La crise économique provoque une recrudescence de la faim dans le monde, s’alarme l’ONU

La conjugaison des crises alimentaires et économiques a fait grimper le nombre de personnes affamées à des niveaux sans précédent : plus d’un milliard d’êtres humains sont sous-alimentés, d’après les estimations de la FAO. « Les dirigeants mondiaux ont réagi avec détermination à la crise économique et financière. Ils sont parvenus à débloquer des milliards de dollars en une courte période de temps. Il faut lancer immédiatement des mesures énergiques du même ordre pour combattre la faim et la pauvreté », insiste Jacques Diouf, le directeur général de la FAO.
Par Mis en ligne le 25 octobre 2009

La forte re­cru­des­cence de la faim dé­clen­chée par la ré­ces­sion éco­no­mique mon­diale ac­cable les po­pu­la­tions les plus pauvres des pays en dé­ve­lop­pe­ment, dé­voi­lant la fra­gi­lité du sys­tème ali­men­taire mon­dial qui né­ces­site une ré­forme ur­gente, selon l’Organisation des Na­tions Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Pro­gramme ali­men­taire mon­dial (PAM).

La conju­gaison des crises ali­men­taires et éco­no­miques a fait grimper le nombre de per­sonnes af­fa­mées à des ni­veaux sans pré­cé­dent : plus d’un mil­liard d’êtres hu­mains sont sous-alimentés, d’après les es­ti­ma­tions de la FAO.

La quasi-totalité de ces in­di­vidus vit dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment. En Asie et dans le Pa­ci­fique, leur nombre est es­timé à 642 mil­lions ; en Afrique sub­sa­ha­rienne, à 265 mil­lions ; en Amé­rique la­tine et aux Ca­raïbes, à 53 mil­lions ; au Proche-Orient et en Afrique du Nord, à 42 mil­lions ; et dans les pays dé­ve­loppés, à 15 mil­lions, selon le rap­port an­nuel de la FAO sur la faim, L’Etat de l’insécurité ali­men­taire dans le monde, pré­paré cette année en col­la­bo­ra­tion avec le PAM.

Ce rap­port pa­raît à l’occasion de la Journée mon­diale de l’alimentation qui sera cé­lé­brée le 16 oc­tobre 2009 au siège de la FAO, à Rome, ainsi que dans le monde entier.

Avant l’apparition des crises ré­centes, le nombre de per­sonnes sous-alimentées ac­cu­sait déjà une montée lente mais ré­gu­lière au cours de la der­nière dé­cennie, in­dique le rapport.

Des pro­grès ap­pré­ciables avaient été ac­com­plis dans les an­nées 1980 et au début des an­nées 1990 en ma­tière de ré­duc­tion de la faim chro­nique, es­sen­tiel­le­ment grâce à l’accroissement des in­ves­tis­se­ments dans l’agriculture qui avait suc­cédé à la crise ali­men­taire mon­diale du début des an­nées 1970.

Mais entre 1995 – 97 et 2004-06, à me­sure que l’aide pu­blique au dé­ve­lop­pe­ment consa­crée à l’agriculture per­dait du ter­rain, le nombre d’affamés s’est am­plifié dans toutes les ré­gions, à l’exception de l’Amérique la­tine et des Caraïbes.

Mais les pro­grès réa­lisés dans cette der­nière partie du monde ont été par la suite an­nulés sous l’effet des crises ali­men­taires et économiques.

La hausse du nombre de vic­times de la faim, à la fois du­rant les pé­riodes de prix faibles et de pros­pé­rité éco­no­mique et du­rant les pé­riodes d’envolée des prix et de ré­ces­sion éco­no­mique, montre la fai­blesse du sys­tème mon­dial de gou­ver­nance de la sé­cu­rité ali­men­taire, sou­ligne la FAO.

« Les di­ri­geants mon­diaux ont réagi avec dé­ter­mi­na­tion à la crise éco­no­mique et fi­nan­cière. Ils sont par­venus à dé­blo­quer des mil­liards de dol­lars en une courte pé­riode de temps. Il faut lancer im­mé­dia­te­ment des me­sures éner­giques du même ordre pour com­battre la faim et la pau­vreté », in­siste le di­rec­teur gé­néral de la FAO, Jacques Diouf.

« Nous dis­po­sons des moyens éco­no­miques et tech­niques pour mettre un terme à la faim, ce qui fait dé­faut c’est une vo­lonté po­li­tique plus forte pour se dé­bar­rasser de la faim à ja­mais. Il est fon­da­mental d’investir dans l’agriculture des pays en dé­ve­lop­pe­ment », ajoute M. Diouf.

« Nous nous ré­jouis­sons de ce nouvel en­ga­ge­ment en fa­veur de la sé­cu­rité ali­men­taire, mais nous de­vons agir vite. Il est in­ac­cep­table qu’en ce XXIe siècle près d’un in­di­vidu sur six de la po­pu­la­tion mon­diale soit vic­time de la faim », dé­clare de son côté la di­rec­trice exé­cu­tive du PAM, Jo­sette Sheeran. « A l’heure où le monde compte plus d’affamés que ja­mais au­pa­ra­vant, l’aide ali­men­taire a chuté a des ni­veaux his­to­ri­que­ment bas ».

L’association de di­vers fac­teurs a rendu la crise ac­tuelle par­ti­cu­liè­re­ment dé­vas­ta­trice pour les mé­nages pauvres des pays en développement.

En pre­mier lieu, la crise touche si­mul­ta­né­ment de vastes ré­gions du monde, ré­dui­sant l’envergure des mé­ca­nismes ha­bi­tuels d’adaptation, comme la dé­va­lua­tion, les em­prunts, le re­cours accru à l’aide pu­blique au dé­ve­lop­pe­ment, ou les en­vois de fonds par les migrants.

Deuxiè­me­ment, la crise éco­no­mique exa­cerbe la crise ali­men­taire qui a déjà pesé lour­de­ment sur les stra­té­gies d’adaptation des po­pu­la­tions pauvres, frap­pant les plus vul­né­rables en les em­pê­chant de se relever.

Confron­tées à la flambée des prix ali­men­taires, à la baisse des re­venus et des em­plois et ayant déjà vendu leurs ac­tifs, ré­duit leur consom­ma­tion d’aliments et leurs dé­penses de biens es­sen­tiels, tels que soins de santé et édu­ca­tion, ces fa­milles risquent de s’enliser da­van­tage dans la mi­sère et le cercle vi­cieux de la faim et de la pauvreté.

Le troi­sième fac­teur qui dif­fé­rencie cette crise de celles des an­nées pas­sées est la meilleure in­té­gra­tion, à la fois fi­nan­cière et com­mer­ciale, des pays en dé­ve­lop­pe­ment, par rap­port à il y a 20 ans, dans l’économie mon­diale, ce qui les rend plus vul­né­rables aux chan­ge­ments in­ter­ve­nant sur les mar­chés internationaux.

De nom­breux pays ont ac­cusé une chute de leurs échanges com­mer­ciaux et de leurs flux fi­nan­ciers dans tous les do­maines, et as­sisté au recul de leurs re­cettes d’exportation, de leurs in­ves­tis­se­ments étran­gers, de l’aide au dé­ve­lop­pe­ment et des en­vois de fonds. Au­tant de fac­teurs qui non seule­ment re­streignent les pos­si­bi­lités d’emploi, mais éga­le­ment les fonds dis­po­nibles pour les gou­ver­ne­ments en fa­veur de pro­grammes de pro­mo­tion de la crois­sance et d’aide aux per­sonnes vulnérables.

Les 17 éco­no­mies prin­ci­pales d’Amérique la­tine, par exemple, ont reçu 184 mil­liards de dol­lars de flux fi­nan­ciers en 2007. Ces ca­pi­taux ont été qua­si­ment di­visés par deux en 2008 (89 mil­liards) et de­vraient être à nou­veau ré­duits de moitié et chuter à 43 mil­liards en 2009, dé­plore le rap­port. Cela si­gnifie que la consom­ma­tion doit être ré­duite, et pour cer­tains pays à faible re­venu et à dé­ficit vi­vrier, l’ajustement de la consom­ma­tion pour­rait se tra­duire par une ré­duc­tion dras­tique des im­por­ta­tions vi­vrières et autres biens d’importation, tels que ma­té­riel sa­ni­taire et pro­duits pharmaceutiques.

Le rap­port com­porte des études de cas com­pi­lées par le PAM dans cinq pays — Ar­ménie, Ban­gla­desh, Ghana, Ni­ca­ragua et Zambie — illus­trant la si­tua­tion cri­tique des mé­nages face à la baisse des en­vois de fonds de l’étranger et autres im­pacts de la ré­ces­sion, et les me­sures adop­tées par les gou­ver­ne­ments en ré­ponse à la crise — in­ves­tis­se­ments dans l’agriculture et les in­fra­struc­tures et mise en place de fi­lets de sécurité.

Ces in­ter­ven­tions per­met­tront de sauver des vies hu­maines et des fa­milles, in­dique le rap­port, mais compte tenu de la gra­vité de la crise, il reste en­core beau­coup à accomplir.

La FAO et le PAM conti­nuent à pré­co­niser une ap­proche de so­lu­tion du­rable sur deux fronts pour af­fronter à la fois la crise aiguë de la faim à court terme, at­tisée par les pé­nu­ries ali­men­taires et la faim chro­nique à plus long terme, symp­tôme de pau­vreté extrême.

« Les pe­tits agri­cul­teurs ont be­soin d’un accès aux se­mences de qua­lité, aux en­grais, au four­rage et aux tech­no­lo­gies pour leur per­mettre de doper la pro­duc­ti­vité et la pro­duc­tion », sou­ligne M. Diouf. « Et leurs gou­ver­ne­ments né­ces­sitent des ou­tils éco­no­miques et po­li­tiques pour ac­croître la pro­duc­ti­vité et la ré­si­lience de leur sec­teur agri­cole face aux crises. »



Pu­bli­ca­tion ori­gi­nale ONU
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