Copenhague : ultime rappel des scientifiques avant le sommet

Par Mis en ligne le 01 décembre 2009

a com­mu­nauté scien­ti­fique des cli­ma­to­logues pu­blie avant le sommet de Co­pen­hague une ul­time mise à jour de ses conclu­sions, dont nous re­pro­dui­sons ci-dessous le ré­sumé. —Quoiqu’en disent les scep­tiques, la ten­dance au ré­chauf­fe­ment ob­servée ces der­nières an­nées est bien réelle et le recul gé­né­ra­lisé des glaces en arc­tique, dans les grands gla­ciers et sur la pé­nin­sule an­tarc­tique en ap­porte la preuve, tout comme les dé­pla­ce­ments géo­gra­phiques des bio­topes des es­pèces ani­males et les mo­di­fi­ca­tions des cycles vé­gé­taux. Les va­ria­tions cy­cliques du rayon­ne­ment so­laire, d’une in­ten­sité bien trop faible com­pa­ra­ti­ve­ment au for­çage du CO2, ne suf­fisent pas à ex­pli­quer le chan­ge­ment cli­ma­tique au­quel nous as­sis­tons. A lui seul, le ré­chauf­fe­ment est une raison ur­gente pour agir. Et quand bien même les scien­ti­fiques se se­raient trompés d’une dé­ci­male ici ou là, ou au­raient été éven­tuel­le­ment tentés de taire cer­taines in­cer­ti­tudes, sur le fond, cela ne change à notre sens rien à ce constat fon­da­mental : on sait dé­sor­mais que l’activité hu­maine, jusqu’alors in­sou­ciante aux ex­ter­na­lités, bou­le­verse les ma­cros équi­libres pla­né­taires et met en péril le sys­tème terre. La ré­duc­tion de l’empreinte, le dé­ve­lop­pe­ment d’une éco­nomie du­rable, ces­sant d’épuiser les res­sources du vi­vant, sont dé­sor­mais in­dis­pen­sables. Co­pen­hague, en ce sens, est bien plus qu’une né­go­cia­tion sur le climat. Ce sommet marque l’ouverture d’une ère nou­velle, où l’ensemble de l’humanité prend conscience de la fi­ni­tude du vais­seau qui l’abrite, et re­con­nait qu’elle a aussi le de­voir de pré­server son bien le plus précieux.

Co­pen­ha­guen Diag­nosis, 24 no­vembre 2009

Parmi les ré­centes conclu­sions sur le chan­ge­ment cli­ma­tique, les plus mar­quantes sont les suivantes :

Aug­men­ta­tion des émis­sions des gaz à effet de serre :

En 2008 les émis­sions mon­diales de di­oxyde de car­bone gé­né­rées par les com­bus­tibles fos­siles étaient en hausse de presque 40% par rap­port aux émis­sions gé­né­rées en 1990. Même si les taux d’émissions mon­diales se sta­bi­lisent aux ni­veaux ac­tuels, il y a une pro­ba­bi­lité de 25% que juste 20 ans d’émissions de plus en­traî­ne­raient un ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique su­pé­rieur à 2°C. Même avec zéro émiss­sion après 2030. Chaque année de re­tard prise dans la mise en place de me­sures adé­quates ac­croît les chances que le ré­chauf­fe­ment dé­passe 2°C.

Les ré­centes tem­pé­ra­tures mon­diales prouvent qu’il s’agit d’un ré­chauf­fe­ment d’origine humaine :

Au cours des der­nières 25 an­nées, les tem­pé­ra­tures ont aug­menté à un taux de 0,19 °C par dé­cennie, en bon ac­cord avec les pré­dic­tions ba­sées sur des aug­men­ta­tions de gaz à effet de serre. Même au cours des 10 der­nières an­nées, malgré une di­mi­nu­tion du for­çage so­laire, la ten­dance est tou­jours celle du ré­chauf­fe­ment. Des fluc­tua­tions na­tu­relles et de courtes du­rées conti­nuent à se pro­duire comme d’habitude mais il n’y a pas eu de chan­ge­ments mar­quants dans la ten­dance au ré­chauf­fe­ment sous-jacente. Ac­cé­lé­ra­tion de la fonte des nappes de glace, des gla­ciers et des ca­lottes gla­ciaires : Les me­sures ef­fec­tuées par sa­tel­lite et sur la glace prouvent ac­tuel­le­ment sans aucun doute que les nappes de glace du Groen­land et celles de l’Antarctique perdent de leur masse à une vi­tesse crois­sante. La fonte des gla­ciers et des ca­lottes gla­ciaires dans les autres par­ties du monde s’est aussi ac­cé­lérée de­puis 1990.

Ra­pide dé­clin de l’étendue de la glace de mer arctique :

La fonte d’été de la glace de mer arc­tique s’est ac­cé­lérée bien au-delà des pré­vi­sions des mo­dèles cli­ma­tiques. Cette zone de glace de mer fondue en 2007 – 2009 a été d’environ 40% plus étendue que les pré­vi­sions moyennes des mo­dèles cli­ma­tiques du 4ème rap­port d’évaluation du Groupe In­ter­gou­ver­ne­mental sur l’Évolution du Climat (GIEC Rap­port d’évaluation AR4). Sous-estimations ac­tuelles de l’élévation du ni­veau de la mer : Les sa­tel­lites montrent que l’importante élé­va­tion moyenne mon­diale du ni­veau de la mer (3,4 mm/an du­rant les 15 der­nières an­nées) est de 80% su­pé­rieure aux der­nières pré­vi­sions du GIEC. Cette élé­va­tion ac­cé­lérée du ni­veau de la mer est en ac­cord avec la double contri­bu­tion de la fonte des gla­ciers et des ca­lottes gla­cières, et de celle des nappes de glace du Groen­land et de l’Ouest Antarctique.

Ré­vi­sion des pré­vi­sions concer­nant le ni­veau de la mer :

Il se peut que dès 2100 le ni­veau de la mer dans le monde en­tier soit au moins deux fois plus élevé que les es­ti­ma­tions du 1er groupe de tra­vail, spé­ci­fiées dans le 4ème rap­port d’évaluation du GIEC, et si les émis­sions non pas été mo­di­fiées il pour­rait bien dé­passer 1 mètre. La li­mite su­pé­rieure a été es­timée comme — une élé­va­tion du ni­veau de la mer de 2 mètres dès 2100. Une fois que les tem­pé­ra­tures mon­diales se se­ront sta­bi­li­sées, le ni­veau de la mer conti­nuera à s’élever pen­dant des siècles et des élé­va­tions du ni­veau de la mer de plu­sieurs mètres sont pré­vues au cours des pro­chains siècles.

Tout re­tard dans la prise de me­sures pour lutter contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique risque d’entraîner des dé­gâts irréparables :

De nom­breux élé­ments vul­né­rables du sys­tème cli­ma­tique (tels que les nappes de glace conti­nen­tales, la forêt tro­pi­cale ama­zo­nienne, la mousson en Afrique de l’Ouest et d’autres) pour­raient brus­que­ment subir des chan­ge­ments ir­ré­ver­sibles si le ré­chauf­fe­ment conti­nuait dans un scé­nario de main­tien de statu quo pen­dant toute la durée de ce siècle. Le risque d’enfreindre des seuils cri­tiques (« points de bas­cu­le­ment ») aug­mente for­te­ment avec un chan­ge­ment cli­ma­tique continu. Par consé­quent, at­tendre des ni­veaux plus élevés de cer­ti­tude scien­ti­fique pour­rait si­gni­fier que des points de bas­cu­le­ment se­ront en­freints avant qu’ils soient reconnus.

Le point de chan­ge­ment doit ar­river vite :

Si le ré­chauf­fe­ment de la pla­nète doit être li­mité à un maximum de 2°C au dessus des va­leurs pré­in­dus­trielles, les émis­sions mon­diales doivent at­teindre leur plus haut ni­veau entre 2015 et 2020 puis dé­croître ra­pi­de­ment. Pour sta­bi­liser le climat, une so­ciété dé­car­bo­nisée mon­diale — avec pra­ti­que­ment zéro émis­sion de CO2 et d’autres gaz à effet de serre dits à longue durée de vie — doit être éta­blie bien avant la fin de ce siècle. Plus par­ti­cu­liè­re­ment, les émis­sions an­nuelles moyennes par ha­bi­tant de­vront di­mi­nuer à un ni­veau bien au-dessous d’une tonne mé­trique de CO2 vers 2050. Ce qui re­pré­sente une baisse de 80 à 95 % par rap­port aux émis­sions par ha­bi­tant des pays dé­ve­loppés en l’an 2000.

Sur le web :

The Co­pen­hagen Diag­nosis : Cli­mate Science Re­port (pdf)

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