ne rien dire des théo­ri­ciens des conseils comme Rosa Luxem­burg, Max Adler, Pan­ne­koek, Korsch –, ont été soit vi­li­pen­dées sans être lues, soit pu­re­ment et sim­ple­ment igno­rées en raison de l’insondable in­cul­ture théo­rique des di­rec­tions ou­vrières. Les pré­jugés et les a priori du combat po­li­tique, le sec­ta­risme sta­li­nien ont rendu im­pos­sibles une li­berté in­tel­lec­tuelle mi­ni­male pour rendre jus­tice aux ana­lyses des op­po­sants. Cet os­tra­cisme per­ma­nent, cet obs­cu­ran­tisme re­ven­diqué ont été la règle qui a été ap­pli­quée aux rares dé­bats au­to­risés à l’intérieur du PCF, et ils ont conduit à la mar­gi­na­li­sa­tion de pen­seurs de réelle va­leur. Tel fut le sort ré­servé à Henri Leb­fevre, le théo­ri­cien le plus im­por­tant en ac­ti­vité de­puis l’avant 1939 et au­teur d’ouvrages réel­le­ment théo­riques, dont La somme et le reste, fut éreinté par Lu­cien Sève qui a par ailleurs ex­primé ses regrets.

Les dé­bats in­ternes entre théo­ri­ciens mar­xistes, ef­fec­ti­ve­ment sou­cieux de prendre Marx au sé­rieux et de confronter sa pensée aux défis de l’histoire, n’ont pas été meilleurs. Igno­rances ré­ci­proques et in­ter­pré­ta­tions hâ­tives ont ca­rac­té­risé les po­lé­miques. Le plus im­por­tant des pen­seurs com­mu­nistes après Henri Le­febvre, Louis Al­thusser, n’a ja­mais pris en compte ce der­nier, pas plus qu’il n’a jugé utile de ré­pondre à cer­taines ob­jec­tions sé­rieuses de Sève. Des œuvres de­ve­nues aujourd’hui es­sen­tielles, comme celle de Cor­ne­lius Cas­to­riadis ou de Jean-Paul Sartre – celui de la Cri­tique de la raison dia­lec­tique –, ou en­core celles d’Eric Weil et de Mau­rice Merleau-Ponty, n’ont pas reçu des mar­xistes fran­çais, or­tho­doxes et hé­ré­tiques, l’attention qu’elles mé­ri­taient. Même re­marque pour des ap­ports plus ré­cents comme ceux de Guy De­bord ou de Gilles De­leuze. Le mar­xisme en France a vécu en cir­cuit fermé et a confondu cri­tique in­tel­lec­tuelle et po­lé­mique. Les mar­xistes ont sou­vent conduit leurs dé­bats en confon­dant lutte pour le pou­voir sym­bo­lique et in­ter­ven­tion po­li­tique. Les éla­bo­ra­tions qui ont compté ont tou­jours été ca­rac­té­ri­sées, in­ver­se­ment, par leur ca­pa­cité à in­vestir les points hauts de la pensée et à me­surer leur in­ter­pré­ta­tion de Marx au sein de ces confron­ta­tions. Le­febvre a su s’approprier cer­tains thèmes de Nietzsche, de la cri­tique sur­réa­liste et si­tua­tion­niste. Al­thussser a in­ter­rogé l’apport du struc­tu­ra­lisme (Braudel, Levi-Strauss, Lacan, Fou­cault) et la tra­di­tion de l’épistémologie his­to­rique fran­çaise (Ba­che­lard, Can­guilhem). Ce­pen­dant cela n’a pas suffi pour rendre pos­sible un début d’historicisation « mar­xiste » des di­vers cou­rants qui se re­ven­di­quaient du mar­xisme. Les règles mi­ni­males d’objectivité his­to­rique et de re­cons­truc­tion théo­rique in­terne ont ra­re­ment été appliquées.

Le pro­vin­cia­lisme fran­çais a contribué a ag­gravé la si­tua­tion. Les grandes œuvres des mar­xistes créa­teurs du siècle ont été mé­con­nues : le jeune Lukács, celui d’Histoire et conscience de classe, re­fait sur­face à la fin des an­nées 1960, no­tam­ment au­tour des ré­voltes de 1968, mais le der­nier Lukács, celui de l’Ontologie de l’être so­cial et de l’Esthétique, est in­connu. L’œuvre d’Ernst Bloch a une ré­cep­tion confi­den­tielle malgré l’existence de tra­duc­tions. L’école de Franc­fort a moins été sus­pecte, sans doute parce que le scep­ti­cisme qui ca­rac­té­rise ses pro­duc­tions est entré en syn­tonie avec la cri­tique hei­deg­ge­rienne de la mo­der­nité. Walter Ben­jamin a fait un peu ex­cep­tion en raison de sa di­men­sion de théo­lo­gien né­gatif et de théo­ri­cien de la mo­der­nité es­thé­tique. Gramsci, long­temps jugé peu fré­quen­table par les di­ri­geants com­mu­nistes, a eu son heure dans les an­nées 1970, mais il a dé­sor­mais dis­paru de la scène fran­çaise, au mo­ment même où les Édi­tions Gal­li­mard pré­sen­taient les Ca­hiers de prison. Trotsky, quant à lui, n’a in­té­ressé que les trots­kistes. Cer­taines fi­gures sont de­meu­rées de simples noms, comme Karl Korsch, ou Max Adler, le plus riche pen­seur de l’austro-marxisme. Si nous sor­tons du cercle de ces au­teurs, la même consta­ta­tion s’impose. Des œuvres de théo­ri­ciens de l’économie et de la po­li­tique aussi si­gni­fi­ca­tives que celles de Bou­kha­rine, Hil­fer­ding, Mat­tick, Renner et Neu­mann sont de­meu­rées confidentielles.

Les études que nous pré­sen­tons es­sayent d’éviter à la fois le sec­ta­risme par­tisan et le confor­misme aca­dé­mique ; elles tentent une lec­ture conforme aux ca­nons de la cri­tique sans re­noncer à as­sumer un en­ga­ge­ment éthico-politique rai­sonné. Au lec­teur de juger si cette double ré­so­lu­tion est ho­norée. Elles ne sont pas les seules en leur genre en France. Nous pou­vons et de­vons faire état des re­cherches qui ont en­tendu suivre cette voie, qu’il s’agisse de celles de Jacques Texier et de Chris­tine Buci-Gluscksman sur Gramsci, de Georges La­bica sur Lé­nine et le sta­li­nisme, de Lu­cien Sève sur Lé­nine, de Ni­colas Ter­tul­lian sur Lukács et Bloch, d’Arno Munster sur Bloch et Ben­jamin, du re­gretté Jean-Marie Vincent sur Adorno et Hor­kheimer, de Gé­rard Raulet sur ces mêmes théo­ri­ciens de l’école de Franc­fort, de Mi­chael Löwy et de Da­niel Ben­saïd sur Ben­jamin en­core, d’Étienne Ba­libar et de Pierre Ray­mond sur Al­thusser. Nous nous ex­cu­sons d’éventuels oublis.

Il faut tou­te­fois re­mar­quer qu’en notre pays il n’existe pas d’histoire ana­ly­tique des mar­xismes après Marx pro­duite par des Fran­çais. La meilleure his­toire d’ensemble due à un au­teur est celle du phi­lo­sophe po­lo­nais, ex-communiste mais passé en An­gle­terre, Leszek Ko­la­koswski, sé­rieuse et in­formée, très mar­quée par l’échec du com­mu­nisme so­vié­tique (ce qui se com­prend). Il s’agit de Main Cur­rents of Mar­xism. Its Rise, Growth, and Dis­so­lu­tion, trois vo­lumes (1978), par­tiel­le­ment tra­duite en fran­çais chez Fayard (deux vo­lumes sur les trois). Elle ve­nait à la suite de L’Histoire du mar­xisme du croate Peter Vra­nicki (1970) et des études de l’allemand I. Fetscher, Karl Marx und der Mar­xismus (1967). Il existe des his­toires col­lec­tives du mar­xisme comme la Storia del mar­xismo contem­po­raneo des An­nali Fel­tri­nelli (1973) qui a été par­tiel­le­ment mise à la même époque à la dis­po­si­tion du pu­blic fran­çais (col­lec­tion 10/18), mais elle a dis­paru de­puis du ca­ta­logue. Au­cune tra­duc­tion n’a été faite, par contre, de la grande Storia del mar­xismo, di­rigée entre autres par Eric Hobs­bawm et Georges Haupt, en cinq tomes très riches, pu­bliée entre 1978 et 1981 par Ei­naudi. Nous de­vons ce­pen­dant noter quelques ex­cep­tions en France même, mais elles re­montent aux an­nées 1970 : il s’agit de P. Souyri Le mar­xisme après Marx (1970), de P. et M. Favre, Les mar­xismes après Marx (1970), d’André Tosel « Le dé­ve­lop­pe­ment du mar­xisme en Eu­rope oc­ci­den­tale de­puis 1917 », dans l’Histoire de la phi­lo­so­phie (Bi­blio­thèque de la Pléiade, Gal­li­mard, 1974 ; ré­édi­tion Folio, 1999). Le Dic­tion­naire cri­tique du mar­xisme, di­rigé par Gé­rard Ben­sussan et Georges La­bica (PUF, 1985) a pu donner des in­di­ca­tions utiles, tout comme le Dic­tion­naire Marx contem­po­rain, di­rigé par Jacques Bidet et Eus­tache Kou­ve­lakis (PUF, 2001) a pu com­pléter des lacunes.

Beau­coup reste néan­moins à faire si nous vou­lons être équi­tables avec la pensée du 20e siècle et les mar­xistes hé­ré­tiques et cri­tiques qui ont tenté de donner un se­cond souffle à l’œuvre de Marx et de com­prendre ce qui se pas­sait dans le pre­mier pays à avoir réussi une ré­vo­lu­tion qui se vou­lait com­mu­niste, à sa­voir l’Union so­vié­tique (1917 – 1991). Il faudra ou­vrir à nou­veaux frais la ques­tion de Lé­nine et du bol­che­visme, celle de Sta­line, in­ven­teur du marxisme-léninisme, celle de Mao et de la ré­vo­lu­tion cultu­relle chi­noise, la ques­tion de la réus­site mo­men­tanée et de l’échec des ré­vo­lu­tions com­mu­nistes, de leurs pro­messes et de leur gran­deur, de leurs hor­reurs et de leurs er­reurs, de leur échec final. La cri­tique sou­tenue tout au long du siècle par le li­bé­ra­lisme so­cial et par le li­bé­risme pur et dur doit être ré­éxa­minée : Weber, Croce, Kelsen, Schum­peter, Bobbio, Aron, tout comme Pa­reto, Hayek, von Mises, doivent être ré­en­tendus. Lé­nine, le théo­ri­cien et le po­li­tique qui a orienté de ma­nière dé­ci­sive le mar­xisme du siècle et l’expérience so­vié­tique, doit être confronté à ces cri­tiques. Font partie de cette his­toire et de ce débat les pen­seurs « mau­dits » du nazi-fascisme, comme Gen­tile et Carl Schmitt. Ce re­tour cri­tique sur la fonc­tion ef­fec­tive des mar­xismes or­tho­doxes et hé­ré­tiques dans l’histoire du siècle passé ne peut se ré­sumer à la seule vic­toire du li­bé­ra­lisme. Quel li­bé­ra­lisme d’ailleurs ? La phase ac­tuelle de la mon­dia­li­sa­tion ca­pi­ta­liste fait ap­pa­raître à nou­veau les ten­sions, les li­mites du ca­pi­ta­lisme, sans que soit dis­po­nible une pensée cri­tique ca­pable à la fois de tenir compte des dures le­çons de l’histoire et d’affronter la pé­riode dans sa nou­veauté. Les études ici réunies se veulent des contri­bu­tions ins­crites en cette perspective.

Il faut si­tuer de ma­nière plus pré­cise ces re­cherches, les si­tuer en un cadre his­to­rique et po­li­tique. Nous pou­vons suivre la pé­rio­di­sa­tion de Ko­la­kowski telle qu’elle est re­prise et mo­di­fiée par le phi­lo­sophe ita­lien Cos­tanzo Preve. Ce der­nier, dans un ou­vrage pro­vo­ca­teur mais sti­mu­lant, Storia cri­tica del mar­xismo. Dalla nas­cita di Karl Marx alla dis­so­lu­zione del co­mu­nismo sto­rico no­ve­cen­tesco (2007) dis­tingue trois périodes.

La pre­mière pé­riode com­mence avec l’ouvrage de ré­fé­rence de Frie­drich En­gels, l’Anti-Dühring en 1875 et elle s’achève en 1914 avec la pre­mière guerre mon­diale. Elle cor­res­pond à la 2e In­ter­na­tio­nale. C’est celle de la fon­da­tion. Elle connaît l’émergence des partis sociaux-démocrates et l’affirmation du mou­ve­ment ou­vrier. Ces partis se rap­portent in­éga­le­ment à Marx, mais cer­tains sont of­fi­ciel­le­ment mar­xistes, en par­ti­cu­lier la social-démocratie al­le­mande do­minée par Bern­stein et Kautsky qui sont les hé­ri­tiers tes­ta­men­taires d’Engels et contri­buent à la pu­bli­ca­tion des ma­nus­crits in­édits de Marx. La crise du ré­vi­sion­nisme en 1899 – 1900 fait ap­pa­raître des hé­si­ta­tions po­li­tiques de fond. Les ré­vi­sion­nistes – Bern­stein, Jaurès d’une cer­taine ma­nière en France – re­fusent de conti­nuer à se ré­férer à la pers­pec­tive d’une ré­vo­lu­tion vio­lente et à la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat. Ils dé­fi­nissent le so­cia­lisme dans le cadre d’une ré­pu­blique dé­mo­cra­tique et d’une so­cia­li­sa­tion de l’économie. Les or­tho­doxes, avec à leur tête Kautsky en Al­le­magne et Ple­khanov en Russie, ac­ceptent la dé­mo­cratie comme moyen mais af­firment la né­ces­sité de l’extinction de l’État et d’une cer­taine vio­lence ré­vo­lu­tion­naire, sans y croire vrai­ment. Ce débat peut aller jusqu’à la re­mise en cause de cer­taines pré­vi­sions ju­gées éco­no­mistes et ca­tas­tro­phistes de Marx, à l’élimination de la phi­lo­so­phie ob­jec­ti­viste de l’histoire et de la théorie de la va­leur tra­vail. Une aile gauche en­tend réel­le­ment pour­suivre la ré­flexion et ré­orienter la po­li­tique par-delà le débat en un sens ef­fec­ti­ve­ment ré­vo­lu­tion­naire, avec Rosa Luxem­bourg en Al­le­magne, le jeune Lé­nine en Russie qui ap­portent tous deux des élé­ments d’analyse im­por­tants sur l’accumulation mon­diale du ca­pital, mais se di­visent sur la ques­tion de l’organisation, et de la dé­mo­cratie. Le théo­ri­cien le plus aigu de­meure l’italien An­tonio La­briola. Ni les uns ni les autres ne peuvent em­pê­cher l’intégration éta­tique des partis sociaux-démocrates, la sclé­rose de l’orthodoxie et l’impuissance du ré­for­misme. L’Internationale se veut pa­ci­fiste, mais elle ne com­prend pas en sa ma­jo­rité la fonc­tion des im­pé­ria­lismes co­lo­niaux, elle se laisse na­tio­na­liser. La guerre éclate et les partis votent les cré­dits mi­li­taires en at­ten­dant des jours meilleurs.

La se­conde pé­riode (1914 – 1956) est celle de la construc­tion com­mu­niste après la vic­toire de la ré­vo­lu­tion d’octobre 1917 et la créa­tion du pre­mier État pro­lé­ta­rien, l’URSS. Elle est fondée par Lé­nine, stra­tège hors pair, ca­pable de trans­former la lutte pour la paix en guerre ci­vile ré­vo­lu­tion­naire. Elle in­tègre la 3e In­ter­na­tio­nale qui fonc­tionne de 1917 à 1945 et ac­com­pagne un for­mi­dable mou­ve­ment de li­bé­ra­tion na­tio­nale des pays do­minés par le co­lo­nia­lisme et l’impérialisme. Elle s’achève avec le 20e congrès du Parti com­mu­niste de l’URSS en 1956 qui re­con­naît les crimes de la pé­riode sta­li­nienne et ébranle ir­ré­ver­si­ble­ment le mou­ve­ment com­mu­niste mon­dial. Ce der­nier sem­blait avoir alors at­teint un apogée dans la me­sure où la dic­ta­ture sta­li­nienne sem­blait avoir réussi, une fois éli­mi­nées toutes les op­po­si­tions in­ternes, à construire une éco­nomie pla­ni­fiée re­la­ti­ve­ment stable et à pro­curer des condi­tions mi­ni­males d’existence aux tra­vailleurs, malgré les ter­ribles ré­pres­sions exer­cées sur la pay­san­nerie et les mi­li­tants op­po­si­tion­nels. Cette apogée se for­ti­fiait aussi de la vic­toire rem­portée sur l’Allemagne nazie, de la consti­tu­tion d’un camp so­cia­liste en Eu­rope orien­tale, de l’organisation en cer­tains pays (France, Italie) de partis com­mu­nistes po­pu­laires, de la vic­toire des com­mu­nistes en Chine (1949) et du mou­ve­ment anti-impérialiste im­pulsé par la ré­vo­lu­tion bol­che­vique. Cette construc­tion était la base de ré­fé­rence de la nou­velle or­tho­doxie, le marxisme-léninisme, forgée par Sta­line. Cette doc­trine avec sa di­vi­sion en ma­té­ria­lisme dia­lec­tique, sup­posé être au sens le plus mé­ta­phy­sique le fon­de­ment de la phi­lo­so­phie mar­xiste, et en ma­té­ria­lisme his­to­rique, posé comme la vraie science de l’histoire des so­ciétés hu­maine et de l’édification du com­mu­nisme, de­vient, dès les an­nées 1930, une or­tho­doxie au dog­ma­tisme obs­cu­ran­tiste. La li­berté de pensée de­vint im­pos­sible et de nom­breux sa­vants et di­ri­geants de va­leur fi­nirent dans les camps du goulag. Par bien des as­pects cette doc­trine main­te­nait et dur­cis­sait des traits de la pre­mière or­tho­doxie – éco­no­misme, croyance en des lois de l’histoire, culte de l’organisation, pers­pec­tive uto­pique de l’extinction de l’État et des classes. Mais elle les re­for­mu­lait dans le sens d’un vo­lon­ta­risme for­cené qui jus­ti­fiait tous les choix tac­tiques de la di­rec­tion po­li­tique et d’un ni­hi­lisme éthique total, fondé sur le fé­ti­chisme du parti. De toute ma­nière, ce corpus de­vint une idéo­logie de lé­gi­ti­ma­tion pour une nou­velle for­ma­tion so­ciale de classe non prévue par Marx. La prise de conscience des li­mites de cette construc­tion est l’élément qui unit les in­tel­lec­tuels mar­xistes ca­pables de penser. La ques­tion de la contrainte, de la place de la di­men­sion éthico-politiqiue, de l’hégémonie in­tel­lec­tuelle et mo­rale, la cri­tique de l’économisme et du culte des forces pro­duc­tives, la prise de dis­tance avec le dé­ter­mi­nisme au nom de la pos­si­bi­lité réelle et de l’action, la né­ces­sité de bien com­prendre l’apport de Marx dans son rap­port à Hegel consti­tuèrent le fonds commun des grands hé­ré­tiques. Lukács, Bloch, Gramsci, Korsch, la pre­mière école de Franc­fort en­trèrent en lice. Ils s’adressèrent au Prince mo­derne pour qu’il se ré­formât, mais ils ne purent rien sur le plan po­li­tique, s’ils sau­vèrent l’honneur du mar­xisme théo­rique. De toute façon, ils bu­tèrent sur la ques­tion de la na­ture du nouvel État so­vié­tique, et, tout en le cri­ti­quant, beau­coup eurent à se me­surer avec la thèse de Trotsky. La nou­velle construc­tion, pour ce der­nier, re­po­sait sur un mé­lange contra­dic­toire de ru­di­ments de so­cia­lisme et de ca­pi­ta­lisme d’État bu­reau­cra­tique Cette thèse fut âpre­ment dis­cutée selon un spectre étendu de po­si­tions. À un pôle, cer­tains pa­riaient sur la na­ture en­core po­ten­tiel­le­ment ré­vo­lu­tion­naire de l’État so­vié­tique et tra­vaillaient à sa ré­forme en in­cluant un mo­ment dé­mo­cra­tique (Gramsci, Bloch, Lukács). À un autre pôle, d’autres concluaient que la ré­vo­lu­tion avait échoué et s’était trans­formée en une nou­velle dic­ta­ture vouée à mêler éco­nomie com­mandée et ré­gres­sion po­li­tique et cultu­relle (Hor­kheimer, Adorno, Korsch). De toute ma­nière, la né­ces­sité de faire bloc contre le na­zisme contribua pour un long mo­ment à res­serrer les rangs, puisque l’encerclement ca­pi­ta­liste per­ma­nent avait im­posé un état d’urgence de­venu nor­ma­lité et em­pêché toute évo­lu­tion dans le sens d’une hé­gé­monie des masses su­bal­ternes fondée sur un cen­tra­lisme or­ga­nique et non bureaucratique.

La troi­sième pé­riode est celle de la dis­so­lu­tion du mar­xisme en rap­port com­plexe avec l’autodissolution de l’URSS et du com­mu­nisme du siècle en 1991. Tout se pré­ci­pite alors. En 1956, la ré­volte hon­groise, les mou­ve­ments de dis­si­dence en Po­logne et ailleurs font ap­pa­raître le dé­ficit dé­mo­cra­tique du bloc so­vié­tique. Le mou­ve­ment in­ter­na­tional se di­vise très vite à son tour. la Chine de Mao dé­nonce le ré­vi­sion­nisme d’une di­rec­tion so­vié­tique de­venue nou­velle classe do­mi­nante, in­ca­pable de dy­na­miser l’économie pla­ni­fiée et de li­bérer une culture aux ordres. La Ré­vo­lu­tion cultu­relle a pu même faire croire à cer­tains (Al­thusser et son groupe) qu’elle com­men­çait une cri­tique de gauche du sta­li­nisme fondée sur une mise en mou­ve­ment des masses. En fait, c’est la ré­vi­sion de type dé­mo­cra­tique qui consti­tuait l’espoir do­mi­nant dans beau­coup de cercles com­mu­nistes et l’on fai­sait du Wel­fare State l’antichambre d’un com­mu­nisme dé­mo­cra­tique. Ce fut la brève pé­riode de l’eurocommunisme en France, Italie, Es­pagne et de l’humanisme mar­xiste à l’Est. Mais ce cou­rant ne put ja­mais en fait pré­ciser quelle était la dif­fé­rence entre l’eurocommunisme et le re­tour à une social-démocratie puis­sam­ment ré­for­ma­trice. De fait, les di­vi­sions du camp so­cia­liste, le dur­cis­se­ment du contrôle so­vié­tique en Eu­rope de l’Est (Po­logne, Tché­co­slo­va­quie, Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique al­le­mande) pe­saient lourd. C’est en 1968 que cette pé­riode pi­vote, puisque tous les cou­rants, tous les mar­xismes se ma­ni­festent : émer­gence de la plus puis­sante dé­mons­tra­tion de force du mou­ve­ment ou­vrier en Eu­rope, sou­lè­ve­ment de la Tché­co­slo­va­quie sou­tenue par les com­mu­nistes ré­for­ma­teurs, in­sur­rec­tion li­ber­taire de la jeu­nesse étu­diante et du fé­mi­nisme, ef­fer­ves­cence de la ré­vo­lu­tion cultu­relle, rayon­ne­ment de la lutte anti-impérialiste à Cuba de Castro, au Vietnam d’Ho Chi Min, où les sol­dats com­mu­nistes obligent le co­losse amé­ri­cain à se re­tirer vaincu. C’est le mo­ment où les grands hé­ré­tiques sont lus (Gramsci) ou donnent leurs œuvres les plus si­gni­fi­ca­tives (le der­nier Lukács, Bloch). Le mar­xisme est dé­claré par Sartre in­dé­pas­sable et de­vient ré­fé­rence obligée. Des pen­seurs de réelle sta­ture, comme Le­febvre et Al­thusser en France, Della Volpe en Italie, Kosik en Tché­co­slo­va­quie, tentent un nou­veau rap­port à l’œuvre de Marx, et s’efforcent d’historiciser le mar­xisme lui-même et de com­prendre ce qu’est de­venu la ré­vo­lu­tion d’octobre. 1968 est la der­nière oc­ca­sion d’une ré­forme in­tel­lec­tuelle et mo­rale du com­mu­nisme du siècle. Mais la pente de l’échec se pré­ci­pite après 1968. La ré­vo­lu­tion cultu­relle se ré­vèle in­uti­le­ment ter­ro­riste et la nou­velle di­rec­tion chi­noise fait du parti unique l’agent d’une res­tau­ra­tion ca­pi­ta­liste sus­cep­tible de donner au pays le statut d’une grande puis­sance. L’URSS ne réussit pas à se ré­former. Étouffée aussi par la course aux ar­me­ments im­posée par les États-Unis, ta­raudée par les na­tio­na­lismes ré­primés, elle im­plose et se trans­forme en ca­pi­ta­lisme d’État, la no­menk­la­tura se re­cy­clant en élite ma­na­gé­riale ni­hi­liste. Les pays ca­pi­ta­listes do­mi­nants font bloc au­tour de leurs en­tre­prises in­ter­na­tio­nales pour désa­gréger le mou­ve­ment ou­vrier, contrôler la dé­mo­cratie dans le sens du néo­li­bé­ra­lisme. L’hégémonie gram­scienne est réa­lisée sous un mode in­verse que conforte le ral­lie­ment des partis so­cia­listes à un social-libéralisme qui ne vit qu’en fai­sant va­loir une dif­fé­rence mar­gi­nale avec le libéralisme-libérisme. Les États-Unis de­viennent l’unique su­per­puis­sance et iden­ti­fient l’ordre mon­dial à leurs in­té­rêts géos­tra­té­giques. La nou­velle phase de mon­dia­li­sa­tion ma­ni­feste sa puis­sance puisque le ca­pi­ta­lisme réussit à se dé­ve­lopper en ex­ploi­tant ses contra­dic­tions in­ternes. La ré­fé­rence au mar­xisme s’efface, même si des tra­vaux de va­leur sont pro­duits. Marx, en fait, cesse d’être lu. La fi­gure em­blé­ma­tique de toute la pé­riode est celle de Louis Al­thusser : parti pour re­dé­finir la science mar­xienne du conti­nent his­toire, il in­verse sa dé­marche, il salue la crise fi­nale du mar­xisme et cherche une issue dans un ma­té­ria­lisme de la ren­contre, at­ten­dant l’événement mi­ra­cu­leux qui fera pi­voter l’histoire. Ma­chiavel, Hobbes, Hei­degger de­viennent ses ré­fé­rences. On passe d’un pro­gramme de re­cons­truc­tion to­tale à une dé­cons­truc­tion ra­di­cale. Le mar­xisme est fini à tous les sens du terme. Il achève sa pa­ra­bole avec le com­mu­nisme et il est cir­cons­crit en tant que confi­gu­ra­tion théorique.

Les études de ce re­cueil ont d’abord pour objet des éla­bo­ra­tions qui ap­par­tiennent à la se­conde pé­riode de l’histoire du mar­xisme, avec une im­por­tance par­ti­cu­lière donnée à Gramsci consi­déré comme le pen­seur hé­ré­tique le plus or­ga­nique et le plus com­plet. Elles ont en­core pour pers­pec­tive cette ré­forme in­tel­lec­tuelle et mo­rale d’un prince qui s’est ré­vélé in­ca­pable de se ré­former. Sont pris en compte aussi des ef­forts peu connus de scien­ti­fiques fran­çais de haut ni­veau pour donner à la double thé­ma­tique du ma­té­ria­lisme et de la dia­lec­tique un contenu ir­ré­duc­tible à l’orthodoxie. La construc­tion est jugée tou­jours pos­sible et fé­conde comme l’illustre la ré­flexion de Le­febvre avant 1940 dans La conscience mys­ti­fiée. Les autres études en leur ma­jo­rité s’inscrivent en la troi­sième pé­riode, celle de la dis­so­lu­tion du mar­xisme his­to­rique. Mais elles ne se veulent pas li­qui­da­trices. Leur di­men­sion cri­tique est au ser­vice de la pro­duc­tion d’une théorie cri­tique à la hau­teur du défi que consti­tuent l’échec du com­mu­nisme his­to­rique et l’hégémonie du ca­pi­ta­lisme mondialisé.

Toutes pré­sup­posent la pos­si­bi­lité d’autres in­ter­pré­ta­tions de Marx dé­li­vrées de la vo­lonté d’orthodoxie, in­ter­pré­ta­tions nour­ries de la confron­ta­tion avec les points hauts de la mo­der­nité théo­rique. Cette exi­gence est par­tagée par tous ceux pour qui la ré­fé­rence à Marx est celle tout à la fois, d’un clas­sique et d’un chan­tier en­core à ex­plorer. Il est heu­reux par exemple que Jacques Bidet se soit confronté au meilleur de la tra­di­tion social-libérale de Rawls et d’Habermas dans son am­bi­tieuse Théorie gé­né­rale, qu’Hannah Arendt ou Cor­ne­lius Cas­to­riadis soient ex­ploités en ce sens par d’autres. Nous ne pré­ten­dons pas en ces études faire œuvre nou­velle, mais par­ti­ciper par la re­mé­mo­ra­tion cri­tique à une nou­velle donne. Ce qui est sûr c’est qu’est dé­fi­ni­ti­ve­ment morte la vul­gate qui a sou­vent été consi­dérée comme le fonds commun des mar­xismes avec ses trois thèses : a) croyance his­to­ri­ciste en un sens té­léo­lo­gique de l’histoire ; b) foi éco­no­mi­ciste dans l’appropriation illi­mitée des forces pro­duc­tives ; c) po­li­ti­cisme ex­clusif centré sur les luttes de classes gou­ver­nées par des or­ga­ni­sa­tions aux pré­ten­tions totalisantes.

En fait, de­puis 1991, comme le sou­ligne Cos­tanzo Preve, nous sommes en­trés dans l’approfondissement de la mon­dia­li­sa­tion ca­pi­ta­liste. Pour le mar­xisme et l’étude de Marx et de ce qui s’est ré­féré à lui, se pose la ques­tion de sa­voir si cette pé­riode est celle d’un post-marxisme des­tiné à se di­luer en mille mar­xismes sans mi­nimum théo­rique et po­li­tique commun ou celle d’une autre fon­da­tion de la théorie de­venue ca­pable de ré­flé­chir ses li­mites, ses apo­ries, de se re­former sur un autre conti­nent avec d’autres confron­ta­tions, comme le montre l’essai consacré à la belle fi­gure de Gé­rard Granel ten­tant de penser avec et contre Marx, Hei­degger et Witt­gen­stein. Le point de vue qui en dé­fi­ni­tive sous-tend notre che­mi­ne­ment est celui qui émerge du pas­sage de la troi­sième pé­riode (re­lance de la construc­tion com­mu­niste com­pro­mise) à la qua­trième pé­riode ou­verte en­core qui se noue au­tour de la ques­tion « post-marxismes ou re­fon­da­tion du mar­xisme ? ». Cette ques­tion n’est pas tran­chée. Elle ne cesse de nous tra­vailler comme nous de­vons la tra­vailler. Les œuvres théo­riques fran­çaises les plus si­gni­fi­ca­tives qui agissent en cette nou­velle pé­riode ne sont pas hos­tiles à Marx : Bour­dieu, De­leuze, Fou­cault, Der­rida, Ba­diou en sont la preuve. Toutes en conservent des élé­ments et en four­nissent à leur tour d’autres qui sont au­tant de pierres pour une nou­velle construc­tion. Un chan­tier s’ouvre et il a pour tâche une cri­tique du ca­pi­ta­lisme mondialisé.

Ce texte est l’introduction de l’ouvrage d’André Tosel, Le mar­xisme du 20e siècle, Paris, Syl­lepse, col­lec­tion « Mille mar­xismes », 2009, 24 euros.

Note bi­blio­gra­phique sur l’histoire des marxismes

Nous nous per­met­tons de donner quelques in­di­ca­tions bi­blio­gra­phiques sur nos propres re­cherches concer­nant les mar­xismes, re­cherches com­men­cées en 1974, en pen­sant qu’elles peuvent avoir une uti­lité pour ar­ra­cher ce sec­teur d’études à la mi­no­ra­tion fé­roce et à l’occultation to­tale qu’il subit dans les ins­ti­tu­tions et la re­cherche jugée lé­gi­time. Nous ne ré­cla­mons rien sinon le droit de ne pas aban­donner à l’inculture les jeunes gé­né­ra­tions à qui nous de­vons ce ser­vice his­to­rique et théorique.

« Le dé­ve­lop­pe­ment du mar­xisme en Eu­rope oc­ci­den­tale de­puis 1917 », His­toire de la phi­lo­so­phie, t. 3, La Pléiade, Paris, Gal­li­mard, 1974, ré­édité dans His­toire de la phi­lo­so­phie, 3, 2, Folio Gal­li­mard. 1999.

Praxis. Vers une re­fon­da­tion en phi­lo­so­phie mar­xiste ?, Paris, Mes­sidor, 1984 (contient des études sur En­gels, Gramsci, Bloch, Ba­da­loni, Geymonat).

L’esprit de scis­sion. Études sur Marx, Gramsci et Lukács, Besançon/Paris, An­nales lit­té­raires de Be­sançon, 1991.

Marx en ita­liques. Aux ori­gines de la phi­lo­so­phie ita­lienne contem­po­raine, Mau­vezin, Trans Europ Re­press, 1991 (sur An­tonio La­briola et An­tonio Gramsci).

Études sur Marx (et En­gels), Pour un com­mu­nisme de la fi­ni­tude, Paris, Kimé, 1996.

« De­venir du mar­xisme : de la fin du marxisme-léninisme aux mille mar­xismes, France-Italie, 1975 – 1995 », in Jacques Bidet et Eus­tache Kou­ve­lakis (dir.), Dic­tion­naire Marx contem­po­rain, PUF2001.

« Le der­nier Lukács et l’école de Bu­da­pest », Dic­tion­naire Marx contem­po­raine, in Jacques Bidet et Eus­tache Kou­ve­lakis (dir.), Dic­tion­naire Marx contem­po­rain, PUF2001.

« La raison pra­tique entre for­ma­li­sa­tion et ob­jec­ti­va­tion », in My­riam Bie­nen­stock et André Tosel (dir), La raison pra­tique au 20e siècle. Tra­jets et fi­gures, Paris, L’Harmattan, 2004.

« Les aléas du ma­té­ria­lisme aléa­toire dans la der­nière phi­lo­so­phie de Louis Al­thusser », in Eus­tache Kou­ve­lakis et Vincent Char­bon­nier, Sartre, Lukács et Al­thusser, des mar­xistes en phi­lo­so­phie, Paris, PUF2005.

« An­tonio La­briola et la pro­po­si­tion de la phi­lo­so­phie de la praxis », Ar­chives de phi­lo­so­phie, hiver 2005, t. 68, ca­hier 4.

« Les hé­si­ta­tions du ma­té­ria­lisme dans les mar­xismes. Notes pour une re­cherche », Les phi­lo­so­phies de l’Antiquité au 20e siècle, in Mau­rice Merleau-Ponty (dir.), édi­tion revue et aug­mentée par Jean-François Ba­laudé, Paris, Le Livre de poche, 2006.

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