Le retard salarial du secteur public augmente. Une situation intenable

Par Mis en ligne le 30 novembre 2009

Pour le Front commun SISP-CSN-FTQ, le rap­port 2009 rendu pu­blic ce matin par l’Institut de la sta­tis­tique du Québec (ISQ) pré­sente un ta­bleau af­fli­geant des re­tards dans la ré­mu­né­ra­tion des em­ployés des sec­teurs pu­blic et pa­ra­pu­blic et confirme la jus­tesse et le réa­lisme des re­ven­di­ca­tions por­tées par les 475 000 em­ployées et em­ployés de l’État.

L’enquête de l’ISQ dé­montre que les sa­laires versés dans la fonc­tion pu­blique et dans les ré­seaux de la santé et de l’éducation sont in­fé­rieurs de 8,7 % à ceux versés dans les autres sec­teurs de l’économie, pour des em­plois com­pa­rables. Cet écart sa­la­rial s’élargit d’année en année : l’ISQ chif­frait le re­tard du sec­teur pu­blic à 7,7 %, l’an der­nier. Le sec­teur pu­blic a donc perdu du ter­rain au cours de la der­nière année, et ce, malgré la ré­ces­sion qui a été source d’appauvrissement pour de nom­breux sa­la­riés du sec­teur privé. Par rap­port aux sa­laires versés dans les en­tre­prises syn­di­quées du sec­teur privé, le re­tard du sec­teur pu­blic s’élève à 12,4 %.

Les avan­tages so­ciaux
L’étude de l’ISQ montre éga­le­ment que les avan­tages so­ciaux consentis aux em­ployées et em­ployés de l’État sont équi­va­lents à ceux oc­troyés aux autres sa­la­riés qué­bé­cois. Au cha­pitre de la ré­mu­né­ra­tion glo­bale (lorsqu’on prend en compte les avan­tages so­ciaux et les heures de pré­sence au tra­vail en plus des sa­laires), le re­tard du sec­teur pu­blic, en 2009, se chiffre à 3,7 % par rap­port à l’ensemble des autres sa­la­riés qué­bé­cois. Là aussi l’écart s’est creusé puisqu’il s’établissait à 2,9 % en 2008.

Les pro­fes­sion­nelles et pro­fes­sion­nels, tech­ni­ciennes et tech­ni­ciens ainsi que les em­ployées et em­ployés de bu­reau du sec­teur pu­blic ac­cusent tous un re­tard sa­la­rial se chif­frant à en­viron 9 % par rap­port aux com­pa­rables dans les autres sec­teurs alors que chez les em­ployées et em­ployés de ser­vice, les sa­laires sont jugés équivalents.

Chez les ou­vriers, les sa­laires versés dans le sec­teur pu­blic ac­cusent un re­tard d’en moyenne 28,9 % par rap­port à ceux versés dans les autres sec­teurs de l’économie pour des em­plois com­pa­rables. Pour le Front commun, ce constat dé­plo­rable mi­lite pour la mise en place d’un co­mité de tra­vail pa­ri­taire sur les ef­fets de cet écart et les pro­blèmes par­ti­cu­liers à cette ca­té­gorie d’emploi, une des re­ven­di­ca­tions por­tées par les sa­la­riées et sa­la­riés de l’État.

Un re­tard sa­la­rial trou­blant
Des 76 titres d’emplois du sec­teur pu­blic étu­diés par l’ISQ, pas moins de 56 ac­cusent un re­tard sa­la­rial, soit près des trois quarts. L’étude de l’ISQ dé­montre éga­le­ment que c’est toute la struc­ture sa­la­riale de l’État qui est en re­tard puisque ni les sa­laires d’entrée ni les sa­laires maxi­mums prévus aux conven­tions col­lec­tives du sec­teur pu­blic ne sont concur­ren­tiels. Dans les ca­té­go­ries ré­mu­né­rées sur la base d’échelles sa­la­riales, les maxi­mums nor­maux dans le sec­teur pu­blic sont in­fé­rieurs à ceux des échelles des autres sa­la­riés qué­bé­cois, ce qui si­gnifie que les écarts ne pour­ront ja­mais être com­blés. Pour cer­tains titres d’emplois, le sa­laire au sommet de l’échelle dans le sec­teur pu­blic est in­fé­rieur au sa­laire d’entrée nor­ma­le­ment versé dans les autres sec­teurs de l’économie.

Par ailleurs, dans une autre sec­tion du rap­port, l’ISQ in­dique que, de 1996 à 2009, le pou­voir d’achat des sa­la­riées et sa­la­riés de l’administration qué­bé­coise, en ex­cluant l’équité sa­la­riale, s’est dé­té­rioré de 3,2 %, tandis qu’il s’appréciait de 9,2 % dans le sec­teur privé.

Des re­ven­di­ca­tions justes et réa­listes
« Les conclu­sions pré­sen­tées par l’ISQ ce matin montrent hors de tout doute que les re­ven­di­ca­tions sa­la­riales du Front commun sont plei­ne­ment jus­ti­fiées et réa­listes. Il est grand temps d’entreprendre un vi­rage et de ré­mu­nérer les tra­vailleuses et les tra­vailleurs de l’État à leur juste va­leur », a réagi la porte-parole du SISP, Ré­gine Laurent, en confé­rence de presse, jeudi.

« Les pé­nu­ries de main-d’œuvre dans le sec­teur pu­blic s’étendent main­te­nant à presque toutes les ca­té­go­ries d’emplois. Les be­soins en main-d’œuvre sont criants, mais les postes dis­po­nibles dans les ré­seaux sont de plus en plus dif­fi­ciles à com­bler. Pour as­surer l’avenir de nos ser­vices pu­blics, il faut trouver les moyens d’attirer la re­lève et de re­tenir les tra­vailleuses et tra­vailleurs plus ex­pé­ri­mentés, et cela passe en bonne partie par des sa­laires plus concur­ren­tiels », de sou­li­gner le vice-président de la CSN, Louis Roy.

« Nous sou­hai­tons que la pré­sente ronde de né­go­cia­tion se conclue dans les meilleurs dé­lais par une en­tente né­go­ciée qui per­mettra de donner un peu d’oxygène à nos ser­vices pu­blics. Consi­dé­rant l’ampleur des défis que nos ser­vices pu­blics de­vront re­lever au cours des pro­chaines an­nées, nous at­ten­dons du gou­ver­ne­ment qu’il s’assoie avec nous pour mener des né­go­cia­tions di­li­gentes et de bonne foi », a, pour sa part, rap­pelé la porte-parole de la FTQ, Lucie Levasseur.

Hausses sa­la­riales
Le Front commun re­ven­dique des hausses de sa­laires de 2 % par année afin de pro­téger le pou­voir d’achat des sa­la­riées et sa­la­riés. De plus, les syn­di­cats veulent en­tre­prendre un rat­tra­page sa­la­rial afin de rendre les sa­laires versés dans le sec­teur pu­blic plus concur­ren­tiels. À cet égard, le Front commun de­mande un rat­tra­page sa­la­rial an­nuel de 49 cents l’heure, en moyenne, ce qui équi­vaut à 1,75 % du sa­laire moyen.

Le Front commun re­groupe 475 000 per­sonnes sa­la­riées des ser­vices pu­blics. Il s’agit des fonc­tion­naires et des pro­fes­sion­nels du gou­ver­ne­ment, et de tous les tra­vailleurs et tra­vailleuses syn­di­qués des ré­seaux de la santé, de l’éducation et de cer­tains or­ga­nismes gou­ver­ne­men­taux. Le Front commun est formé du SISP (CSQ, FIQ, SFPQ, APTS et SPGQ), de la CSN (FSSS, FEESP, FNEEQ, FP) et de la FTQ (SCFP, SQEES, SEPBUES).

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