Ana­ly­sant à la fin des an­nées 1970 la théorie du néo­li­bé­ra­lisme et son em­prise gran­dis­sante sur les so­ciétés eu­ro­péennes, Mi­chel Fou­cault avait sou­ligné de façon très pré­mo­ni­toire que la social-démocratie n’avait pas de po­li­tique au­to­nome et qu’elle ne par­ve­nait donc pas à se dis­tin­guer de ses ad­ver­saires[1]. Tels qu’ils sont pré­sentés par Phi­lippe Mar­lière dans son der­nier livre, La Social-démocratie do­mes­ti­quée, l’ag­gior­na­mento tra­vailliste et la dé­cennie d’exercice du pou­voir par Tony Blair et ses gou­ver­ne­ments (1997 – 2007) offrent une bonne illus­tra­tion de cette thèse. À cette nuance près que le dé­faut d’autonomie po­li­tique dans le cas bri­tan­nique était dé­li­béré, par­fai­te­ment as­sumé par le di­ri­geant du New La­bour dont l’adhésion au néo­li­bé­ra­lisme, les ca­pa­cités de com­mu­ni­ca­tion et l’art de cen­tra­liser et concen­trer le pou­voir lui ont valu, face à un parti conser­va­teur en pleine dé­con­fi­ture, une série de beaux succès élec­to­raux. Quoique Tony Blair soit main­te­nant (déjà) re­légué aux ou­bliettes de l’Histoire (malgré ses nou­velles fonc­tions pu­bliques et pri­vées fort lu­cra­tives), son ac­tion passée à la tête de son parti et de l’État, ainsi que ses mé­thodes de « gou­ver­nance » semblent en­core ins­pirer nombre d’élites po­li­tiques de droite ou de gauche. Pré­oc­cupé par le sort du parti so­cia­liste fran­çais, Phi­lippe Mar­lière lance un aver­tis­se­ment à ses di­ri­geants en met­tant au jour les faux-semblants du néo­tra­vaillisme et de la « Troi­sième voie ».

Malgré les ap­pa­rences, la « Troi­sième voie » ne se vou­lait pas tant le point mé­dian entre so­cia­lisme et néo­li­bé­ra­lisme qu’une for­mule ha­bile et sug­ges­tive mas­quant la « that­ché­ri­sa­tion du parti tra­vailliste », comme avait pu le dire l’une des grandes fi­gures de la gauche du La­bour, Tony Benn, cité par l’auteur. Elle a été, on le sait, théo­risée par An­thony Gid­dens. Cet uni­ver­si­taire bri­tan­nique très proche de Blair s’appuyait sur l’idée d’un af­fai­blis­se­ment sinon d’une dis­pa­ri­tion des tra­di­tions pour af­firmer que le monde contem­po­rain se­rait ca­rac­té­risé par une nou­velle « ré­flexi­vité so­ciale ». Les tra­di­tions se­raient de­ve­nues l’objet de dis­cus­sions et d’appréciations cri­tiques, les ac­tions et les re­la­tions hu­maines se­raient lais­sées au libre-arbitre et à l’autonomie des in­di­vidus, la di­vi­sion so­ciale du tra­vail et la pour­suite de l’égalité so­ciale au­raient cédé la place à la dé­fense des « styles de vie ». Le po­li­tique ne se­rait plus vrai­ment un champ de luttes entre in­di­vidus et struc­tures par­ti­sanes car les nou­veaux en­jeux so­ciaux lui échap­pe­raient pour l’essentiel. Aussi la mo­der­nité supposerait-elle que soit in­venté un projet po­li­tique « ra­dical » re­po­sant sur une « dé­mo­cratie dia­lo­gique », voire une « dé­mo­cratie des émo­tions » — c’est-à-dire une es­pace pu­blic de dis­cus­sions et d’échanges où chaque in­di­vidu, comp­tant sur la « so­li­da­rité » et la « confiance » de ses in­ter­lo­cu­teurs, pour­rait ex­primer ses opinions.

Comme le note Phi­lippe Mar­lière, cette pensée non dé­pourvue d’accents hu­ma­nistes s’adresse avant tout à la frac­tion des classes su­pé­rieures suf­fi­sam­ment pri­vi­lé­giée pour consi­dérer le sa­laire mi­nimum, les al­lo­ca­tions so­ciales ou la gra­tuité des ser­vices de santé et d’éducation comme au­tant de « contin­gences vul­gaires », et pour s’imaginer que de nou­velles « po­li­tiques de la per­sonne » pour­raient tendre vers l’établissement du « droit uni­versel au bon­heur ». Ce­pen­dant, adroi­te­ment re­for­mulée par la rhé­to­rique po­li­tique, la mise en scène sa­vante d’une so­ciété in­di­vi­dua­liste, consen­suelle et dé­po­li­tisée a contribué à em­brouiller les es­prits, à faire passer pour ob­so­lètes les dis­tinc­tions entre droite et gauche, pour mi­ra­cu­leuses les per­for­mances éco­no­miques les plus fra­giles et pour dé­mo­cra­tiques et « par­ti­ci­pa­tives » les pra­tiques po­li­tiques au­to­ri­taires et répressives.

Droite et gauche n’avaient plus au­cune raison de s’opposer à partir du mo­ment où les élites po­li­tiques étaient par­ve­nues à un diag­nostic commun. À partir du début des an­nées 1980, elles se sont pro­gres­si­ve­ment ral­liées à l’idée que des forces éco­no­miques im­per­son­nelles au­raient contraint l’État à se « mo­der­niser » et à ré­orienter son ac­tion. Dé­bordé « par le haut », dé­pourvu de marges de ma­nœuvre du fait de la mon­dia­li­sa­tion, l’État au­rait été, pour cette même raison, im­puis­sant face à la ré­sur­gence des in­éga­lités so­ciales. Aussi ne lui restait-il plus qu’à gérer la « contrainte ex­té­rieure » ou, pour em­prunter la for­mule de Lionel Jospin rap­pelée par l’auteur vers la fin de son ou­vrage, ad­mettre que le temps de « l’économie ad­mi­nis­trée était ter­miné ». Au pas­sage, cela sem­blait jus­ti­fier, comme dans le cas du blai­risme (no­tam­ment), le re­grou­pe­ment en « une sorte d’union sa­crée d’individus et d’institutions venus de droite et gauche ».

Bien sûr, cette re­pré­sen­ta­tion du monde ne s’est pas im­posée d’elle-même, abs­trai­te­ment. Trois évé­ne­ments dé­ci­sifs y ont contribué : la grève des contrô­leurs aé­riens d’août 1981 aux États-Unis, le tour­nant de la ri­gueur en France (1981 – 1982) et, en Grande-Bretagne, la grève des mi­neurs bri­tan­niques (1984 – 1985) — un fait ca­pital in­suf­fi­sam­ment mis en va­leur par Phi­lippe Mar­lière. Ces évé­ne­ments ont permis de cris­tal­liser le consensus sur l’ « épui­se­ment » du com­promis so­cial key­né­sien et sur la « né­ces­saire » et ri­gou­reuse su­bor­di­na­tion des po­li­tiques so­ciales aux im­pé­ra­tifs de « com­pé­ti­ti­vité ». Pour sa part, Mar­garet That­cher ne dou­tait pas de l’effet dis­suasif que pro­vo­que­rait une dé­faite des mi­neurs. Elle s’était pré­parée de longue date à l’éventualité de ce conflit dont l’issue dé­sas­treuse pour les mi­neurs a si­mul­ta­né­ment « fermé la vie des gens[2] », af­faibli le mou­ve­ment so­cial dans son en­semble, ac­cé­léré la flexi­bi­li­sa­tion de la main-d’œuvre et la pré­ca­ri­sa­tion de la po­pu­la­tion, et donné l’exemple au reste de l’Europe. Vécue par l’aile droite du La­bour comme « une “année perdue” dans le pro­cessus de “mo­der­ni­sa­tion” du parti[3] », cette grève lui a pour­tant lar­ge­ment pro­fité. Elle a permis de sceller le rap­port de forces en sa fa­veur. A for­tiori, elle a levé les obs­tacles aux ré­formes in­ternes au parti, des ré­formes qui le vi­de­raient en dix ans de sa com­po­sante de gauche et pré­pa­re­raient le ter­rain au futur « mo­der­ni­sa­teur de choc », Tony Blair.

La « mo­der­ni­sa­tion » du La­bour a servi de la­bo­ra­toire à celle de la so­ciété bri­tan­nique. Sous la di­rec­tion de Tony Blair, elle a été, dans un pre­mier temps, conduite avec succès. Les mé­thodes qui l’ont guidée ont été du même ordre que celles choi­sies pour mener à bien la « gou­ver­nance » de la Cité : une rhé­to­rique de la « nou­veauté » qui se vou­lait « in­clu­sive » au point de rendre illé­gi­time l’idée même du conflit[4] ; le flirt avec les grosses for­tunes et la mise à dis­tance des syn­di­cats ; l’individualisation de la re­la­tion aux adhé­rents et des re­cru­te­ments tous azi­muts ; la dé­po­li­ti­sa­tion des dé­bats… Cela, tandis que s’accentuait tou­jours plus la ten­dance à la per­son­na­li­sa­tion et la cen­tra­li­sa­tion du pou­voir. À bien des égards, les succès ap­pa­rents de cette « mo­der­ni­sa­tion » ont été éphé­mères (le mot lui-même ins­pire du dé­goût dans l’opinion pu­blique). Le nombre d’adhérents a fondu comme neige au so­leil. Il est évalué aux alen­tours de 200 000, après avoir ap­proché les 450 000 en 1997. Les syn­di­cats se sont ré­vélés des al­liés in­dis­pen­sables, bien plus fiables et utiles que le big bu­si­ness dont les contri­bu­tions aux re­cettes du parti se sont assez ra­pi­de­ment ta­ries. Comme le sou­ligne Phi­lippe Mar­lière, non seule­ment Tony Blair n’a pas réussi à créer un « néo­syn­di­ca­lisme » à l’image du New La­bour, mais en­core, à force de mu­seler le débat et de traiter les syn­di­cats comme des ad­ver­saires po­li­tiques, il a fa­vo­risé la re­nais­sance d’un syn­di­ca­lisme com­batif qui se ren­force de­puis 1999.

Sur le front éco­no­mique et so­cial, l’actuelle crise fi­nan­cière et ses consé­quences au Royaume-Uni suf­fisent à sou­li­gner la fra­gi­lité du « mi­racle » bri­tan­nique. Mais comme l’Union eu­ro­péenne et la plu­part de ses membres ne semblent pas en­core avoir réel­le­ment pris la me­sure du ca­ta­clysme causé par les po­li­tiques néo­li­bé­rales, et comme la gauche, no­tam­ment le parti so­cia­liste fran­çais, ne saisit pas l’occasion of­ferte par l’effondrement du projet néo­li­béral pour se donner la li­berté de penser et dé­finir un pro­gramme po­li­tique au­to­nome, la dé­my­thi­fi­ca­tion du consensus main­te­nant mort reste à l’ordre du jour.

Tony Blair a été loué par les grands de ce monde pour sa ca­pa­cité à flexi­bi­liser le marché du tra­vail, faire baisser le taux of­fi­ciel du chô­mage et com­mer­cia­liser les biens so­ciaux en usant et abu­sant d’indicateurs de per­for­mance. Y avait-il un lien de cau­sa­lité entre flexi­bi­li­sa­tion et taux de chô­mage ? Phi­lippe Mar­lière constate que les « per­for­mances » du Royaume-Uni en ma­tière d’emplois et de chô­mage ne s’expliquaient pas par la flexi­bi­lité, le work­fare (la mise au tra­vail) ou les po­li­tiques d’activation[5]. Elles mas­quaient de fortes dis­pa­rités et in­éga­lités ré­gio­nales ainsi que des phé­no­mènes comme le re­port sur l’inactivité[6] et la quasi-stagnation de la po­pu­la­tion ac­tive sur la dé­cennie 1990. En outre, elles ont tenu pour beau­coup à une crois­sance re­la­tive sou­tenue par une po­li­tique clas­sique de dé­penses bud­gé­taires. Ainsi, les deux tiers des em­plois créés — sou­vent des temps par­tiels — après 1998 l’avaient été dans le sec­teur public.

Ce re­cours prag­ma­tique (et dis­cret) à des ins­tru­ments de type key­né­sien pour étoffer les po­li­tiques d’emploi ne met­tait pas en ques­tion le fon­da­men­ta­lisme de marché du pre­mier mi­nistre bri­tan­nique. In­dis­pen­sable tant leur état est dé­plo­rable, l’investissement dans les ser­vices pu­blics a été pi­loté sans perdre de vue l’objectif pre­mier de leur « mo­der­ni­sa­tion », c’est-à-dire leur pri­va­ti­sa­tion au moins par­tielle. Les néo­tra­vaillistes ont am­ple­ment re­couru à la tech­nique des PPF (Par­te­na­riats privé-public)[7] qui permet à l’État d’aménager des modes de fi­nan­ce­ment et de ges­tion par le privé de ser­vices pu­blics aussi vi­taux que les écoles pu­bliques, les lo­ge­ments so­ciaux, le contrôle du trafic aé­rien, le métro de Londres, la santé pu­blique ou les soins hos­pi­ta­liers. Or le sec­teur privé fonc­tionne sur la base de cri­tères de ren­ta­bi­lité mal adaptés — c’est le moins que l’on puisse dire — aux be­soins so­ciaux et aux exi­gences de qua­lité et de sû­reté des ser­vices pu­blics. Il en dé­coule im­man­qua­ble­ment de graves dys­fonc­tion­ne­ments. Ainsi, Phi­lippe Mar­lière cite le cas de cette nou­velle in­fir­merie construite par un contrac­tant privé chargé d’offrir des ser­vices « de soin de meilleure qua­lité, da­van­tage adaptés aux be­soins des pa­tients et plus sûrs ». À peine l’infirmerie venait-elle d’ouvrir que deux pla­fonds aux ma­té­riaux de qua­lité mé­diocre s’écroulaient et que l’on consta­tait des condi­tions d’hygiène et de sé­cu­rité in­adé­quates ainsi qu’un nombre in­suf­fi­sant de lits pour faire face à la de­mande de soins.

Cette po­li­tique a une co­hé­rence qu’il im­porte de sou­li­gner. À plu­sieurs re­prises, Phi­lippe Mar­lière sou­ligne que la com­po­sante théo­ri­que­ment « de gauche » du pro­gramme néo­tra­vailliste n’a été rien d’autre qu’une « bé­quille so­ciale », un « volet social-démocrate su­bal­terne », un « as­pect mi­neur » d’une po­li­tique su­bor­don­nant la di­men­sion sociale-démocrate à la di­men­sion néo­li­bé­rale. « D’une cer­taine ma­nière, le génie du blai­risme est de feindre de re­dé­cou­vrir la “ques­tion so­ciale” (la pau­vreté in­fan­tile, par exemple) et de mettre en œuvre des po­li­tiques so­ciales mi­ni­ma­listes pour s’exonérer de l’accusation de “tra­hison”. » Ajou­tons que le mi­ni­ma­lisme so­cial — c’est-à-dire le re­non­ce­ment aux po­li­tiques de pro­tec­tion so­ciale à visée uni­ver­sa­liste au profit de po­li­tiques d’assistance aux pauvres et d’une gé­né­ra­li­sa­tion des pres­ta­tions sous condi­tions de res­sources — a été ac­ti­ve­ment re­cherché par les hautes au­to­rités na­tio­nales (de droite ou de gauche) qui se sont ap­puyées sur l’échelon eu­ro­péen pour co­or­donner leurs ef­forts et les rendre plus ef­fi­caces. On a de sé­rieuses rai­sons d’estimer que la « pré­ser­va­tion » d’un « mo­dèle so­cial eu­ro­péen » se tra­duit par l’institutionnalisation vo­lon­ta­riste du mi­ni­ma­lisme so­cial dans tous les pays eu­ro­péens — même si, selon les so­ciétés concer­nées, c’est à des rythmes, sui­vant des mo­da­lités et à des de­grés di­vers. Pour le dire au­tre­ment, « l’État so­cial mi­nimal » re­pré­sente aux yeux des élites un mo­dèle à suivre. Il sous-tend les re­struc­tu­ra­tions et ré­or­ga­ni­sa­tions per­ma­nentes des sys­tèmes na­tio­naux de pro­tec­tion so­ciale, leur donne une co­hé­rence et sa mise en place conduit à la mul­ti­pli­ca­tion de dis­po­si­tifs des­tinés à contrôler, mettre au pas et sanc­tionner les pauvres. Du point de vue de la Com­mis­sion, la va­lo­ri­sa­tion du mi­ni­ma­lisme so­cial s’explique par son souci d’économies bud­gé­taires, d’efficacité ges­tion­naire et de pro­mo­tion de la concur­rence. En effet, dans l’état ac­tuel de la ré­gle­men­ta­tion et de l’idéologie com­mu­nau­taires, li­miter la « so­li­da­rité » pu­blique à un socle « as­sis­tan­tiel », à une très faible pres­ta­tion ac­cordée aux seuls né­ces­si­teux, c’est créer des condi­tions ju­gées sou­hai­tables pour sou­mettre au droit eu­ro­péen de la concur­rence tout ce qui ne re­lève pas de ce socle « as­sis­tan­tiel »[8].

L’actuelle crise éco­no­mique ébranle la lé­gi­ti­mité de ce mo­dèle parce qu’il trans­fère les risques so­ciaux sur les in­di­vidus au nom de leur « res­pon­sa­bi­li­sa­tion », sans tou­te­fois leur donner les moyens d’y faire face. Il est urgent de rompre avec cette ap­proche et d’en finir avec une social-démocratie do­mes­ti­quée qui n’a plus au­cune raison d’être.


[1] Mi­chel Fou­cault, Nais­sance de la bio­po­li­tique, Cours du Col­lège de France. 1978 – 1979, Paris, Gallimard-Seuil, pp. 93 – 94.

[2] Comme l’avait dit à l’époque une femme de mineur.

[3] Ex­pres­sion de Neil Kin­nock, an­cien leader du parti tra­vailliste, cité par Phi­lippe Mar­lière (p. 25).

[4] La né­ga­tion du conflit ou le consensus im­posé a été lar­ge­ment uti­lisé comme tech­nique de dé­po­li­ti­sa­tion ces trente der­nières an­nées. Pour des ap­proches eu­ro­péennes, voir Roser Cusso, Anne Du­fresne, Co­rinne Gobin, Geof­froy Ma­tagne et Jean-Louis Si­roux (dir.), Le Conflit so­cial éludé, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, 2008.

[5] Au sens strict, l’activation consiste à re­con­vertir une al­lo­ca­tion so­ciale en tout ou partie de la ré­mu­né­ra­tion d’un tra­vail. Dans bien des cas (sinon la plu­part), c’est une forme dé­guisée de sub­ven­tion aux bas sa­laires car elle est ar­ti­culée à des stra­té­gies po­li­tiques de à dé­ve­lop­pe­ment du seg­ment des bas sa­laires, stra­té­gies pour­sui­vies au nom de la « com­pé­ti­ti­vité » des éco­no­mies nationales.

[6] Au Royaume-Uni, les chô­meurs mar­gi­na­lisés ou re­jetés par le marché du tra­vail sont très nom­breux à avoir échoué dans le ré­gime d’invalidité. On comp­tait 2,7 mil­lions de per­sonnes « in­va­lides » en 2003 selon les sources of­fi­cielles, dont une pro­por­tion si­gni­fi­ca­tive d’hommes de 25 à 54 ans, un chiffre en pro­gres­sion d’un mil­lion en dix ans. Voir Flo­rence Le­fresne, « Les trappes du mo­dèle so­cial bri­tan­nique », Po­li­tique. Revue de dé­bats, n° 42, dé­cembre 2005 et « Les po­li­tiques d’emploi et la trans­for­ma­tion des normes : une com­pa­raison eu­ro­péenne », So­cio­logie du tra­vail, vol. 47, n° 3, juillet-septembre 2006.

[7] Nom donné à cette tech­nique en France, où elle est éga­le­ment mo­bi­lisée. En Grande-Bretagne, il s’agit de la PFI (Pri­vate Fi­nance Ini­tia­tive).

[8] Voir Noëlle Burgi, « La construc­tion de l’État so­cial mi­nimal en Eu­rope », Po­li­tique eu­ro­péenne, n° 27, hiver 2009, pp. 201 – 232.

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