COP15 et les femmes

Par Mis en ligne le 24 décembre 2009

Le sommet de Co­pen­hague sur le Chan­ge­ment cli­ma­tique s’est ter­miné sur ce constat d’échec qui dé­coule sou­vent des grandes confé­rences in­ter­na­tio­nales, où les vraies so­lu­tions sont dif­fé­rées et les illu­sions en­tre­te­nues par des consensus sur les mi­nima in­com­pres­sibles. Pour les femmes afri­caines, Cop15, ainsi qu’on a ap­pelé le confé­rence de Co­pen­hague de­vaient avoir un sens et une fi­na­lité par­ti­cu­lière. Pour Mama Koité Doumbia, ce sommet, plutôt que de se fo­ca­liser sur une «ap­proche de dé­ve­lop­pe­ment et de crois­sance éco­no­mique, au­rait dû ré­flé­chir aux so­lu­tions «fon­dées sur les connais­sances propres et les be­soins des com­mu­nautés par rap­port à leur en­vi­ron­ne­ment im­mé­diat». De sorte que «chaque femme, chaque homme et en­fant puisse vivre en bonne santé , dans un en­vi­ron­ne­ment sain et jouir de chances égales dans la vie».

Le Sommet Mon­dial sur le Chan­ge­ment Cli­ma­tique (…) est une oc­ca­sion une fois de plus pour rap­peler aux dé­ci­deurs mon­diaux leurs rôles et res­pon­sa­bi­lités dans ce phé­no­mène qui an­ni­hile les ef­forts de dé­ve­lop­pe­ment des pays sur­tout du Sud. Les chan­ge­ments cli­ma­tiques dé­passent le cadre simple de ren­de­ment éner­gé­tique ou d’émission de gaz à effet de serre . Ils sou­lèvent les épi­neux pro­blèmes de dé­mo­gra­phie, de pau­vreté, de l’égalité et l’équité de genre dans la ges­tion des ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales.
Nul n’ignore les dan­gers que re­pré­sentent les chan­ge­ments cli­ma­tiques pour la vie et la qua­lité de vie des po­pu­la­tions sur­tout sur les femmes et les jeunes filles. Ces pro­blèmes pré­oc­cu­pants sont consé­cu­tifs à des ac­tions ou fac­teurs parmi les­quels nous re­le­vons : le rythme de crois­sance dé­mo­gra­phique, l’utilisation abu­sive des res­sources na­tu­relles, la coupe abu­sive du bois de chauffe (les fo­rêts sont en voie de dis­pa­ri­tion ), l’émission crois­sante de gaz à effet de serre, la ges­tion ca­la­mi­teuse de l’environnement (im­pu­nité), la faible uti­li­sa­tion des éner­gies re­nou­ve­lables, etc.

C’est pour dire sim­ple­ment que toutes ces ac­tions ont un im­pact sur l’environnement et que le ré­chauf­fe­ment ter­restre en­traîne des phé­no­mènes mé­téo­ro­lo­giques ex­trêmes qui pro­voquent des ca­tas­trophes na­tu­relles et ac­cé­lèrent la dé­gra­da­tion de notre cadre de vie .

Dans nos pays en dé­ve­lop­pe­ment, les femmes as­surent les be­soins ali­men­taires quo­ti­diens des fa­milles, ceci malgré leur faible statut so­cial et éco­no­mique basé sur les dis­cri­mi­na­tions sur­tout qu’on dit qu’en Afrique la pau­vreté a un vi­sage fé­minin. Les in­éga­lités et ini­quités entre hommes et femmes com­bi­nées aux chan­ge­ments cli­ma­tiques ren­for­ce­ront la vul­né­ra­bi­lité des femmes et des jeunes filles, af­fec­tant leur ca­pa­cité à as­surer la sé­cu­rité ali­men­taire, la santé et l’éducation des familles.

Nous sommes in­ter­pel­lées et que faire face à cette si­tua­tion ? Devrons-nous, pays pauvres pro­dui­sant un pour­cen­tage in­si­gni­fiant de gaz à effet de serre prendre les consé­quences de tout ce qui se pro­duit au Nord ? Devrons-nous conti­nuer à as­sister, im­puis­santes, à l’avancée du dé­sert, à l’assèchement de nos puits et mares, à la dé­fo­res­ta­tion, à la dis­pa­ri­tion de nos ani­maux et pois­sons, arbres frui­tiers ? Devrons-nous ac­cepter que les femmes conti­nuent à par­courir des di­zaines de ki­lo­mètres pour cher­cher des rares points d’eaux pour les be­soins de la fa­mille ? Devrons-nous conti­nuer à voir des mil­liers de fa­milles dé­so­lées après des inon­da­tions, les tem­pêtes, etc. ?

C’est pour dire qu’au Sommet de Co­pen­hague, ap­pelé COP 15, le pro­blème de chan­ge­ment cli­ma­tique (est) posé en ap­proche de dé­ve­lop­pe­ment et de crois­sance éco­no­mique, (alors que) les so­lu­tions les plus ef­fi­caces aux chan­ge­ments cli­ma­tiques se­ront celles qui pro­viennent de la base et qui sont fon­dées sur les connais­sances propres et les be­soins des com­mu­nautés de leur en­vi­ron­ne­ment im­mé­diat. Il faut sou­li­gner aussi que la so­lu­tion du­rable sera de placer le bien-être hu­main au centre des po­li­tiques et pro­grammes de nos Etats et ins­ti­tu­tions. Les ini­tia­tives doivent conti­nuer dans les nou­velles ap­proches, plus équi­tables et plus viables dans les ma­nières de vivre, de pro­duire et de consommer.

Nous irons à Co­pen­hague pour ap­porter le mes­sage des femmes afri­caines et pour contri­buer aux dé­bats face au phé­no­mène du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique quant à la prise en compte du genre dans les po­li­tiques et pro­grammes en­vi­ron­ne­men­taux de nos pays. Notre tra­vail sera axé sur le res­pect des droits hu­mains et des droits spé­ci­fiques pour que chaque femme, chaque homme et en­fant puisse vivre en bonne santé , dans un en­vi­ron­ne­ment sain et jouir de chances égales dans la vie.

* Mama Koité Doumbia est pré­si­dente de FEMNET

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