Conjoncture

L’endettement exagéré des entreprises mène à la catastrophe

La crise n’est pas finie pour certaines entreprises qui croulent sous les dettes. Pourquoi ces entreprises sont-elles dans cette situation ? Parce qu’elles ont été les victimes de fonds d’investissement rapaces : les fonds de Private Equity. Ces géants de la finance, qui ont drainé des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars à seule fin spéculative, sont bien connus pour leurs « LBO » ou « Leverage Buy Out ».
Par Mis en ligne le 05 septembre 2009

Le modus ope­randi de ces LBO consiste au ra­chat d’entreprises de taille im­por­tante avec un fort re­cours à l’emprunt, dont le rem­bour­se­ment est sup­porté par l’entreprise elle-même. Les ré­sul­tats sont une ten­dance de plus en plus forte, pour ces en­tre­prises, de dé­laisser les stra­té­gies d’investissement de long terme au profit des ren­de­ments de court terme.

Les at­tentes de ren­de­ment crois­sant, tri­mestre après tri­mestre, dé­cou­ragent les en­tre­prises à pour­suivre des in­ves­tis­se­ments de plus long terme (R-D, for­ma­tion de la main-d’œuvre, re­la­tions par­te­na­riales avec les em­ployés ou les four­nis­seurs) et conduisent cer­tains di­ri­geants d’entreprises à ré­duire ces dé­penses, à com­primer toutes les dé­penses, afin d’améliorer leurs bi­lans fi­nan­ciers, ou dit au­tre­ment, afin d’extraire le maximum de va­leurs de court terme. Les tra­vailleurs sont sys­té­ma­ti­que­ment les per­dants de ces pra­tiques spé­cu­la­tives : pertes d’emplois, ré­duc­tion des avan­tages so­ciaux, aug­men­ta­tion des heures de travail.

Selon le site syn­dical de sur­veillance des LBO, The IUF’s Pri­vate Equity Buyout Watch, la dette des en­tre­prises qui font par­ties du por­te­feuille de ces fonds d’investissement est de­venu un enjeu ma­jeur dans le contexte de crise ac­tuelle. La moitié des 293 en­tre­prises iden­ti­fiées dans la liste des « wea­kest links » du Stan­dard & Poor’s pro­viennent de ces por­te­feuilles; par ailleurs, les fonds de pri­vate equity étaient im­pli­qués dans 78 des 140 grandes faillites d’entreprises aux Etats-Unis. Selon cette or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale, si l’on tient compte du fait que la va­leur des « obli­ga­tions de pa­co­tille » liées aux LBO (avec échéance pour 2014) est éva­luée à 1 000 mil­liards $US, mais que par ailleurs, en raison de la crise de li­qui­dités, ces fonds connaissent de sé­rieuses dif­fi­cultés à se re­fi­nancer, le sort des en­tre­prises dé­te­nues par ces der­niers ne laisse rien pré­sager de bon.

Dans un ar­ticle du journal Le Monde, on donne des exemples d’impacts né­ga­tifs de ces fonds en France. Par exemple celle de SGD dont la si­tua­tion est jugée « ca­tas­tro­phique avec des mil­liers d’emplois me­nacés ». Selon les syn­di­cats, la prin­ci­pale source des pro­blèmes de Des­jon­quère est liée à son LBO. De­puis cette opé­ra­tion, menée en 2007, la so­ciété paie chaque année 40 mil­lions d’euros en in­té­rêts sur sa dette.

Selon les spé­cia­listes consultés, le phé­no­mène risque de s’aggraver dans les an­nées à venir, en raison de la crise. Une étude du Boston Consul­ting Group confirme les in­quié­tudes du mou­ve­ment syn­dical : « près de 50 % des so­ciétés sous LBO pour­raient faire dé­faut au cours des trois pro­chaines an­nées. Quant aux fonds, 20 % à 40 % des plus gros ac­teurs du LBO pour­raient dis­pa­raître ».

Les LBO sont peut-être des ou­tils de fi­nan­ce­ment qui ont leur uti­lité. Là n’est pas la ques­tion. Le pro­blème sur­vient lorsque des spé­cu­la­teurs sans foi ni loi réus­sissent à ca­na­liser des masses gi­gan­tesques de ca­pi­taux pour tirer le maximum de ren­de­ment dans le court terme. Alors là, les tran­sac­tions se mul­ti­plient à un rythme ef­fréné, les prix des so­ciétés s’envolent, jusqu’à ce que la bulle éclate et que les im­pacts so­ciaux né­ga­tifs se ré­per­cutent sur les tra­vailleurs. Or, la ma­jo­rité des ca­pi­taux dis­po­nibles qui s’engouffrent dans ces fonds pro­viennent des caisses de re­traite ou de l’épargne-retraite des tra­vailleurs. La so­lu­tion passe en partie par le contrôle de la gou­ver­nance du « ca­pital des travailleurs ».

En pas­sant, le pro­chain dos­sier de la Revue vie éco­no­mique por­tera sur le thème : Le ca­pital au ser­vice du tra­vail et du dé­ve­lop­pe­ment.

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