Gaza, un an après.…

Par Mis en ligne le 02 janvier 2010

Qu’y a t il de commun entre le contexte de l’adoption de la ré­so­lu­tion 181 et celui de l’adoption du rap­port por­tant sur l’agression vécue par les Pa­les­ti­niens de Gaza? 62 ans sé­parent ces si­tua­tions, cha­cune à des mo­ments de l’histoire très dif­fé­rents. Elles ont en commun de se jouer dans le contexte onu­sien: la ré­so­lu­tion 181 voit le plan de par­tage en­té­ri­nant la créa­tion de l’Etat d’Israël; le rap­port Gold­stone va au-delà de l’agression per­pé­trée par l’armée is­raé­lienne sur la po­pu­la­tion de Gaza, il redit fer­me­ment le droit du peuple pa­les­ti­nien à sa sou­ve­rai­neté basée sur le droit des peuples à l’autodétermination, et les rap­por­teurs, une fois éta­blie la res­pon­sa­bi­lité pé­nale des au­teurs des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité, de­mandent que le Conseil de Sé­cu­rité as­sume ses res­pon­sa­bi­lités, à sa­voir que les cri­mi­nels de guerre soient tra­duits de­vant la jus­tice de la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale, ce qui ou­vri­rait la pos­si­bi­lité aux les peuples sans Etat de faire ava­liser, par l’ensemble du monde, leur droit au juge par l’intermédiaire d’un mé­ca­nisme ins­tauré en vue d’une jus­tice uni­ver­selle lut­tant contre l’impunité par­tout dans le monde et quel que soient les rap­ports de force en présence.

En fait, ces deux si­tua­tions in­ter­rogent le fonc­tion­ne­ment, voire les dys­fonc­tion­ne­ments, de cer­tains mé­ca­nismes onu­siens mais sur­tout le rôle joué par la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale et plus pré­ci­sé­ment le pro­blème du poids des rap­ports de force dans la ques­tion de la re­pré­sen­ta­ti­vité des Etats. Il est à noter que ce qui a changé entre 1947 et 2009 est le rôle joué par le peuple pa­les­ti­nien lui-même qui, par sa ré­sis­tance, a réussi, à donner une exis­tence po­li­tique à son combat pour son droit à l’autodétermination et pour les droits de tous ses ci­toyens y com­pris ceux des ré­fu­giés , re­layé par un mou­ve­ment de so­li­da­rité qui, sous de mul­tiples formes, se fait l’écho des droits in­alié­nables . Le but de ce texte n’est pas d’éclairer la si­tua­tion ac­tuelle, aussi bien sur le plan in­ter­na­tional que sur le plan in­terne à la so­ciété pa­les­ti­nienne et même is­raé­lienne, il est de s’interroger à propos d’événements qui semblent fort éloi­gnés l’un de l’autre mais qui, à les re­garder de près, en disent long sur le rôle joué par la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale qui, aujourd’hui, plus que ja­mais, montre son in­com­pé­tence –sa non vo­lonté se­rait plus exact– à faire ap­pli­quer les normes im­pé­ra­tives du droit in­ter­na­tional et du droit hu­ma­ni­taire in­ter­na­tional dès lors qu’il s’agit de la Pa­les­tine et du peuple palestinien.

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Sous le nom de Gaza.….

Les mots ne peuvent suf­fire, aucun mot ne peut si­gni­fier les 21 jours d’agression mi­li­taire exercée par l’Etat d’Israël contre la Bande de Gaza, ter­ri­toire de 40 ki­lo­mètres de long sur 8 de large.

Rien ne peut dire les 1 400 morts, les quelque 5 000 blessés dont cer­tains ont dans leur chair, à tout ja­mais, le bruit des bombes et la vio­lence de l’agression ter­restre, rien ne peut dire les an­nées d’embargo qu’une com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale n’a pas été ca­pable d’interdire, tout sim­ple­ment en rap­pe­lant à l’Etat d’Israël qu’il a des obli­ga­tions in­ter­na­tio­nales qu’il se doit, au re­gard du pacta sunt ser­vanda , de res­pecter. Rien ne dira ja­mais assez les soixante deux ans d’occupation de la Pa­les­tine avec l’aval de cette même com­mu­nauté internationale.

Ces in­ca­pa­cités ne font que confirmer la re­pré­sen­ta­tion que se donne l’Occident de lui-même, «blanc», sûr de lui et do­mi­na­teur, Oc­ci­dent de la crise or­ga­nisée et uti­lisée à son seul bé­né­fice, pa­rangon de l’esprit sé­cu­ri­taire, un Oc­ci­dent qui met à ge­noux un conti­nent en­tier comme l’Afrique et qui nie aux peuples leurs droits à dis­poser li­bre­ment de leurs ressources.

Pour­tant ce même Oc­ci­dent n’a t il pas signé en juin 1945 la Charte des Na­tions unies, juste deux ans avant la ré­so­lu­tion 181 ? N’a t il pas af­firmé que « les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs re­la­tions in­ter­na­tio­nales, de re­courir à la me­nace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité ter­ri­to­riale ou l’indépendance po­li­tique de tout , soit de tout autre ma­nière in­com­pa­tible avec les Buts des Na­tions unies »

C’est bien avec ces pré­re­quis qu’a été dé­cidé le plan pensé par cette ré­so­lu­tion 181 qui pré­voyait un par­tage des terres et des po­pu­la­tions. Ce qui ne cesse d’interroger est le fait que cette ré­so­lu­tion pro­posée par l’UNSCOP , a été adoptée par l’Assemblée gé­né­rale avec difficulté.

En effet, contrai­re­ment à la fable, la Pa­les­tine n’était pas une terre sans peuple et les Na­tions Unies avaient déjà ins­crit dans la Charte des Na­tions unies l’impérieuse né­ces­sité de «pré­server les gé­né­ra­tions fu­tures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie hu­maine a in­fligé à l’humanité d’indicibles souf­frances ». Dès lors sur quels mé­ca­nismes, ce par­tage a t il pu se conce­voir et étaient ils de na­ture à ga­rantir «la créa­tion des condi­tions né­ces­saires au main­tien de la jus­tice et du res­pect des obli­ga­tions nées des traités et autres sources du droit international »?

Force est de constater que ce par­tage porte en lui une part de dys­fonc­tion­ne­ments au ni­veau onu­sien que l’on re­trouve en­core aujourd’hui.…Mais il por­tait en lui le net­toyage eth­nique: la Nakba qui a dé­buté le 14 mai 1948.

Si ce plan de par­tage a bien été voté le 29 no­vembre 1947, rap­pe­lons que dès sep­tembre 1947, l’Assemblée gé­né­rale de l’ONU a or­ga­nisé un pre­mier vote afin de dé­cider du sort de la Pa­les­tine. Le ré­sultat ne cor­res­pon­dait pas aux at­tentes des pays do­mi­nants qui vou­laient coûte que coûte se ra­cheter d’avoir laissé se dé­rouler l’extermination de plus de six mil­lions de per­sonnes — dont ma­jo­ri­tai­re­ment des Juifs mais aussi des Tzi­ganes, des homosexuels.…

Ainsi seuls 25 pays étaient pour le par­tage, 13 contre et 19 se sont abstenus.

Pour se voir adoptée, cette ré­so­lu­tion de­vait ob­tenir deux tiers des voix .

Les États-Unis, mé­con­tents du ré­sultat, ont uti­lisé leur «force» de per­sua­sion à l’encontre de cer­tains pays, dont Haïti qu’ils avaient oc­cupée pen­dant vingt ans ou du Li­beria que cer­taines in­dus­tries, à la de­mande des USA, me­na­caient de quitter.

Qu’à cela ne tienne, un autre vote est or­ga­nisé dès le 25 no­vembre, 25 voix pour, 13 voix contre, 17 abs­ten­tions, 2 ab­sents. Une voix manque encore.

Le pré­sident amé­ri­cain, Harry S. Truman, va user de tout son pou­voir et me­nacer la France, qui jusqu’alors s’est abs­tenue, de lui couper les vivres si elle ne change pas de po­si­tion. L’enjeu est de taille, elle se range aux in­jonc­tions états-uniennes.

Le 29 no­vembre 1947, la ré­so­lu­tion 181 est enfin adoptée par l’Assemblée gé­né­rale de l’ONU33 pour , 13 contre et 10 abstentions .

Ainsi s’est construit, sur la me­nace et le chan­tage, un consensus, gagné grâce à des rap­ports de force en fa­veur des pays do­mi­nants, por­tant sur le plan de par­tage de la Pa­les­tine en deux États, l’un arabe et l’autre juif — Jé­ru­salem de­vant bé­né­fi­cier d’un statut par­ti­cu­lier sous l’égide de l’ONU.

Ce plan n’a ja­mais été ac­cepté par les pays arabes et il n’est qu’à re­garder le dé­cou­page pro­posé à l’époque pour le com­prendre. Malgré les en­ga­ge­ments pris lors de l’adoption de la Charte des Na­tions unies à San Fran­cisco, cer­tains peuples ont été en­tendus et d’autres n’ont eu qu’à subir une dé­ci­sion té­moi­gnant d’un rap­port de forces voulu ré­so­lu­ment inégal.

La com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale, ce jour là, alors que la Charte des Na­tions unies n’avait que 2 ans et 5 mois, a été prise les doigts dans le pot de confi­ture. Elle a violé, sciem­ment, les normes im­pé­ra­tives du droit in­ter­na­tional. Elle a ainsi montré au monde en­tier qu’il y a des peuples qui pèsent moins que d’autres alors que la Charte af­firme une po­si­tion contraire en as­su­rant «pro­clamer à nou­veau notre foi dans les droits fon­da­men­taux de l’homme, dans la di­gnité et la va­leur de la per­sonne hu­maine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, ainsi que des na­tions, grandes et petites ».

Ce trai­te­ment ré­gulé selon le poids des Na­tions, même si la phrase d’adresse de la Charte des Na­tions unies pré­tend té­moi­gner du contraire «Nous, peuples des Na­tions unies» n’est hélas qu’une as­pi­ra­tion noble mais dé­tournée et rien, ni la Charte ni la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’homme, — adoptée pra­ti­que­ment un an, jour pour jour, après la ré­so­lu­tion 181 — ne chan­gera cette re­pré­sen­ta­tion des pays oc­ci­den­taux qui pré­tendent sa­voir quels sont les droits dont doivent se doter les pays ne ré­pon­dant pas à leur mo­dèle ou quels sont les cri­tères d’une dé­mo­cratie jugée ac­cep­table sans ou­blier main­te­nant quelles sont les ma­ni­fes­ta­tions ac­cep­tables des re­li­gions, sans ou­blier bien sûr les cri­tères in­dis­pen­sables édictés de ma­nière uni­la­té­rale pour avoir le droit de cir­culer li­bre­ment, ainsi que le pré­cise la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’homme .

Au­tant dire que ce qui était donné, au sortir de la se­conde guerre mon­diale, comme une avancée pour «pra­ti­quer la to­lé­rance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un es­prit de bon voi­sis­nage» et «unir nos forces pour main­tenir la paix et la sé­cu­rité in­ter­na­tio­nales» et d’«accepter des prin­cipes et ins­ti­tuer des mé­thodes ga­ran­tis­sant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l’intérêt commun(…)» n’est plus aujourd’hui qu’un voeu d’intention et tout prouve à croire, sur l’échiquier des re­la­tions in­ter­na­tio­nales que tout, au ni­veau du Conseil de sé­cu­rité, est à re­penser et à re­cons­truire au re­gard, non de la loi du plus fort, mais de la règle qui pré­vaut à l’Assemblée gé­né­rale : un peuple, une voix. Tout sim­ple­ment ne faut il pas re­voir le rôle du Conseil de sé­cu­rité qui jusqu’à pré­sent ne fait que veiller aux in­té­rêts des pays les plus riches?

C’est dans le contexte d’une ré­so­lu­tion 181 ob­tenue à l’arrachée que doit se com­prendre la si­tua­tion ac­tuelle faite à la Palestine.

Il lui a été im­posé un plan de par­tage au­quel elle n’avait nul­le­ment sous­crit. Aujourd’hui une oc­cu­pa­tion illé­gale, un em­bargo pro­vo­quant un vé­ri­table dé­sastre hu­ma­ni­taire, une an­nexion de terres, de mai­sons, des prin­ci­pales sources d’eau faite sans ver­gogne et avec l’aval des meilleurs amis de l’Etat d’Israël, un em­pri­son­ne­ment, la plu­part du temps sans procès et sans preuve, d’une grande partie de la po­pu­la­tion pa­les­ti­nienne, une po­pu­la­tion vic­time de crimes de guerre avérés qua­li­fiés par les plus grands ju­ristes en droit in­ter­na­tional et droit hu­ma­ni­taire in­ter­na­tional sont le lot de la Pa­les­tine qui, en 1947, a fait en­tendre une voix dis­cor­dante parmi toutes celles qui s’accordaient à dire qu’il s’agissait d’une victoire.

60 ans après, force est d’admettre que ce ne fut qu’une vic­toire à la Pyr­rhus dont la pre­mière vic­time est le peuple pa­les­ti­nien, la se­conde est à re­cher­cher dans ce qu’est de­venu l’ensemble du cadre nor­matif des Na­tions unies, car à coup de vio­la­tions ac­cep­tées, à coup de si­lence com­plice, à coup de re­gards dé­tournés, c’est l’ensemble de ce cadre qui se trouve remis en cause et qui aujourd’hui ne fonc­tionne plus qu’à sens unique. La res­pon­sa­bi­lité de cet état de fait est à re­cher­cher dans les agis­se­ments de la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale. En ce qui concerne la ré­so­lu­tion 181, cette com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale a pris la res­pon­sa­bi­lité, mais ce n’était pas la pre­mière fois, d’user le droit in­ter­na­tional comme moyen et ar­gu­ment de do­mi­na­tion, lui fai­sant ainsi jouer, au gré des rap­ports de force, un rôle qui ne ré­pond pas à la Charte des Na­tions unies mais qui ne fait qu’assurer la su­pré­matie des puissants.

L’Occident im­pose son choix à tous les ni­veaux, jus­tice, mo­dèle re­li­gieux, as­pects cli­ma­tiques, sys­tèmes de santé et d’éducation, types d’agriculture, type de com­mu­ni­ca­tion etc.…au re­gard de ses in­té­rêts bien pensés.

Les ter­gi­ver­sa­tions concer­nant l’adoption par le Conseil des droits de l’homme du rap­port de mis­sion di­rigée par le Juge Gold­stone n’est pas sans rap­peler les ater­moie­ments de la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale en proie à l’obligation, pour elle de na­ture abys­sale, de re­noncer à la ré­so­lu­tion 181. De cam­pagne de dé­lé­gi­ti­ma­tion en ac­cu­sa­tions per­son­nelles pro­pre­ment in­dignes de re­pré­sen­tants de pays sié­geant aux Na­tions unies, ce rap­port — qua­li­fiant ex­pli­ci­te­ment de crimes de guerre et pos­si­ble­ment de crimes contre l’humanité les actes per­pé­trés par l’armée de l’Etat is­raé­lien — a bien failli ne pas être rendu pu­blic. Il aura fallu la pug­na­cité et l’honnêteté des membres de la mis­sion pour qu’il fran­chisse, après re­vi­re­ment de l’Autorité pa­les­ti­nienne ob­tenue grâce à la pres­sion de la rue pa­les­ti­nienne, l’enceinte du Conseil des droits de l’homme. Transmis à l’Assemblée gé­né­rale qui l’a en­dossé , il est ar­rivé sur le bu­reau des membres du Conseil de sé­cu­rité qui traîne des pieds, il ne sera pas exa­miné avant fé­vrier 2010. Mais quelle ba­taille devra se jouer et quel rap­port de forces sera dé­ter­mi­nant quand d’ores et déjà les Etats-Unis, la Russie et les Eu­ro­péens ont an­noncé qu’ils ne sou­haitent pas que le Conseil dis­cute de cette ques­tion? Au­tant dire que les chances de voir le rap­port dit Gold­stone as­sumé par la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale et les re­com­man­da­tions mises en oeuvre s’amenuisent sé­rieu­se­ment. Les vic­times pa­les­ti­niennes et la Pa­les­tine de­vront en­core at­tendre long­temps leur droit à la jus­tice universelle.

Avec ce rap­port se re­trouve la ques­tion des rap­ports de force dans les re­la­tions in­ter­na­tio­nales puisqu’il pose le pro­blème du poids de ces rap­ports dans la ques­tion de la re­pré­sen­ta­ti­vité des Etats — il n’est pas in­utile de pointer dans cet es­pace concer­nant la re­pré­sen­ta­ti­vité des Etats, le rôle joué par de nom­breux pays arabes qui agissent sou­vent pour le compte des pays do­mi­nants — et de la lé­gi­ti­mité uni­ver­selle, lé­gi­ti­mité que tentent de re­mettre en cause sys­té­ma­ti­que­ment les pays oc­ci­den­taux dont l’Etat d’Israël, à contre-courant de l’émancipation des peuples de toute in­fluence hégémonique.

Ainsi, avec ce rap­port, dont les pé­ri­pé­ties sont loins d’être ter­mi­nées, le Conseil de sé­cu­rité — et par­ti­cu­liè­re­ment les Etats-Unis — va jouer la par­ti­tion du droit de veto com­mu­né­ment ad­mise puisqu’il s’agit de pro­téger l’Etat d’Israël. Pour­tant, à bien lire la Charte, il «n’existe pas, à pro­pre­ment parler, de droit de veto(…): pour qu’une ré­so­lu­tion soit adoptée par le Conseil de sé­cu­rité, il est prévu que la ma­jo­rité qua­li­fiée (9 voix sur 15) com­prenne « le vote af­fir­matif de neuf de ses membres, dans le­quel sont com­prises les voix de tous les Membres per­ma­nents ». Cela si­gnifie que, lorsque l’un des « cinq » (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France) s’abstient, la ré­so­lu­tion est re­jetée. En contra­dic­tion avec la Charte, la pra­tique ad­mettra plus tard que l’abstention d’un membre per­ma­nent n’empêche pas l’adoption d’une dé­ci­sion, créant ainsi de facto un droit de veto formel. ..

L’ONU, qui se vou­lait un or­ga­nisme por­teur de va­leurs dé­mo­cra­tiques, a brisé le rêve des Peuples des Na­tions et failli à ses mis­sions. Elle s’est laissée per­vertir par la soif d’hégémonie de cer­tains Etats et a, du coup, ra­pi­de­ment cessé de porter les as­pi­ra­tions de l’ensemble des peuples, pe­tits ou grands…Il aura fallu la force des mou­ve­ments de la dé­co­lo­ni­sa­tion pour que les peuples sentent le vent de la dé­mo­cratie les ef­fleurer mais cela n’a pas fait long feu. Les pays, une fois li­bérés de l’occupant, ont dû ré­pondre aux in­jonc­tions de la realpolitik.

En dé­fi­ni­tive, l’ONU n’a ja­mais cessé de fonc­tionner comme une oli­gar­chie. Le Conseil de sé­cu­rité en est une belle illustration.

Par­ti­tion, donc, biaisée mais qui n’est pas sans consé­quence sur la lec­ture que les peuples, avec ou sans Etat, peuvent faire du rôle joué par les cinq membres per­ma­nents de ce Conseil qui uti­lisent sou­vent leur « puis­sance » pour acheter cer­tains des neuf autres pays qui se trouvent être sous dé­pen­dance fi­nan­cière ou mi­li­taire. N’est ce pas cela qui se joue aussi au sein de l’Assemblée gé­né­rale de l’ONU?

Dès lors que peut at­tendre la Pa­les­tine d’une telle ré­par­ti­tion des cartes? A quoi peuvent pré­tendre les vic­times de l’agression is­raé­lienne mais aussi les nom­breuses autres de­puis le début de l’occupation de la Palestine?

Faudra t il une fois en­core constater que la jus­tice uni­ver­selle ne fonc­tionne pas pour les peuples sans Etat ou cet ar­gu­ment sera t il brandi pour que la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale ne soit pas en dé­li­ca­tesse avec cer­tains pays res­pon­sables de crimes de guerre et n’est il pas temps de re­nier ces gou­ver­ne­ments qui sont dans l’incapacité de «mettre un terme à l’impunité des au­teurs des crimes les plus graves et de concourir ainsi à la pré­ven­tion de nou­veaux crimes »?

Les peuples des Na­tions doivent ils ad­mettre, comme évi­dence ab­solue, que la com­pé­tence uni­ver­selle - pensée pour ga­rantir l’accès à la jus­tice à l’ensemble des peuples vic­times d’agression — est re­fusée au peuple pa­les­ti­nien es­sen­tiel­le­ment parce que la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale n’est pas en­core prête à as­sumer qu’elle a failli aux va­leurs qu’elle por­tait au sortir de la se­conde guerre mon­diale? Mais alors de quelle na­ture étaient ces va­leurs ? De qui parlent elles et à qui s’adressent elles?

N’est il pas temps de de­mander des comptes à nos gou­ver­ne­ments res­pec­tifs qui n’ont pas su, de­puis cette date pro­met­teuse de juin 1945, re­pré­senter leur peuple dans leurs as­pi­ra­tions à la construc­tion d’une paix juste et du­rable et par­ti­cu­liè­re­ment en ce qui concerne la Palestine?

N’est il pas temps, en tant que Peuples des Na­tions, de déses­pérer de cette dite com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale, qui fait preuve d’une in­curie et d’une par­tia­lité fla­grantes et de la re­garder pour ce qu’elle est, à sa­voir la ves­tale de son propre foyer dont les pi­liers sont faits de sa su­pé­rio­rité et du droit qu’elle s’arroge à do­miner? Mais la seule re­marque vrai­ment sé­rieuse quant à la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale ne réside-t-elle pas dans l’afirmation que cette com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale n’existe pas, n’a ja­mais existé, et n’est que la ma­ni­fes­ta­tion de rap­ports de force qui ne doivent bé­né­fi­cier qu’aux Etats les plus forts?

N’est il pas temps de re­ven­di­quer pour les Peuples des Na­tions le droit au res­pect des règles du droit in­ter­na­tional et du droit hu­ma­ni­taire in­ter­na­tional de façon à ga­rantir la paix et la sé­cu­rité in­ter­na­tio­nales pour l’ensemble des peuples et n’est il pas temps pour les peuples de faire en­tendre leurs voix et leur désir de peuple-relation?

N’est il pas temps de pro­poser une autre ONU, réel­le­ment dé­mo­cra­tique dans la­quelle le peuple sera pré­sent et re­pré­senté et les rap­ports de force ne se­ront plus basés sur le poids fi­nan­cier et mi­li­taire mais régis par les buts et les mis­sions de la Charte et ca­drés par les normes im­pé­ra­tives du droit in­ter­na­tional et du droit hu­ma­ni­taire international ?

C’est bien de cela que les peuples des Na­tions doivent se saisir et se faire por­teurs, car au bout du chemin, em­prunté de­puis 1945 par l’ONU ac­tuelle et compte tenu du contexte mon­dial, il n’y a que la loi de la jungle où ne conti­nue­ront de ré­gner en maîtres que les quelques pays déjà «élus» aux­quels vien­dront s’ajouter dans ce cercle res­treint tous ceux qui au­ront fait preuve d’allégeance en termes de dite dé­mo­cratie ex­primée par l’organisation d’élections et de bonne gou­ver­nance pour le climat et qui se mon­tre­ront, éco­no­mi­que­ment, de bons élèves.

En guise de conclu­sion, ne s’agirait il pas tout sim­ple­ment que Nous, peuples des Na­tions Unies ré­cu­pé­rions ce qui nous a été illé­gi­ti­me­ment pris par les puis­sances et par les trans­na­tio­nales, parce qu’une autre ONU est pos­sible et ab­so­lu­ment né­ces­saire dans la me­sure où celle pensée en 1945 a dé­mis­sionné de son obli­ga­tion qui est d’assurer la paix et la sé­cu­rité in­ter­na­tio­nales, es­sen­tiel­le­ment parce qu’elle a contribué dé­ci­si­ve­ment à la vio­la­tion des normes im­pé­ra­tives du droit in­ter­na­tional et, sur­tout, parce qu’elle joue le rôle de cour­roie de trans­mis­sion d’un projet et d’un mo­dèle po­li­tique, idéo­lo­gique et éco­no­mique qui vise à l’instauration d’un ordre in­ter­na­tional fondé sur la dis­cri­mi­na­tion, la force, la do­mi­na­tion des peuples et sur la vio­lence. L’élément fon­da­mental de la ré­forme ou de la re­fonte de l’ONU doit être basé sur l’obligation de res­pecter le droit des peuples à dis­poser d’eux-mêmes et ce qui en dé­coule en termes de droits fon­da­men­taux (droits ci­vils et po­li­tiques, droits éco­no­miques so­ciaux et cultu­rels et droits en­vi­ron­ne­men­taux). C’est dans ce cadre, et uni­que­ment dans celui-ci, que le peuple pa­les­ti­nien pourra être ré­in­tro­duit dans ses droits, dans tous ses droits.

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