La Bolivie d’Evo : démocratique, indianiste et socialiste ?

Une double caractéristique confère à l’entreprise de transformation sociale par la voie démocratique en cours en Bolivie une portée symbolique et refondatrice hors du commun : sa volonté d’en finir avec le « colonialisme interne » par le biais d’un « gouvernement des mouvements sociaux ». A l’usage toutefois, la tentative se révèle ardue, en proie tant à des menaces extérieures qu’à ses propres faiblesses.
Par Mis en ligne le 27 septembre 2009

Dans une Amé­rique la­tine ayant ma­jo­ri­tai­re­ment viré à gauche de­puis le tour­nant du mil­lé­naire, c’est pro­ba­ble­ment dans la Bo­livie d’Evo Mo­rales qu’est en­gagé le pro­cessus de trans­for­ma­tion so­ciale le plus am­bi­tieux du conti­nent. A l’instar d’Hugo Chavez au Ve­ne­zuela ou de Ra­fael Correa en Equa­teur, et à la dif­fé­rence de Lula au Brésil, le nou­veau pré­sident n’a de cesse d’affirmer sa vo­lonté de « rup­ture » avec les an­nées néo­li­bé­rales et manie un dis­cours de la confron­ta­tion – contre ses ad­ver­saires in­ternes, contre les puis­sances « impérialistes ».

Mais l’expérience bo­li­vienne a sur­tout deux ca­rac­té­ris­tiques qui lui donnent une charge sym­bo­lique et une portée « re­fon­da­trice » qu’on ne re­trouve pas ailleurs : d’une part, pre­mier pré­sident in­di­gène de Bo­livie, Evo Mo­rales ne s’en prend pas seule­ment aux in­jus­tices so­cioé­co­no­miques ou au néo­co­lo­nia­lisme des mul­ti­na­tio­nales étran­gères, il pré­tend aussi en finir avec le « co­lo­nia­lisme in­terne » de l’Etat bo­li­vien et l’exclusion struc­tu­relle, de­puis l’indépendance, de la ma­jo­rité in­dienne du pays ; d’autre part, cette re­fon­da­tion n’est pas en­vi­sagée comme la mis­sion d’un homme ou d’un groupe d’élus, mais comme la res­pon­sa­bi­lité d’un « gou­ver­ne­ment des mou­ve­ments so­ciaux » qui confère une di­men­sion par­ti­ci­pa­tive in­édite, bien que non dé­nuée d’ambiguïtés, à sa ges­tion des af­faires publiques.

Les pre­mières ini­tia­tives du pré­sident Mo­rales dès son ar­rivée au pou­voir en jan­vier 2006 confirment sa vo­lonté de rup­ture avec la po­li­tique « tra­di­tion­nelle » : ré­duc­tion du sa­laire pré­si­den­tiel et de celui des hauts fonc­tion­naires, aug­men­ta­tion du sa­laire mi­nimum, « na­tio­na­li­sa­tion » des hy­dro­car­bures, lan­ce­ment d’une ré­forme agraire, mise en place d’une As­sem­blée consti­tuante. A la grande sa­tis­fac­tion de ses ad­mi­ra­teurs au sein de la gauche in­ter­na­tio­na­liste, le nou­veau gou­ver­ne­ment n’a ap­pa­rem­ment pas peur de bous­culer les in­té­rêts éco­no­miques et po­li­tiques lo­caux et in­ter­na­tio­naux pour se donner les moyens d’accomplir ses deux prin­ci­pales pro­messes – la « ré­ap­pro­pria­tion » des res­sources na­tu­relles et la « re­fon­da­tion » de la nation.

Cette dy­na­mique de chan­ge­ment pro­met­teuse ne tarde ce­pen­dant pas à se gripper. Dès la se­conde moitié de l’année 2006, les dis­cus­sions au­tour des règles de fonc­tion­ne­ment de l’Assemblée consti­tuante s’enlisent, le dé­mar­rage des tra­vaux est re­poussé pen­dant plus de sept mois. Les dif­fi­cultés du nou­veau gou­ver­ne­ment ne font que commencer…

La na­ture cha­hutée du scé­nario bo­li­vien, suc­ces­sion in­in­ter­rompue de bras de fer po­li­tiques entre le gou­ver­ne­ment et l’opposition dé­gé­né­rant ré­gu­liè­re­ment en af­fron­te­ments vio­lents, offre d’abord une illus­tra­tion sai­sis­sante de la ca­pa­cité de nui­sance d’une oli­gar­chie conser­va­trice po­li­ti­que­ment di­mi­nuée, mais dé­ter­minée à abuser de ses res­sources ins­ti­tu­tion­nelles et mé­dia­tiques pour en­rayer un pro­cessus po­li­tique qu’elle juge contraire à ses intérêts.

Elle té­moigne aussi de la com­plexité d’une en­tre­prise de trans­for­ma­tion so­ciale par la voie dé­mo­cra­tique dans un pays où les écarts so­ciaux, abys­saux, re­coupent des dis­cri­mi­na­tions eth­niques plu­ri­sé­cu­laires. Une com­plexité face à la­quelle la dy­na­mique in­terne du Mou­ve­ments vers le so­cia­lisme (MAS) d’Evo Mo­rales – coa­li­tion de mou­ve­ments so­ciaux et po­li­tiques hé­té­ro­gènes – constitue à la fois une force et une faiblesse.

Pays « en guerre »

L’accession d’Evo Mo­rales à la pré­si­dence bo­li­vienne est d’abord le dé­bouché po­li­tique d’un cycle de mo­bi­li­sa­tions so­ciales en­tamé au mi­lieu des an­nées 1990. Des mo­bi­li­sa­tions plus larges, plus pro­fondes, plus phy­si­que­ment en­ga­gées aussi – d’où le terme de « guerre » de la coca, de l’eau, puis du gaz – que celles qui se­couent les autres pays latino-américains à la même époque, hormis peut-être dans l’Argentine des an­nées 2001 – 2002. Ce cycle fait lui-même suite à une longue pé­riode de dé­clin du syn­di­ca­lisme ou­vrier (mi­nier en par­ti­cu­lier) et paysan qui, pen­dant plus de trente ans, a marqué la vie so­ciale et po­li­tique bo­li­vienne de son em­preinte – en ap­puyant tout d’abord le ré­gime na­tio­na­liste ré­vo­lu­tion­naire issu de la Ré­vo­lu­tion de 1952 [1] , en condui­sant en­suite le mou­ve­ment dé­mo­cra­tique contre les dic­ta­tures mi­li­taires (1964 – 1982) –, avant d’être af­faibli et mar­gi­na­lisé sous les coups de la contre-révolution néolibérale.

Dix ans après le re­flux des mou­ve­ments so­ciaux clas­siques, de nou­veaux ac­teurs col­lec­tifs émergent donc, qui ré­vèlent l’existence d’un long pro­cessus de re­com­po­si­tion mi­li­tante dans un contexte marqué par les mu­ta­tions éco­no­miques, les mi­gra­tions in­té­rieures et l’ethnicisation de la vie po­li­tique bo­li­vienne. « L’accent était mis sur les luttes des classes, ou­vrières et pay­sannes, il s’est dé­placé vers des luttes de sec­teurs très va­riés, liées entre elles par des dis­cours po­li­tiques et cultu­rels, ras­sem­blées dans un mou­ve­ment na­tional, po­pu­laire et iden­ti­taire » (Le Bot, 2009). La re­ven­di­ca­tion du contrôle po­pu­laire des res­sources na­tu­relles, au croi­se­ment d’enjeux à la fois so­ciaux, iden­ti­taires et na­tio­na­listes, est le fil conduc­teur des vagues de mo­bi­li­sa­tion qui se­couent la Bolivie.

La re­nais­sance de la contes­ta­tion so­ciale a pour ber­ceau la ré­gion du Cha­paré, dans le Tro­pique de Co­cha­bamba, où des flots de mi­grants – pay­sans an­dins fuyant la sé­che­resse de l’Al­ti­plano et ou­vriers li­cen­ciés suite aux fer­me­tures des mines de Po­tosí et Oruro – sont venus grossir les rangs des culti­va­teurs tra­di­tion­nels de coca au long des an­nées 1980. C’est dans ce creuset aty­pique qu’un nou­veau type de syn­di­ca­lisme fait son ap­pa­ri­tion, qui com­bine les tra­di­tions or­ga­ni­sa­tion­nelles des po­pu­la­tions pay­sannes et le savoir-faire mi­li­tant des an­ciens mi­neurs. Un syn­di­ca­lisme qui se ren­force dans la ré­sis­tance aux po­li­tiques d’éradication de plus en plus ré­pres­sives me­nées sous l’orientation (et avec la par­ti­ci­pa­tion di­recte) de la Drug En­for­ce­ment Ad­mi­nis­tra­tion (DEA) états-unienne.

L’ampleur et le dy­na­misme du syn­di­ca­lisme co­ca­lero, les longues marches à tra­vers la Bo­livie et une cer­taine « hé­roï­sa­tion » de leurs confron­ta­tions avec les forces po­li­cières et mi­li­taires leur donnent pro­gres­si­ve­ment un poids dé­cisif au sein du mou­ve­ment paysan na­tional – la CSUTCB (la Confé­dé­ra­tion syn­di­cale unique des tra­vailleurs pay­sans de Bolivie) – et font bientôt de la feuille de coca le sym­bole fé­dé­ra­teur de la ré­sis­tance na­tio­nale à une élite néo­li­bé­rale au ser­vice des in­té­rêts impérialistes.

Deuxième temps fort de ce cycle de mo­bi­li­sa­tions, la « guerre de l’eau » de Co­cha­bamba, en 2000, est gravée dans la mé­moire des mi­li­tants bo­li­viens comme la pre­mière vic­toire po­pu­laire contre les forces po­li­tiques et éco­no­miques néo­li­bé­rales. Elle met aux prises une mul­ti­na­tio­nale de l’eau, « Agua del Tu­nari », dé­tenue à 55% par une fi­liale de la com­pa­gnie amé­ri­caine Bechtel et sou­tenue par un gou­ver­ne­ment qui lui-même obéit aux pré­ceptes de la Banque mon­diale en ma­tière de ges­tion de l’eau, et une po­pu­la­tion ré­voltée par la hausse des prix en­traînée par la pri­va­ti­sa­tion et dé­cidée à blo­quer la ville pour faire res­pecter ses droits.

Au-delà de la vic­toire des in­surgés et de l’expulsion d’Agua del Tu­nari, c’est l’efficacité du dis­po­sitif or­ga­ni­sa­tionnel adopté à Co­cha­bamba qui va mar­quer le champ mi­li­tant bo­li­vien et ins­pirer bien des conver­gences par la suite. « L’alliance entre les pay­sans, les co­mités de re­gantes, les ou­vriers et les pro­fes­sions in­ter­mé­diaires, tous re­pré­sentés dans la Co­or­di­na­dora del Agua y de la Vida, a (…) gé­néré à la fois une forte im­plan­ta­tion dans la po­pu­la­tion et une unité d’action fa­vo­risée par des pra­tiques com­mu­nau­taires » (Pou­peau, 2008).

La « guerre de l’eau » a un effet dés­in­hi­bant. Les nom­breux groupes so­ciaux qui s’estiment vic­times de dis­cri­mi­na­tions socio-économiques, cultu­relles et po­li­tiques laissent peu à peu ex­ploser leur mé­con­ten­te­ment. Les an­nées 2000 et 2001 sont ryth­mées par les vagues de sou­lè­ve­ments in­di­gènes de l’Altiplano. Le gou­ver­ne­ment est ré­gu­liè­re­ment obligé d’envoyer l’armée pour briser les bar­rages rou­tiers tenus par les troupes du chef ay­mara Fe­lipe Quispe. Di­vers sec­teurs so­cio­pro­fes­sion­nels se ra­di­ca­lisent à leur tour, à l’instar des pro­fes­seurs et des po­li­ciers, et lorsqu’en 2003 le gou­ver­ne­ment an­nonce sa vo­lonté de confier à un groupe privé l’exportation du gaz na­turel na­tional via le Chili, la ré­volte po­pu­laire prend une en­ver­gure nationale.

La vente de gaz au ra­bais via l’ennemi chi­lien an­ces­tral est vécue par la ma­jo­rité pauvre de la po­pu­la­tion comme un nouvel épi­sode dans une his­toire de spo­lia­tion des res­sources na­tu­relles qui n’a que trop duré. La cri­tique, pré­cé­dem­ment sec­to­rielle ou lo­ca­lisée, monte en gé­né­ra­lité : des sec­teurs so­ciaux dis­pa­rates s’allient sous la ban­nière de la « ré­ap­pro­pria­tion des res­sources na­tu­relles », ré­ac­ti­vant le vieux fond national-populaire la­tent au sein de l’imaginaire col­lectif bolivien.

Les pay­sans de l’Al­ti­plano d’abord, puis les co­mités de quar­tiers de la ville d’El Alto [2] , les co­ca­leros et les mi­neurs enfin joignent leurs forces pour blo­quer les routes qui mènent à la ca­pi­tale et pa­ra­lyser le pays. La ré­pres­sion, meur­trière et dis­pro­por­tionnée, qui s’abat sur les ma­ni­fes­tants, loin de per­mettre au gou­ver­ne­ment de re­prendre le contrôle de la si­tua­tion, fait dé­fi­ni­ti­ve­ment bas­culer le rap­port de force en fa­veur des ma­ni­fes­tants. Le 17 oc­tobre 2003, le pré­sident Gon­zalo San­chez de Lo­zada fuit la ca­pi­tale en hélicoptère.

Le pré­sident déchu est rem­placé par son vice-président, Carlos Mesa, qui ac­cepte de donner suite à « l’agenda d’octobre » : la na­tio­na­li­sa­tion des res­sources na­tu­relles et la convo­ca­tion d’une As­sem­blée consti­tuante. Un ré­fé­rendum sur le gaz est or­ga­nisé en juillet 2004, qui voit la po­pu­la­tion opter pour la ré­cu­pé­ra­tion de la pro­priété des hy­dro­car­bures par l’Etat bo­li­vien. Mais les ré­ti­cences du gou­ver­ne­ment à pro­mul­guer une loi sur les hy­dro­car­bures, déjà votée par le par­le­ment, qui pré­voit un par­tage « 50/50 » des bé­né­fices et une re­né­go­cia­tion des contrats avec les mul­ti­na­tio­nales, lui aliènent le sou­tien du MAS et des di­ri­geants so­ciaux et re­plongent le pays dans la crise. Les pré­pa­ra­tifs d’une deuxième guerre du gaz au­ront fi­na­le­ment raison du gou­ver­ne­ment Mesa le 6 juin 2005. La voie est libre pour le MAS d’Evo Morales…

MAS : « ins­tru­ment po­li­tique » entre na­tio­na­lisme et indianisme

Dans la foulée du re­non­ce­ment de Carlos Mesa, le MAS fait un tabac aux élec­tions de dé­cembre 2005 : Evo Mo­rales rafle 53,7% des votes pour la pré­si­den­tielle et sa for­ma­tion rem­porte la ma­jo­rité ab­solue à la Chambre des dé­putés et ob­tient cinq dé­par­te­ments sur neuf. Le parti d’Evo a ha­bi­le­ment réussi à ca­pi­ta­liser l’effervescence so­ciale des mois et des an­nées pré­cé­dentes. En agis­sant à la fois au ni­veau ins­ti­tu­tionnel – Evo Mo­rales est élu au par­le­ment en 1997 où il dé­fend ar­dem­ment la cause des co­ca­leros, au point de se faire des­ti­tuer en 2002 – et au ni­veau so­cial – le MAS est dans la rue et par­ti­cipe aux mobilisations.

Deux ca­rac­té­ris­tiques im­por­tantes de ce parti aty­pique mé­ritent d’être exa­mi­nées, en ce qu’elles per­mettent à la fois d’expliquer son succès élec­toral et de com­prendre les dif­fi­cultés et les ti­raille­ments aux­quels il fait face dans l’exercice de ses res­pon­sa­bi­lités gou­ver­ne­men­tales. Tout d’abord, le nom com­plet du parti d’Evo Mo­rales est « MAS – IPSP », pour « Mou­ve­ment vers le so­cia­lisme – Ins­tru­ment po­li­tique de sou­ve­rai­neté des peuples ». Or dans cette com­bi­naison, « IPSP » a sans doute da­van­tage d’importance que « MAS », car le parti est avant tout consi­déré comme un « ins­tru­ment po­li­tique » – « leur » ins­tru­ment po­li­tique – par des mou­ve­ments so­ciaux, les syn­di­cats pay­sans en l’occurrence, qui dé­si­rent être « di­rec­te­ment » pré­sents au sein des es­paces de prise de dé­ci­sion po­li­tique. Le MAS-IPSP est donc le pro­lon­ge­ment po­li­tique d’un mou­ve­ment paysan qui en­tend garder un contrôle di­rect sur ses élus.

Ce refus de la lo­gique stricte de la re­pré­sen­ta­tion, de la sé­pa­ra­tion entre le so­cial d’un côté et le politico-institutionnel de l’autre, re­flète la pro­fonde dé­fiance en­vers le sys­tème po­li­tique qui ha­bite le mou­ve­ment paysan et les classes po­pu­laires bo­li­viennes plus gé­né­ra­le­ment. Il s’explique par la conco­mi­tance entre les pro­cessus de li­bé­ra­li­sa­tion éco­no­mique et po­li­tique – les condi­tions so­ciales de larges sec­teurs de la po­pu­la­tion n’ont cessé de se dé­grader de­puis le re­tour de la dé­mo­cratie, ali­men­tant l’impression te­nace que le jeu dé­mo­cra­tique n’est qu’un décor en trompe-l’œil, que le sys­tème po­li­tique fonc­tionne au seul profit d’une mi­no­rité liée à la classe des po­li­ti­ciens. En Bo­livie, cette im­pres­sion né­ga­tive est ac­cen­tuée par l’existence d’une de­mo­cracia pac­tada, d’une « dé­mo­cratie pactée » qui voit les prin­ci­paux partis mul­ti­plier les ac­cords par­le­men­taires pour se par­tager le pouvoir.

D’où l’insistance d’Evo Mo­rales à pré­senter le MAS comme un parti « an­ti­sys­tème », qui ne sau­rait ren­trer dans le jeu des né­go­cia­tions entre « partis tra­di­tion­nels » du fait du lien « or­ga­nique » qu’il main­tient avec le mou­ve­ment po­pu­laire. Cette dif­fé­rence de « na­ture » re­ven­di­quée par le MAS vis-à-vis des autres or­ga­ni­sa­tions par­ti­sanes, l’oblige à ar­ti­culer en per­ma­nence dy­na­mique par­le­men­taire et extra-parlementaire, à « tou­jours se si­tuer dans l’entre-deux d’espaces dif­fé­ren­ciés » (Casen, 2006). Un exer­cice dé­licat et lourd de contra­dic­tions à l’heure de dé­cider pour l’ensemble de la so­ciété bo­li­vienne, comme nous le ver­rons plus loin.

Fonc­tion­nant d’abord comme une plate-forme de mou­ve­ments so­ciaux, l’« ins­tru­ment po­li­tique » n’a pas un profil idéo­lo­gique clai­re­ment ar­rêté. En dépit de ce que laisse en­tendre la pre­mière partie de son sigle – « Mou­ve­ment vers le so­cia­lisme » –, il ne pour­suit pas tant un ob­jectif an­ti­ca­pi­ta­liste, bien qu’il soit clai­re­ment situé à gauche, qu’un agenda na­tio­na­liste « eth­ni­cisé ». En cela, le mou­ve­ment po­li­tique im­pulsé par le MAS ré­cu­père l’argumentaire du na­tio­na­lisme ré­vo­lu­tion­naire de 1952, tout en le re­vi­si­tant pour le faire cor­res­pondre aux co­or­don­nées de la so­ciété bo­li­vienne du début du 21e siècle.

Comme le sou­lignent jus­te­ment Hervé Do Alto et Pablo Ste­fa­noni, « si l’idée na­tio­nale fut éla­borée par la classe moyenne ur­baine (qui l’envisageait comme le sup­port du ‘mé­tis­sage’), puis brandie par les cadres du mou­ve­ment ou­vrier lors des luttes pour le ré­ta­blis­se­ment de la dé­mo­cratie dans les an­nées 1970 et 1980, il s’agit dé­sor­mais de re­penser cette même idée à partir de la vi­sion d’une Bo­livie plé­béienne ‘ unie dans la di­ver­sité’ contre un ad­ver­saire : l’impérialisme » (2008). Il s’agit donc d’une part de ré­af­firmer la sou­ve­rai­neté de l’Etat sur le ter­ri­toire na­tional, d’autre part de « dé­co­lo­niser » cet Etat pour qu’il re­flète plus fi­dè­le­ment la réa­lité plu­rieth­nique de la po­pu­la­tion bolivienne.

Cet ac­cent sur la « dé­co­lo­ni­sa­tion » du pou­voir ins­crit clai­re­ment le MAS-IPSP dans la fi­lia­tion du ka­ta­risme [3] . Mais l’indianisme dont se ré­clament Evo et les siens, à la fois ou­vert et na­tio­na­liste, a tiré les le­çons des dé­rives qui ont marqué les cou­rants « néo­ka­ta­ristes » qui l’ont pré­cédé. Dé­rive in­té­griste, d’une part, post­mo­derne de l’autre. La pre­mière est iden­ti­fiée à la fi­gure de Fe­lipe Quispe, leader ay­mara pro­fes­sant un in­dia­nisme sans conces­sion, dont l’objectif ul­time est la dé­fense de la culture et du mode de pensée ay­mara, contre les in­fluences oc­ci­den­tales, et la re­cons­ti­tu­tion du ter­ri­toire ay­mara ori­ginel, le « Col­la­suyo ». Le « Mallku » [4] n’y va pas par quatre che­mins : « nous vou­lons notre dra­peau, nos sym­boles, notre pré­sident, notre sys­tème d’éducation, notre armée, notre po­lice, notre jus­tice » (Li­bé­ra­tion, 14 juillet 2005).

Le parti em­mené par Fe­lipe Quispe, le MIP (Mou­ve­ment in­dien pa­cha­kuti), qui jouit d’un vé­ri­table an­crage au sein de nom­breuses com­mu­nautés pay­sannes de l’Al­ti­plano, a ob­tenu jusqu’à 6% des voix à l’échelle na­tio­nale en 2002, avant de re­tomber à 3% lors des élec­tions de 2005 qui consacrent l’hégémonie du MAS au sein de la po­pu­la­tion in­di­gène et pay­sanne. Un MAS qui cultive une in­dia­nité plus ou­verte, une in­dia­nité « de ré­fé­rence » comme le note Yvon Le Bot, « moins dé­finie par le mo­no­lin­guisme, le ter­ri­toire et l’appartenance com­mu­nau­taire, une in­dia­nité fluc­tuante mais ce­pen­dant très pré­gnante », dans la­quelle peuvent se re­con­naître « les Ay­maras, les Que­chuas, comme les membres des groupes eth­niques des basses terres [5] , les pay­sans, les co­lons, les mi­neurs, les ci­ta­dins des couches po­pu­laires et par­fois des couches moyennes, qu’ils parlent ou non une langue in­dienne » (Le Bot, 2009).

Une in­dia­nité plus ou­verte donc, mais qui ne se confond pas avec l’indianité « post­mo­derne » promue dans les an­nées 1990 par le pre­mier gou­ver­ne­ment San­chez de Lo­zada. Ce der­nier s’était allié avec le di­ri­geant d’un des prin­ci­paux cou­rants ka­ta­ristes, Victor Hugo Car­denas, qui de­viendra pour l’occasion le pre­mier vice-président in­di­gène de Bo­livie, en vue de conju­guer mo­der­ni­sa­tion éco­no­mique et pro­mo­tion du mul­ti­cul­tu­ra­lisme. Deux pro­jets – ou­ver­ture sur la mon­dia­li­sa­tion et va­lo­ri­sa­tion de la di­ver­sité – dont la com­pa­ti­bi­lité ré­si­dait sur­tout dans l’idée de dé­pas­se­ment de l’Etat-nation.

Ses ré­formes (ins­crip­tion du ca­rac­tère mul­tieth­nique et plu­ri­cul­turel de la na­tion, loi de dé­cen­tra­li­sa­tion et de par­ti­ci­pa­tion po­pu­laire, re­con­nais­sance de droits ter­ri­to­riaux), si elles ont constitué une pre­mière re­mise en ques­tion des struc­tures as­si­mi­la­tion­nistes de l’Etat bo­li­vien, étaient ce­pen­dant trop bu­reau­cra­tiques et trop en phase avec le projet néo­li­béral pour em­porter l’adhésion du mou­ve­ment in­di­gène et paysan. « Les in­diens d’aujourd’hui sont (…) des in­diens na­tio­na­listes, et non les in­diens ‘post­mo­dernes’ plei­ne­ment in­té­grés à la so­ciété néo­li­bé­rale dont rê­vaient les élites po­li­tiques des an­nées 1990 » (Do Alto et Ste­fa­noni, 2008).

Défis d’une trans­for­ma­tion so­ciale « en actes »

Dès son ar­rivée au Pa­lacio Que­mado, le gou­ver­ne­ment fraî­che­ment élu du MAS s’est em­pressé d’engager les chan­tiers de « l’agenda d’octobre » au nom du­quel une large partie de la po­pu­la­tion bo­li­vienne l’a porté au pou­voir – la ré­ap­pro­pria­tion na­tio­nale des res­sources na­tu­relles et la mise en place d’une As­sem­blée consti­tuante. Les pre­miers mois sont mar­qués par des succès po­li­tiques in­dé­niables – Loi sur les terres, re­na­tio­na­li­sa­tion du gaz, mise en place de pro­grammes d’aide pour les plus dé­munis (plan d’alphabétisation, al­lo­ca­tion Juan­cito Pinto [6] , for­ma­tion de mé­de­cins bo­li­viens à l’étranger, etc.) (Pou­peau, 2008). Mais cette pre­mière im­pres­sion po­si­tive va ra­pi­de­ment être re­la­ti­visée par une série de blo­cages et de ten­sions qui ré­vèlent d’une part l’ampleur des défis que re­cèle cette ex­pé­rience de trans­for­ma­tion de struc­tures so­ciales in­égales et dé­pen­dantes, contre la vi­sion vo­lon­ta­riste du chan­ge­ment so­cial, de l’autre les li­mites et les contra­dic­tions de l’organisation po­li­tique pi­lo­tant cette trans­for­ma­tion – le MAS – dans la ges­tion de ces défis.

Vers un nou­veau mo­dèle socio-économique ?

Pre­mière consta­ta­tion qui s’impose à l’observateur – du moins à l’observateur qui prend un mi­nimum de recul par rap­port aux nar­ra­tions, pas­sion­nées et po­la­ri­sées, des ac­teurs en pré­sence : la portée concrète de cer­taines trans­for­ma­tions est sou­vent net­te­ment en deçà de la com­mu­ni­ca­tion de « rup­ture » et de « ré­vo­lu­tion » pri­vi­lé­giée par le gou­ver­ne­ment. Cet écart est par­ti­cu­liè­re­ment vi­sible dans le do­maine économique.

La « na­tio­na­li­sa­tion » des hy­dro­car­bures en est un exemple frap­pant. De fait la dé­mons­tra­tion de force lors de la si­gna­ture du dé­cret de na­tio­na­li­sa­tion le 1er mai 2006 – sur un champ pé­tro­lier ap­par­te­nant à Pe­tro­bras, avec dé­ploie­ment de forces mi­li­taires à la clé – est en sé­rieux dé­ca­lage avec l’esprit de com­promis qui a fi­na­le­ment pré­sidé à la re­né­go­cia­tion des contrats avec les mul­ti­na­tio­nales dans les mois qui ont suivi [7] . Ce qui n’enlève évi­dem­ment rien à la per­ti­nence po­li­tique et so­ciale de la me­sure, quand on sait que la Bo­livie, pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, pro­po­sait les contrats les plus avan­ta­geux du monde aux mul­ti­na­tio­nales ga­zières et pétrolifères…

Comme le si­gnale Georges Gray Mo­lina (2007), si le bilan de la na­tio­na­li­sa­tion des hy­dro­car­bures est po­sitif à court terme, en ce qu’elle a permis à l’Etat de tri­pler ses marges de ma­nœuvre bud­gé­taires en deux ans à peine [8] , le vé­ri­table enjeu éco­no­mique pour la Bo­livie ré­side dans le dé­pas­se­ment d’une stra­tégie de dé­ve­lop­pe­ment basée sur l’exportation d’un petit nombre de res­sources na­tu­relles et donc hau­te­ment dé­pen­dante de l’évolution du prix de ces quelques pro­duits sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux. [9] Evo­lu­tion im­pré­vi­sible, comme l’ont montré les em­bar­dées du marché des ma­tières pre­mières ces trois der­nières an­nées. Pour in­flé­chir cette tra­jec­toire his­to­rique d’inscription « dé­pen­dante » au sein du marché in­ter­na­tional, la Bo­livie doit donc im­pé­ra­ti­ve­ment di­ver­si­fier sa base éco­no­mique. Une pré­oc­cu­pa­tion au cœur de l’idée de ca­pi­ta­lisme « andin-amazonien » dé­ve­loppée par le vice-président bo­li­vien, Álvaro García Linera.

L’enjeu du ca­pi­ta­lisme « andin-amazonien » est de faire co­exister et d’articuler entre eux des sec­teurs éco­no­miques gé­né­ra­le­ment jugés in­com­pa­tibles. Le rôle de chef d’orchestre de cette nou­velle confi­gu­ra­tion éco­no­mique re­vient à l’Etat. Ce qu’expliquait le vice-président un mois avant de prendre les com­mandes du pays (en dé­cembre 2005) : « il s’agit de construire un État fort, qui puisse ar­ti­culer de ma­nière équi­li­brée les trois plates-formes ‘économico-productives’ qui co­existent en Bo­livie : la com­mu­nau­taire, la fa­mi­liale et la ‘moderne-industrielle’. Il s’agit de trans­férer une partie de l’excédent des hy­dro­car­bures na­tio­na­lisés pour en­cou­rager la mise en place de formes d’auto-organisation, d’autogestion et de dé­ve­lop­pe­ment com­mer­cial pro­pre­ment an­dines et ama­zo­niennes » (García Li­nera, 2005).

Ce ca­pi­ta­lisme d’Etat d’un genre nou­veau connaît un début d’application dans la po­li­tique d’investissement pro­ductif menée par le gou­ver­ne­ment de­puis 2006. Une po­li­tique dont les ré­sul­tats sont dé­fendus par le même Álvaro García Li­nera après deux ans et demi de gou­ver­ne­ment : « grâce à l’investissement pu­blic, le gaz est in­dus­tria­lisé (usine de LPG à Campo Grande, usine sé­pa­ra­trice de gaz dans le Chaco, usine ther­mo­élec­trique dans le Cha­pare), des ac­ti­vités mé­tal­lur­giques liées aux mines sont re­lan­cées (Hua­nuni, Vinto, Coro Coro, etc.), les pe­tits pro­duc­teurs dé­pen­dants du marché in­terne sont sou­tenus via l’Entreprise pu­blique d’appui à la pro­duc­tion agri­cole (EMAPA) et des usines sont créées en vue d’approvisionner le marché na­tional en pa­pier, carton, etc. » (García Li­nera, 2008).

Une ten­dance « in­dus­tria­li­sante » semble ce­pen­dant s’imposer au sein du mi­nis­tère de l’économie, au grand dam des par­ti­sans de la pro­mo­tion de modes d’organisation éco­no­miques « po­pu­laires », « in­di­gènes » ou « com­mu­nau­taires ». Elle as­si­mile la mo­der­ni­sa­tion de l’économie bo­li­vienne au dé­ve­lop­pe­ment d’une grande in­dus­trie contrôlée par l’Etat, dans la tra­di­tion « nationale — développementaliste ».

Pour les prin­ci­paux dé­ci­deurs en ma­tière de po­li­tique éco­no­mique, l’objectif nu­méro un est donc la mise en place d’unités de trans­for­ma­tion des ma­tières pre­mières que la Bo­livie ex­porte tra­di­tion­nel­le­ment sous une forme brute. D’où les gros in­ves­tis­se­ments dans l’industrialisation du gaz ou des mines, ainsi que les im­menses am­bi­tions af­fi­chées par le gou­ver­ne­ment dans l’exploitation du li­thium, ce métal es­sen­tiel dans la fa­bri­ca­tion des bat­te­ries de voi­tures élec­triques de de­main, dont la Bo­livie dé­tien­drai plus de la moitié des ré­serves mon­diales. [10]

Outre les ten­sions entre ten­dances « in­dus­tria­li­santes » et « com­mu­nau­taires », le ta­bleau est obs­curci par un cer­tain nombre de fai­blesses en ma­tière de ges­tion, qui jettent un doute sur les ca­pa­cités du gou­ver­ne­ment « ma­siste » à gérer la tran­si­tion éco­no­mique dans la co­hé­rence et la durée. En cause, d’une part le manque cruel de cadres qua­li­fiés dans les rangs du MAS, de l’autre l’absence de ligne po­li­tique claire de la part d’un gou­ver­ne­ment ex­ces­si­ve­ment sen­sible aux pres­sions contra­dic­toires des dif­fé­rents groupes d’intérêts qui le sou­tiennent. Des pres­sions qui ex­pliquent la ten­dance, ré­cur­rente au sein du gou­ver­ne­ment, d’envisager l’investissement pu­blic comme un mode de re­dis­tri­bu­tion de la rente ga­zière da­van­tage que comme l’impulsion d’un plan ra­tionnel et co­or­donné de di­ver­si­fi­ca­tion du tissu économique.

Sur un autre plan, force est de constater que la rup­ture avec les pra­tiques de l’ère néo­li­bé­rale ne va pas né­ces­sai­re­ment de soi au sein des en­tre­prises fraî­che­ment re­na­tio­na­li­sées. Dans son étude du pro­cessus de dé­pri­va­ti­sa­tion du ser­vice de dis­tri­bu­tion d’eau à La Paz et El Alto (l’entreprise Aguas del Illi­mani, ap­par­te­nant au groupe Suez, a été rem­placée par l’Empresa Pú­blica y So­cial de Agua y Sa­nea­miento), Franck Pou­peau a constaté com­bien la dé­pen­dance de la nou­velle en­tre­prise pu­blique vis-à-vis des fi­nan­ce­ments de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale l’amenait à re­pro­duire des formes de par­ti­ci­pa­tion com­mu­nau­taire de type Banque mon­diale dans l’équipement des zones in­sol­vables, qui contri­buent à ren­forcer la dua­li­sa­tion du sys­tème de dis­tri­bu­tion : « à côté du ré­seau his­to­ri­que­ment ins­tallé dans les quar­tiers les plus pros­pères, les po­pu­la­tions in­sol­vables des sec­teurs pé­ri­ur­bains bé­né­fi­cient d’un sys­tème adapté à leurs moyens » (Pou­peau, 2008).

Heurts et mal­heurs du pro­cessus constituant

La tenue d’une As­sem­blée consti­tuante vi­sait à concré­tiser la « ré­vo­lu­tion dé­mo­cra­tique et cultu­relle » pro­mise par Evo Mo­rales, à « dé­co­lo­niser » l’Etat bo­li­vien afin de rendre leur lé­gi­ti­mité et toute leur place aux peuples « in­di­gènes, ori­gi­naires et pay­sans ». Et de fait, la « Nou­velle Consti­tu­tion Po­li­tique de l’Etat » dont a ac­couché le pro­cessus consti­tuant en dé­cembre 2007 à Oruro (elle a été adoptée par ré­fé­rendum en jan­vier 2009) contient des avan­cées his­to­riques, en ma­tière de re­con­nais­sance de la na­ture plu­ri­na­tio­nale de l’Etat [11] , de droits so­ciaux et éco­no­miques ou d’interdiction de toute pri­va­ti­sa­tion des res­sources naturelles.

Mais ces dis­po­si­tions fa­vo­rables à la ma­jo­rité in­di­gène et po­pu­laire voient leur lé­gi­ti­mité sé­rieu­se­ment en­tamée par le fait que le texte ne re­pose pas sur un consensus na­tional digne de ce nom, une mi­no­rité im­por­tante de Bo­li­viens ayant l’impression de se l’être vu im­posée de force par le camp d’en face. Bien qu’Evo ap­pe­lait de ses vœux une « une As­sem­blée consti­tuante pour unir les Bo­li­viens, une As­sem­blée consti­tuante où l’on res­pecte la di­ver­sité », le pro­cessus consti­tuant a da­van­tage pris la forme d’une ba­taille rangée, d’une lutte sans merci, ma­jo­rité contre op­po­si­tion, que celle d’une ins­tance de dé­li­bé­ra­tion per­met­tant « d’unir mieux en­core les Bo­li­viens » (Mo­rales, 2006).

La tour­nure bel­li­queuse prise par les évé­ne­ments est d’abord à mettre sur le compte des élites pos­sé­dantes des dé­par­te­ments de la « Demi-Lune » (la partie orien­tale du pays qui concentre l’essentiel des ré­serves d’hydrocarbures et les grands do­maines), dé­ci­dées à tout mettre en œuvre pour faire bar­rage à un projet po­li­tique qui les au­rait obli­gées à par­tager les ri­chesses du sol et du sous-sol avec les po­pu­la­tions des Andes, comme d’ailleurs avec les groupes in­diens au­toch­tones ou les pe­tits co­lons d’origine an­dine qui peuplent les basses terres (Le Bot, 2009). Battue à l’échelle na­tio­nale, c’est en appui à la re­ven­di­ca­tion d’autonomie de cette élite orien­tale, in­carnée par les pré­fets et les « co­mités ci­viques » de Santa Cruz et des autres dé­par­te­ments orien­taux [12] que l’opposition po­li­tique s’est réorganisée.

Forts d’une mi­no­rité de blo­cage au sein de l’Assemblée consti­tuante, où le texte doit être adopté à la ma­jo­rité des deux tiers, les re­pré­sen­tants des partis conser­va­teurs vont su­bor­donner l’évolution du pro­cessus consti­tuant à l’application des sta­tuts d’autonomie. Ces der­niers doivent leur per­mettre d’échapper aux me­sures gou­ver­ne­men­tales qu’ils jugent contraires à leurs in­té­rêts, telles que la dé­ci­sion d’augmenter l’impôt sur les re­venus que les dé­par­te­ments tirent de l’extraction des hy­dro­car­bures en vue de fi­nancer une pen­sion vieillesse uni­ver­selle (la Renta Di­gnidad), la « Loi sur la ré­par­ti­tion des terres » vi­sant à re­dis­tri­buer les grandes pro­priétés non pro­duc­tives ou en­core la re­con­nais­sance de ter­ri­toires « in­di­gènes, ori­gi­naires, pay­sans » au­to­nomes au sein des dé­par­te­ments dis­po­sant d’un droit prio­ri­taire sur leurs res­sources naturelles.

Face à l’intransigeance du gou­ver­ne­ment (la « dic­ta­ture du gou­ver­ne­ment cen­tral »), la « mi­no­rité ac­tive » conser­va­trice opte pour la stra­tégie de la ten­sion et dé­ploie une of­fen­sive tous azi­muts : ma­ni­fes­ta­tions monstres à Santa Cruz (lar­ge­ment fi­nan­cées par les élites éco­no­miques de la ré­gion), boy­cott des tra­vaux de l’Assemblée par les par­le­men­taires de l’opposition, blo­cage des bâ­ti­ments où siègent les consti­tuants pour em­pê­cher les dé­li­bé­ra­tions, tenue de ré­fé­ren­dums sur les au­to­no­mies dé­par­te­men­tales non re­connus par la Cour élec­to­rale na­tio­nale, mise à sac des bâ­ti­ments gou­ver­ne­men­taux par des groupes de choc proches des co­mités ci­viques… et pas­sage à tabac des sup­por­ters sup­posés – « au fa­ciès » – du MAS, dans une at­mo­sphère chargée de re­lents ra­cistes anti-indiens.

La main­mise de l’opposition sur les prin­ci­paux mé­dias du pays a consi­dé­ra­ble­ment am­plifié la ca­pa­cité de nui­sance des élites orien­tales, en sur­di­men­sion­nant le mé­con­ten­te­ment po­pu­laire contre La Paz [13] , en dia­bo­li­sant cha­cune des ini­tia­tives d’un pré­sident ac­cusé de dé­rives « au­to­ri­taires » et en mon­tant en épingle toute ru­meur sur des fraudes sup­po­sées lors des ré­fé­ren­dums ré­vo­ca­toire (août 2008) et consti­tu­tionnel (jan­vier 2009) lar­ge­ment fa­vo­rables au MAS à l’échelle nationale.

Face à la stra­tégie d’opposition à ou­trance des au­to­rités dé­par­te­men­tales de la « Demi-Lune », le gou­ver­ne­ment du MAS va man­quer de co­hé­rence et mul­ti­plier les er­reurs stra­té­giques qui vont l’empêcher de briser le « match nul ca­tas­tro­phique » (em­pate ca­tas­tro­fico, une ex­pres­sion du vice-président García Li­nera) qui pa­ra­lyse le sys­tème po­li­tique bo­li­vien de­puis plu­sieurs an­nées. Son man­que­ment prin­cipal a cer­tai­ne­ment consisté à mé­con­naître la lettre et l’esprit d’une série de dis­po­si­tions consti­tu­tion­nelles et de prin­cipes dé­mo­cra­tiques élé­men­taires, au nom de la lé­gi­ti­mité his­to­rique de son projet, afin d’imposer ses points de vue à la mi­no­rité ré­frac­taire – en ap­prou­vant en quelques heures la quasi-totalité des plus de 400 ar­ticles de la nou­velles Consti­tu­tion sans per­mettre aux re­pré­sen­tants de l’opposition de s’exprimer ou en en­cou­ra­geant les « dé­bor­de­ments spon­tanés » de ses propres troupes syndicales.

Le re­cours à des formes ex­tra­lé­gales de pres­sion et d’intimidation de l’adversaire en vue de mo­di­fier le rap­port de force en sa fa­veur a non seule­ment sapé les bases de l’autorité gou­ver­ne­men­tale, mais a éga­le­ment dis­cré­dité le projet de dé­mo­cra­ti­sa­tion de la so­ciété porté par ce même gou­ver­ne­ment au­près d’une large frange de l’opinion pu­blique. En dé­fi­ni­tive, ce sont les ins­ti­tu­tions dé­mo­cra­tiques bo­li­viennes elles-mêmes, pa­ra­ly­sées ou ins­tru­men­ta­li­sées par l’un ou l’autre des camps en pré­sence, qui sont les vé­ri­tables per­dantes de cette dy­na­mique d’affrontements in­con­trôlée (Thede et de la Fuente, 2008).

A un autre ni­veau, le gou­ver­ne­ment a fait preuve de bien peu de sens stra­té­gique dans sa ges­tion des vel­léités au­to­no­mistes cru­ceñas. En effet, au lieu de concéder au mou­ve­ment ré­gio­na­liste des sta­tuts d’autonomie qui au­raient ré­pondu à cer­taines de leurs as­pi­ra­tions tout en pré­ser­vant le cœur du projet du MAS [14] , ce qui au­rait pu di­viser et/ou af­fai­blir un camp conser­va­teur plus hé­té­ro­gène qu’on ne le croit, Evo et son en­tou­rage se sont en­têtés à pré­senter les ini­tia­tives des cou­rants au­to­no­mistes comme des conspi­ra­tions sé­ces­sion­nistes our­dies par des oli­gar­chies ne re­pré­sen­tant qu’elles-mêmes.

Or le sen­ti­ment ré­gio­na­liste oriental est plus qu’un sé­pa­ra­tisme des riches, il re­pose sur une mé­moire par­tagée d’une réa­lité his­to­rique in­dis­cu­table : le faible in­térêt de l’Etat cen­tral pour le dé­ve­lop­pe­ment des dé­par­te­ments orien­taux (Do Alto, 2009). En condam­nant en bloc cette vo­lonté au­to­no­miste, le gou­ver­ne­ment a pa­ra­doxa­le­ment ren­forcé la lé­gi­ti­mité des élites qui l’incarnent aux yeux de la po­pu­la­tion des dé­par­te­ments orientaux.

Entre mou­ve­men­tisme, clien­té­lisme et centralisme

A la dif­fé­rence d’autres partis de gauche ou de centre-gauche au pou­voir en Amé­rique la­tine, le MAS ne s’est pas éman­cipé de sa base lorsqu’il est ar­rivé aux af­faires. Le mou­ve­ment paysan et in­di­gène a continué à peser sur les prin­ci­pales dé­ci­sions de « son » ins­tru­ment po­li­tique, dans le cadre de consul­ta­tions ré­gu­lières des ins­tances du MAS, comme à tra­vers les mo­bi­li­sa­tions. La dé­ter­mi­na­tion dont a fait preuve le gou­ver­ne­ment bo­li­vien à l’heure d’affronter l’immense pres­sion dé­ployée par les op­po­si­tions in­ternes et ex­ternes sur des dos­siers tels que la na­tio­na­li­sa­tion des hy­dro­car­bures ou la ré­par­ti­tion des terres est sans conteste le ré­sultat de cette re­la­tion or­ga­nique qui le lie au mou­ve­ment po­pu­laire. Mais cette ca­pa­cité d’influence des mou­ve­ments so­ciaux sur les faits et gestes de l’exécutif charrie aussi son lot d’effets pervers.

Pour bien com­prendre la na­ture am­biguë du type de re­la­tion qui pré­do­mine aujourd’hui entre le MAS au pou­voir et les or­ga­ni­sa­tions so­ciales, il est né­ces­saire de rompre avec une cer­taine image idéa­lisée de ces der­nières. Comme Pablo Ste­fa­noni le dé­montre bien dans cette li­vraison d’Al­ter­na­tives Sud. [15], si dans la pé­riode de conver­gence des luttes contre les gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux de Gon­zalo Sán­chez de Lo­zasa et de Carlos Mesa, « un en­semble d’organisations syn­di­cales, in­di­gènes et de quar­tiers se sont ar­ti­cu­lées (…) au­tour d’objectifs com­muns à fort contenu uni­ver­sa­liste », et ont par­tiel­le­ment perdu leur ca­rac­tère cor­po­ra­tiste, « il est cou­rant d’observer, une fois passé le climax des mo­bi­li­sa­tions, de forts re­plis cor­po­ra­tifs, une sorte de re­tour ‘à la nor­male’ » de ces or­ga­ni­sa­tions re­pré­sen­ta­tives d’intérêts lo­caux ou sec­to­riels. On passe du « Le gaz est de tous les Bo­li­viens » au « Où est notre part ? ».

Le sen­ti­ment de (co-)propriété des sec­teurs so­ciaux à l’égard du MAS se double d’un sen­ti­ment de (co-)propriété, de type pré­ben­dier, à l’égard de l’appareil d’Etat aujourd’hui do­miné par le parti. D’où la ten­dance, chez de nom­breux mi­li­tants à consi­dérer le MAS comme une nou­velle « agence d’emploi » de­vant per­mettre de dé­cro­cher un poste au sein de l’administration pu­blique. L’augmentation des re­venus tirés des hy­dro­car­bures a ra­di­ca­lisé la com­pé­ti­tion entre or­ga­ni­sa­tions plus ou moins liées au MAS au­tour des res­sources pu­bliques. Le cri­tère re­dis­tri­butif étant lar­ge­ment dé­ter­miné par la ca­pa­cité de pres­sion sur le gou­ver­ne­ment, on as­siste à une sur­en­chère mo­bi­li­sa­trice entre or­ga­ni­sa­tions qui amène cer­taines d’entre elles à en re­venir aux ma­ni­fes­ta­tions et aux bar­rages de rue pour voir leurs de­mandes par­ti­cu­lières satisfaites.

Com­ment gérer le bien pu­blic dans le sens de l’intérêt gé­néral face à la mo­bi­li­sa­tion per­ma­nente et po­ten­tiel­le­ment dé­sta­bi­li­sante d’intérêts cor­po­ra­tistes ou lo­caux ? Qui plus est quand ces in­té­rêts s’expriment au sein même du parti te­nant les rênes du gou­ver­ne­ment ? Reconnaissons-le, le MAS n’a pas ré­sisté à la so­lu­tion clien­té­liste, qui permet de sa­tis­faire – pour un temps – l’appétit des groupes d’intérêt mo­bi­lisés et de ga­rantir (d’acheter ?) leur adhé­sion. Mais la suc­ces­sion de si­tua­tions de quasi-ingouvernabilité a éga­le­ment dé­cidé Evo Mo­rales à li­miter le pé­ri­mètre d’influence des mou­ve­ments so­ciaux au sein de son gou­ver­ne­ment. Une cen­tra­li­sa­tion des dé­ci­sions sans doute né­ces­saire pour ga­gner en co­hé­rence et en prévisibilité.

Il n’en reste pas moins que le double mou­ve­ment de per­son­na­li­sa­tion du pou­voir (el evismo) et d’affaiblissement des ins­ti­tu­tions pu­bliques bo­li­viennes ren­force le profil po­pu­liste du ré­gime et hy­po­thèque le pro­cessus de dé­mo­cra­ti­sa­tion du sys­tème po­li­tique bo­li­vien qu’il pré­tend in­carner. Est-ce à dire que toute ex­pé­rience de ré­for­misme socio-économique ra­dical soit in­com­pa­tible avec l’approfondissement de la dé­mo­cratie en Amé­rique la­tine ? Peut-être, mais en Bo­livie comme ailleurs, la dé­gra­da­tion des condi­tions d’exercice du pou­voir dé­mo­cra­tique a au­tant, si pas da­van­tage, à voir avec la gué­rilla ins­ti­tu­tion­nelle et mé­dia­tique menée par des classes pos­sé­dantes mi­no­ri­sées po­li­ti­que­ment, qu’avec les li­mites des gou­ver­ne­ments man­datés par les ma­jo­rités pour s’attaquer aux in­éga­lités his­to­riques des so­ciétés latinos.

Bi­blio­gra­phie

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Notes

[1] La Ré­vo­lu­tion na­tio­nale de 1952, pre­mière ir­rup­tion des classes po­pu­laires sur la scène po­li­tique bo­li­vienne, a ac­couché de trois ré­formes qui ont mis un terme au règne sans par­tage des oli­gar­chies : la ré­forme agraire, la na­tio­na­li­sa­tion des mines et le suf­frage universel.

[2] Im­mense ville-banlieue de l’altiplano qui sur­plombe la ca­pi­tale La Paz.

[3] . Le ka­ta­risme, en ré­fé­rence au leader in­dien Tupak Ka­tari, chef de la der­nière grande ré­bel­lion an­ti­co­lo­niale à la fin du 18e siècle, est un cou­rant syn­dical iden­ti­taire qui émerge dans les an­nées 1970 en ré­ac­tion aux po­li­tiques as­si­mi­la­tion­nistes de la Ré­pu­blique. Pour les ka­ta­ristes, la ma­jo­rité de la so­ciété pay­sanne souffre non seule­ment d’une op­pres­sion de classe, jus­te­ment dé­noncée par les mou­ve­ments ou­vriers et pay­sans de gauche, mais aussi d’une op­pres­sion eth­nique. Le ka­ta­risme de­viendra hé­gé­mo­nique au sein du syn­di­ca­lisme paysan avant de dé­cliner au début des an­nées 1980, pa­ral­lè­le­ment au syn­di­ca­lisme ou­vrier au­quel il a lié son destin.

[4] Nom d’une au­to­rité tra­di­tion­nelle dans les com­mu­nautés aymaras.

[5] La po­pu­la­tion in­di­gène de la partie orien­tale du pays (les « basses terres ») est com­posée d’une tren­taine de groupes eth­niques de faible di­men­sion dé­mo­gra­phique. A la dif­fé­rence des eth­nies ay­mara et que­chua des Andes, elles sont en mi­no­rité sur leur propre ter­ri­toire. A noter que cette po­pu­la­tion a connu un pro­cessus de mo­bi­li­sa­tion dis­tinct des in­diens des Andes – ces der­niers se sont or­ga­nisés à tra­vers le syn­di­ca­lisme paysan dès les an­nées 1950 (le ka­ta­risme) tandis que celle-là a « émergé » dans les an­nées 1980 grâce à des sou­tiens « ex­ternes » (ONG in­ter­na­tio­nales, sec­teurs ec­clé­sias­tiques, etc.). Les deux mou­ve­ments ont opéré un rap­pro­che­ment en 1990 en dépit de leurs di­ver­gences sur une série de thèmes, à com­mencer par celui de la dé­cen­tra­li­sa­tion, perçu comme une me­nace par le syn­di­ca­lisme andin, mais comme une op­por­tu­nité pour les pe­tites eth­nies des basses terres.

[6] Al­lo­ca­tion de 20 euros par en­fant scolarisé.

[7] Un es­prit de com­promis qui ré­sulte d’une part des pres­sions exer­cées par les pays « amis » (Brésil et Ar­gen­tine) d’où sont ori­gi­naires cer­taines des mul­ti­na­tio­nales, d’autre part de la conscience, dans le chef des né­go­cia­teurs bo­li­viens, de la dé­pen­dance vis-à-vis de l’investissement et du savoir-faire étran­gers pour l’exploration et l’exploitation de nou­veaux champs.

[8] Les re­venus de l’Etat sont passés de près de 600 mil­lions de dol­lars en 2005 à un peu plus de 1 mil­liard 900 mil­lions de dol­lars en 2007. Une bonne partie de cette aug­men­ta­tion est ce­pen­dant due au ren­ché­ris­se­ment du gaz et du pé­trole sur le marché international.

[9] En 2006, les hy­dro­car­bures re­pré­sen­taient 49% des ex­por­ta­tions et les mines 19%.

[10] Pour Evo Mo­rales, le li­thium devra être in­dus­tria­lisé sur le sol bo­li­vien et son ex­ploi­ta­tion sera stric­te­ment contrôlée par l’Etat bo­li­vien, avec pour ob­jectif de fa­bri­quer les bat­te­ries, voire les voi­tures élec­triques elles-mêmes, en Bo­livie. C’est dans cette pers­pec­tive que le gou­ver­ne­ment a in­vesti 6 mil­lions de dol­lars dans une usine pi­lote à Rio Grande, sur les bords du dé­sert salé d’Uyuni, bien qu’il soit conscient que le dé­ve­lop­pe­ment du projet dé­pend des in­ves­tis­se­ments et de la tech­no­logie des grands groupes étran­gers (Perrin, 2009).

[11] Re­con­nais­sance des langues in­di­gènes, re­con­nais­sance des droits des na­tions et peuples in­di­gènes à l’exercice de leur propre sys­tème po­li­tique, ju­ri­dique et éco­no­mique, éta­blis­se­ment de Ter­ri­toires in­di­gènes ori­gi­naires pay­sans dotés de com­pé­tences en termes de dé­fi­ni­tion de forme propre de dé­ve­lop­pe­ment, d’administration de la jus­tice in­di­gène, de ges­tion des res­sources na­tu­relles, etc.

[12] Les dé­par­te­ments orien­taux sont ceux de Santa Cruz, Beni, Pando et Ta­rija. En­semble ils re­pré­sentent 36% de la po­pu­la­tion bo­li­vienne pour 45% du PIB. No­tons que les grandes villes des dé­par­te­ments de Co­cha­bamba et de Chu­qui­saca pré­sentent elles aussi des ten­dances pro-autonomie.

[13] Or les ré­sul­tats du ré­fé­rendum ré­vo­ca­toire d’août 2008 montrent que la po­pu­la­rité d’Evo Mo­rales, in­dis­cu­table à l’échelle na­tio­nale (67,4% des votes !), est aussi re­la­ti­ve­ment forte dans les dé­par­te­ments de l’Orient ma­jo­ri­tai­re­ment fa­vo­rables aux sta­tuts d’autonomie et op­posés à la nou­velle Consti­tu­tion (il ob­tient 52,5% dans le Pando, 49,8% à Ta­rija, 43,7% dans le Beni et 40,7% à Santa Cruz).

[14] D’autant que plu­sieurs exa­mens mi­nu­tieux des quatre sta­tuts d’autonomie dé­par­te­men­taux (qui dif­fèrent for­te­ment en termes de com­pé­tences ré­cla­mées, soit dit au pas­sage) en viennent à la conclu­sion qu’ils pour­raient pour l’essentiel être rendus com­pa­tibles avec le projet de nou­velle Consti­tu­tion (Thede et de la Fuente, 2008).

[15] Lire plus loin l’article « ‘In­dia­ni­sa­tion’ du na­tio­na­lisme ou re­fon­da­tion per­ma­nente de la Bolivie »

Cet ar­ticle a été pu­blié dans La Bo­livie d’Evo. Dé­mo­cra­tique, in­dia­niste et socialiste ?

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