La social-démocratie démasquée, la voie blairiste

Par Mis en ligne le 04 juillet 2009

Plus d’une année s’est écoulée de­puis le dé­part de Tony Blair du 10 Dow­ning street. Ce laps de temps pro­cure le recul né­ces­saire pour ap­pré­cier dans toute sa com­plexité l’héritage de ce que l’on ap­pelle le « blai­risme ». Stricto sensu, le terme « blai­risme » ren­voie à l’action po­li­tique de Tony Blair leader du Parti tra­vailliste entre 1994 et 2007 et Pre­mier mi­nistre de la Grande-Bretagne entre 1997 et 2007. De ma­nière gé­né­rale, il peut éga­le­ment dé­finir l’action po­li­tique en­tre­prise par le New La­bour au pou­voir, sous le lea­der­ship de Tony Blair. Mais il existe une ac­cep­tion en­core plus large : le blai­risme peut être pensé en termes d’héritage laissé à l’ensemble de la social-démocratie eu­ro­péenne. Selon cette dé­fi­ni­tion, la « voie blai­riste » n’est plus un passé, mais un avenir ; celui des forces social-démocrates qui se sont ins­pi­rées et conti­nuent de s’inspirer des idées et des po­li­tiques mises en œuvre par Tony Blair. Cet ou­vrage pro­pose de re­venir sur la ge­nèse du blai­risme, les dé­bats qui ont été conduits au­tour de la Troi­sième voie blai­riste[1] ; un dis­cours com­bi­nant li­bé­ra­lisme po­li­tique et éco­no­mique. Les as­pects les plus si­gni­fi­ca­tifs de la po­li­tique menée entre 1997 et 2007 sont com­mentés : les ré­sul­tats éco­no­miques, la ré­no­va­tion des ser­vices pu­blics, la re­la­tion avec les syn­di­cats du Trade Union Congress ou en­core la po­li­tique étran­gère et européenne.

TINA !

Le bilan de dix an­nées de po­li­tique blai­riste doit donc être exa­miné à l’aune du nou­veau ré­vi­sion­nisme de la social-démocratie[2] : au début du 20e siècle, le débat op­posa « ré­for­mistes » à « ré­vo­lu­tion­naires » ; les par­ti­sans d’une so­cia­li­sa­tion des moyens de pro­duc­tion à ceux qui peu à peu prô­nèrent la co­opé­ra­tion avec le ca­pi­ta­lisme à tra­vers l’établissement d’une « éco­nomie mixte ». Le blai­risme peut être perçu comme la ten­ta­tive la plus poussée de dé­passer ce débat cen­te­naire en tra­çant le sillon d’une social-démocratie du libre marché. Celle-ci se veut ac­com­pa­gna­trice de la mon­dia­li­sa­tion ca­pi­ta­liste à quelques rares ex­cep­tions, près. Elle af­fiche sa fi­dé­lité aux ob­jec­tifs tra­di­tion­nels de jus­tice so­ciale de la social-démocratie, mais elle épouse de ma­nière acri­tique le ca­pi­ta­lisme glo­ba­lisé et financier.

Les le­çons du blai­risme sont en­core à tirer et elles nous amènent ré­so­lu­ment à scruter l’avenir ; celui de la social-démocratie eu­ro­péenne. Il convient en effet de voir dans le blai­risme doc­trinal ou po­li­tique une sorte de feuille de route, voire de mo­dèle dont s’inspirent aujourd’hui tout ou partie des partis so­cia­listes ou sociaux-démocrates en Eu­rope. L’attrait de la Troi­sième est suf­fi­sam­ment fort pour ne laisser au­cune de ces for­ma­tions en de­hors du prêt-à-penser blai­riste. Les partis so­cia­listes belge et fran­çais, pen­dant un temps les moins dis­posés à « blai­riser » leur dis­cours et leur po­li­tique, se sont de­puis quelque temps rap­pro­chés de l’action de l’ex-Premier mi­nistre bri­tan­nique, aussi bien dans le fond que dans la forme.

Quand le New La­bour fut triom­pha­le­ment élu en mai 1997, une al­ter­na­tive s’offrait à Tony Blair : il pou­vait soit rompre avec le néo­li­bé­ra­lisme that­ché­rien, dis­cré­dité et bru­ta­le­ment re­jeté par les élec­teurs, soit com­poser avec le pay­sage laissé par les conser­va­teurs sans fon­da­men­ta­le­ment le re­mettre en cause. Il était pré­vi­sible que Blair et ses al­liés re­tien­draient la deuxième op­tion, car ils avaient averti le pu­blic qu’il n’y au­rait au­cune rup­ture fon­da­men­tale avec le that­ché­risme, mais de simples in­flexions de la po­li­tique conser­va­trice. Blair a lon­gue­ment dé­cliné le cri de guerre that­ché­rien : « TINA » ! (There Is No Al­ter­na­tive)[3] : « Les dif­fé­rences entre la droite et la gauche sont ob­so­lètes[4] » (Tony Blair et An­thony Gid­dens) ; « Il n’y a pas d’alternative à la mon­dia­li­sa­tion [néo­li­bé­rale] » (l’ensemble du New La­bour) ; « Nous n’avons rien contre le fait que cer­tains s’enrichissent ou­tra­geu­se­ment » (Peter Man­delson) ou en­core « Je pren­drai le pou­voir en tant que New La­bour, je gou­ver­nerai en tant que New La­bour » (Tony Blair). C’est en effet ce qui sur­vint : le New La­bour s’est adapté à l’environnement that­ché­rien et ne l’a pas mo­difié de ma­nière sub­stan­tielle. Il faut tou­te­fois pré­ciser que l’adaptation du blai­risme au that­ché­risme s’est dé­roulée d’une ma­nière par­ti­cu­lière : le New La­bour s’est donné une stra­tégie à long terme, un projet qu’Antonio Gramsci ap­pe­lait le « trans­for­misme » (il tras­for­mismo). Le blai­risme peut es­sen­tiel­le­ment être com­pris comme le trans­for­misme de la social-démocratie, c’est-à-dire une va­riante par­ti­cu­lière de l’idéologie néo­li­bé­rale. Cette va­riante dif­fère de la concep­tion du « gou­ver­ne­ment mi­nimal » mise en œuvre par Ro­nald Reagan dans les an­nées 80 ou du néo­con­ser­va­tisme état­su­nien sous les pré­si­dences de George W. Bush. Elle s’attache à conso­lider une so­ciété de marché tout en main­te­nant un Etat so­cial mi­nimal chargé de gérer les si­tua­tions de dé­tresse so­ciale les plus criantes. En dépit de cor­rec­tifs so­ciaux à la marge, le fon­da­men­ta­lisme de marché du projet blai­riste est fla­grant. Le New La­bour de Tony Blair a sou­tenu in­con­di­tion­nel­le­ment les ins­ti­tu­tions char­gées de gérer le cours de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale (FMI, OMC, Banque mon­diale) ; il a conso­lidé la dé­ré­gu­la­tion et la flexi­bi­lité dans le monde de l’entreprise, sans ac­corder de contre­partie aux sa­la­riés : la lé­gis­la­tion so­ciale la plus res­tric­tive en Eu­rope hé­ritée de la pé­riode that­ché­rienne est restée en place (à l’exception de l’introduction d’un sa­laire mi­nimum ; une conces­sion faite aux syn­di­cats par John Smith, le pré­dé­ces­seur de Tony Blair). Le blai­risme est le cou­rant de la social-démocratie qui a fait de l’homme d’affaire et de l’entreprise privée les éta­lons de son ac­tion po­li­tique. Da­van­tage, l’entrepreneur a été érigé en mo­dèle so­cial. De­puis 1997, les ser­vices pu­blics ont continué à être bradés et pri­va­tisés (le métro de Londres, le trafic du contrôle aé­rien, la poste, le ser­vice médico-légal). Les modes de ges­tion du privé ont été im­po­sées dans des sec­teurs publics-clés tels l’Ecole, la santé pu­blique ou les pri­sons, à tra­vers les très contro­versés par­te­na­riats public-privé[5].

La gou­ver­nance blairiste

Le blai­risme dif­fère du that­ché­risme dans le sens où il a tem­péré son néo­li­bé­ra­lisme fon­da­mental pour conserver le sou­tien de son élec­torat tra­di­tionnel (la classe ou­vrière et les sa­la­riés du sec­teur pu­blic). Ainsi, l’antiétatisme pri­maire des néo­li­bé­raux de droite a été gommé. Le blai­risme a pré­féré parler d’un « gou­ver­ne­ment actif », pâle ver­sion du Wel­fare State. Le re­cours à la no­tion néo­li­bé­rale de « gou­ver­nance » (et non au terme de « gou­ver­ne­ment ») in­dique de ma­nière sub­tile que le gou­ver­ne­ment du New La­bour a adopté une nou­velle ra­tio­na­lité, celle qui s’inspire de la lo­gique éco­no­mique. La « gou­ver­nance en­tre­pre­neu­riale » pro­meut la concur­rence entre des pres­ta­taires de ser­vices, ne parle plus d’usagers mais de « consom­ma­teurs » et pré­fère les mé­ca­nismes de ges­tion de l’entreprise privée à ceux de l’administration pu­blique. C’est dans le do­maine de l’Etat que les ré­formes du New La­bour ont es­sen­tiel­le­ment porté. On peut à ce titre parler d’une « ré­in­ven­tion » de l’Etat ; c’est-à-dire de l’apparition d’un « Etat en­tre­pre­neur », conçu et géré comme une en­tre­prise privée. Tony Blair a, à di­verses re­prises, af­fiché une nette pré­fé­rence pour le « privé », jugé plus « ef­fi­cace » et « ren­table » que le « pu­blic », consi­déré comme « dé­passé », « bu­reau­cra­tique » et donc « in­ef­fi­cace ». L’ex-Premier mi­nistre a, à di­verses re­prises, ver­te­ment cri­tiqué les fonc­tion­naires (in­fir­mières, en­sei­gnants) qui s’opposaient à la pri­va­ti­sa­tion de l’Etat so­cial, fus­ti­geant la na­ture « ob­so­lète » et « cor­po­ra­tiste » de leurs luttes. La no­tion d’« intérêt pu­blic » a dis­paru des dis­cours gou­ver­ne­men­taux et mé­dia­tiques. Le New La­bour a re­pris les pré­sup­posés hayé­kiens et that­ché­riens selon les­quels le marché est le vec­teur es­sen­tiel du « bien social ».

La « gou­ver­nance » blai­riste a permis aux po­li­tiques néo­li­bé­rales de se doter d’un se­cond souffle. Ces ré­formes de l’Etat, réa­li­sées branche pro­fes­sion­nelle par branche pro­fes­sion­nelle, ont na­tu­ra­lisé le néo­li­bé­ra­lisme. Elles ont fait en sorte que ces pra­tiques de ges­tion hau­te­ment po­li­ti­sées, soient per­çues comme al­lant de soi, comme re­le­vant de lois na­tu­relles de la ges­tion et de l’économie. On peut citer comme exemple le re­cours à la no­tion de « choix pu­blic » (entre deux écoles ou deux hô­pi­taux, par exemple). En vé­rité, de « choix », il n’en est guère ques­tion dans la plu­part des si­tua­tions, car l’Etat se garde bien de donner les moyens aux « consom­ma­teurs » de dis­cerner entre les bonnes et les mau­vaises écoles ou entre les bons ou mau­vais hô­pi­taux. Le pu­blic n’attendait pas tant de se voir of­frir un « choix » sou­vent théo­rique ou illu­soire. Il sou­hai­tait pou­voir compter sur un ser­vice pu­blic de qua­lité et ac­ces­sible dans leur quar­tier ou dans la ville où ils ha­bitent, ce qu’ils n’ont pas ob­tenu dans nombre de cas.

L’« Etat blai­riste » est un Etat qui cen­tra­lise les dé­ci­sions et les modes d’interventions « stra­té­giques » (contrai­re­ment aux ap­pa­rences, l’Etat néo­li­béral n’est ni dé­cen­tra­lisé, ni en re­trait dans tous les do­maines d’activité) et qui gère les micro-managements au ni­veau local. A l’inverse du that­ché­risme, il n’y a ici nulle ten­ta­tive ex­pli­cite d’endoctrinement aux sup­po­sées « va­leurs du privé », mais une vo­lonté de se doter de « va­leurs nou­velles » dans l’entreprise, dans les ser­vices pu­blics, en en­cou­ra­geant cer­taines « ca­pa­cités » et en en « dé­clas­sant » d’autres. En mo­di­fiant les condi­tions de tra­vail, le gou­ver­ne­ment blai­riste a tenté de changer les ma­nières de faire, de tra­vailler et aussi de penser le tra­vail. Le point cen­tral de cette of­fen­sive ma­na­gé­riale a été d’évaluer toute ac­ti­vité so­ciale non en fonc­tion de l’intérêt pu­blic (souci tra­di­tionnel de la gauche), mais des « be­soins » et des « choix » des « consom­ma­teurs » et du « libre marché ». L’Etat ma­na­gé­rial cher au blai­risme n’a pas pour vo­ca­tion de venir en aide aux plus dé­fa­vo­risés, mais d’aider les in­di­vidus à s’aider eux-mêmes, sur le plan de la santé, de l’éducation ou des trans­ports. Les classes moyennes ont subi de plein fouet ce mou­ve­ment de com­mer­cia­li­sa­tion des biens so­ciaux. Ils doivent do­ré­na­vant payer cher des soins ou une édu­ca­tion pri­va­tisés, car les ser­vices pu­blics res­tent déses­pé­ré­ment à la traîne. Les plus pauvres ne re­çoivent plus qu’une aide so­ciale ré­duite à sa por­tion congrue, as­sortie de me­sures de contrôle de plus en plus draconiennes.

Un sous-agenda social-démocrate

Le blai­risme a été pré­senté comme « pro­gres­siste » ou « de gauche » par les blai­ristes car son projet de na­ture néo­li­bé­rale s’accompagne d’un volet social-démocrate su­bal­terne (in­tro­duc­tion d’un sa­laire mi­nimum ; crédit d’impôt fa­mi­lial ; in­ci­ta­tions du re­tour à l’emploi — en met­tant la prio­rité sur les com­pé­tences et la for­ma­tion pour so­li­di­fier l’« offre » confor­mé­ment à la prio­rité néo­li­bé­rale ; in­ves­tis­se­ments dans la santé pu­blique et dans l’école, mais en fa­vo­ri­sant une lo­gique néo­li­bé­rale avec les par­te­na­riats privés-publics). C’est cet as­pect mi­neur de la po­li­tique gou­ver­ne­men­tale que les cadres et les mi­li­tants du New La­bour évoquent pour jus­ti­fier un po­si­tion­ne­ment « de gauche » et mon­trer à leurs élec­teurs désa­busés qu’ils sont tout de même « dif­fé­rents » des conser­va­teurs. Cette di­men­sion social-démocrate est su­bor­donnée à la di­men­sion néo­li­bé­rale. Les par­ti­sans du New La­bour ont trouvé la pa­rade à l’accusation de « tra­hison » qui leur est sou­vent adressée. Ils af­firment que les po­li­tiques mises en œuvre (c’est-à-dire la pour­suite d’un Etat-marché) consti­tuent une adap­ta­tion né­ces­saire à la pour­suite de la jus­tice so­ciale, ob­jectif social-démocrate. D’une cer­taine ma­nière, le génie du blai­risme est de feindre de re­dé­cou­vrir la « ques­tion so­ciale » (la pau­vreté in­fan­tile, par exemple) et de mettre en œuvre des po­li­tiques so­ciales mi­ni­ma­listes pour s’exonérer de l’accusation de « tra­hison ». Ce léger re­cen­trage sur les ex­clus du sys­tème permet certes de rompre avec le ca­pi­ta­lisme pur et dur de l’ère that­ché­rienne. Ce­pen­dant, la bé­quille so­ciale pro­posée par le blai­risme a re-légitimé pour partie le néo­li­bé­ra­lisme dis­cré­dité à la fin des an­nées 90. Disons-le tout net : le blai­risme a constitué une au­baine pour les te­nants du ca­pi­ta­lisme glo­ba­lisé. Alors que le that­ché­risme était les­sivé, il a pu compter sur le sou­tien zélé d’un parti censé re­pré­senter les in­té­rêts du sa­la­riat. En culti­vant un sous-programme social-démocrate, le New La­bour a dé­tourné l’attention de son ac­tion es­sen­tielle : la conso­li­da­tion d’un Etat marché en Grande-Bretagne et, ac­ces­soi­re­ment, au sein de l’Union eu­ro­péenne. Les forces ca­pi­ta­listes et la droite se sont pu­bli­que­ment ré­jouies de voir qu’un parti « de gauche » ac­cep­tait de faire la basse be­sogne et sans re­chi­gner ! En 2001, peu avant la deuxième vic­toire néo­tra­vailliste, The Eco­no­mist, pu­bli­ca­tion néo­li­bé­rale in­tran­si­geante, ap­pe­lait à un vote en fa­veur de Tony Blair. L’hebdomadaire le pré­sen­tait alors comme le « seul conser­va­teur cré­dible ». Beau com­pli­ment ! Au de­meu­rant, l’ensemble des forces et des di­ri­geants de la droite mon­diale n’ont pas tari d’éloges à propos de l’action menée par Tony Blair et de son gou­ver­ne­ment : George W. Bush, Ni­colas Sar­kozy, Guy Ve­rhof­stadt, Silvio Ber­lus­coni, José Maria Aznar, Jean-Pierre Raf­farin et tant d’autres en­core, ont pointé les conver­gences po­li­tiques pro­fondes entre leur po­li­tique et celle de l’ex-leader tra­vailliste. Un néo­li­bé­ra­lisme tem­péré par quelques me­sures cor­rec­tives pour les plus pauvres : voilà l’« originalité » du blairisme.

Pour la Nou­velle social-démocratie eu­ro­péenne, le blai­risme a été et de­meure une source d’inspiration : un peu hon­teuse (dans les PS en France ou en Bel­gique, quoique de moins en moins) ou re­ven­di­quée (la plu­part des autres partis). C’est à ce titre qu’une connais­sance des mé­ca­nismes de for­ma­tion de la « voie blai­riste », c’est-à-dire des choix et des pré­sup­posés po­li­tiques qu’elle sous-tend ou en­core de son bilan est d’une brû­lante ac­tua­lité. Qu’on s’en ré­jouisse ou qu’on le dé­plore, le blai­risme constitue bien l’avenir de la social-démocratie do­mes­ti­quée : une force po­li­tique qui, de re­non­ce­ment en re­non­ce­ment, en est venue à mimer de plus en plus la droite ré­ac­tion­naire. La douce mé­lodie de la « ré­forme » et de la « mo­der­nité » qu’elle nous su­surre pour tout via­tique, n’est ni pro­gres­siste, ni de gauche : elle n’est que l’expression d’une rup­ture his­to­rique avec les idéaux éga­li­taires et de jus­tice so­ciale de la gauche européenne.

[1] Voir sur de point : Ph. Mar­lière, La Troi­sième voie dans l’impasse. Es­sais sur Tony Blair et le New La­bour, Paris, Edi­tions Syl­lepse, 2003.

[2] Ph. Mar­lière, « La social-démocratie », En­cy­clo­pedia Uni­ver­salis (texte sur CD-Rom), Paris, Edi­tions En­cy­clo­pedia Uni­ver­salis, 2006.

[3] Mme That­cher ré­pé­tait in­las­sa­ble­ment dans les an­nées 80 qu’il n’y avait au­cune al­ter­na­tive à l’économie de marché néolibérale.

[4] Ré­cem­ment, Walter Vel­troni, post-social-démocrate et leader du Parti dé­mo­crate (ex-PCI et ex-Parti dé­mo­cra­tique de la gauche) a af­firmé que les dé­mo­crates « étaient des ré­for­mistes », mais qu’ils « n’étaient pas de gauche ». Re­ven­di­quer un tel po­si­tion­ne­ment pour un parti qui, plus que tout autre, s’est en­gagé dans la « voie blai­riste » n’est pas un acte for­tuit. Ses thu­ri­fé­raires re­con­naissent que le blai­risme n’est pas de gauche et que les « ré­formes » ne sont pas l’apanage de la gauche. Voir M. Mora (en­tre­tien avec W. Vel­troni), « Somos re­for­mistas, no de iz­quierdas », El País, 1er mars 2003.

[5] Voir Cha­pitre 4: Ser­vices pu­blics et in­té­rêts privés.

Ex­traits de l’introduction du bou­quin de Mar­lière, pu­blié par Aden Édi­tions, 2008.

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