Dans l’œil du cyclone

Après les secousses financières du mois de septembre qui ont entraîné l’écroulement des grandes banques d’affaires américaines, la crise s’est propagée à l’économie réelle. Si l’actualité a été dominée par la chute en cascade des valeurs boursières en octobre et en novembre, les mauvaises nouvelles économiques prennent désormais de plus en plus de place. Ce n’est pas tant le repli de l’activité économique qui surprend, car tous s’y attendaient, mais la rapidité de la dégradation de la situation, son amplitude et son caractère mondial. On est pris d’un certain vertige devant ce phénomène qui pourrait se transformer en l’une des pires crises économiques.
Par Mis en ligne le 30 novembre 2008

Faut-il craindre une ré­pé­ti­tion du scé­nario ca­tas­trophe des an­nées 1930 ? Cer­tai­ne­ment pas. La confi­gu­ra­tion de nos éco­no­mies et de nos ins­ti­tu­tions n’est plus du tout la même qu’à l’époque. Les dé­pôts ban­caires sont main­te­nant ga­rantis par l’État, ce qui pré­vient les pa­niques et les faillites ban­caires qui peuvent en ré­sulter. Plu­sieurs pro­grammes so­ciaux, comme l’assurance-emploi et l’aide so­ciale, agissent comme sta­bi­li­sa­teurs de la de­mande. Le poids même de l’État dans l’économie, en tant que pro­duc­teur de ser­vices, as­sure aussi une plus grande sta­bi­lité de la de­mande agrégée. L’action de l’État, par le biais de la po­li­tique mo­né­taire, fis­cale et bud­gé­taire s’est di­ver­si­fiée et af­finée. Cela dit, il faut bien re­con­naître que les res­sorts de la crois­sance de la der­nière pé­riode sont brisés et qu’on ne voit pas en­core sur quelles bases pour­rait re­poser une reprise.

Les causes im­mé­diates de la crise

Les causes im­mé­diates de la dé­bâcle sont assez bien dé­ter­mi­nées. Elles sont liées à l’éclatement de la bulle consti­tuée par les ins­tru­ments de crédit com­plexes. La crise a com­mencé dans la foulée du re­tour­ne­ment du marché im­mo­bi­lier amé­ri­cain, en août 2007, quand des doutes ont com­mencé à germer au sujet de la qua­lité des as­sises des pro­duits fi­nan­ciers struc­turés. Ces titres étaient pos­si­ble­ment gagés en partie sur des prêts hy­po­thé­caires dou­teux, les « sub­prime ». Mais per­sonne n’était en me­sure de dé­mêler l’écheveau. Dès lors, la mé­fiance s’est ins­tallée entre les ac­teurs du marché fi­nan­cier. Les banques ont cessé de se prêter les unes aux autres, alors que tous cher­chaient sans succès à se dé­bar­rasser de ces pro­duits dits toxiques. Le marché du crédit s’est figé. La va­riante ca­na­dienne a pris la forme de la crise du pa­pier com­mer­cial adossé à des ac­tifs, les fa­meux PCAA.

Après avoir joué à cache-cache pen­dant un an avec la va­leur mar­chande de leurs ac­tifs, le mo­ment de vé­rité est sur­venu au début de sep­tembre 2008. À ce mo­ment, les grandes banques d’affaires amé­ri­caines ont dû re­con­naître que la va­leur de leurs ac­tifs était sen­si­ble­ment moindre que celle de leurs dettes. Et comme plus per­sonne ne vou­lait leur prêter, elles n’étaient tout sim­ple­ment plus viables. Le même scé­nario se dé­rou­lait pa­ral­lè­le­ment en Eu­rope. D’autres dé­ve­lop­pe­ments du marché fi­nan­cier, comme l’essor des « credit de­fault swaps », ont am­plifié les dé­gâts. Cette forme d’assurance contre le risque de non-remboursement de prêts a pré­ci­pité la dé­bâcle du géant amé­ri­cain AIG, quand les de­mandes de com­pen­sa­tion se sont mul­ti­pliées. D’autres pra­tiques fi­nan­cières ont aussi contribué à ag­graver la si­tua­tion : le re­cours ex­cessif à l’effet de le­vier (l’emprunt) pour fi­nancer des pla­ce­ments et des ac­qui­si­tions, no­tam­ment par les fonds de cou­ver­ture (hedge funds) et autres clubs privés de pla­ce­ments très peu ré­gle­mentés. Bref, c’est tout le sec­teur fi­nan­cier dé­ré­gle­menté qui a fi­na­le­ment ca­poté, vic­time de ses excès et abus.

Les causes plus fondamentales

L’hypertrophie du sec­teur fi­nan­cier de ces der­nières an­nées est l’expression de dés­équi­libres micro et ma­croé­co­no­miques. D’un côté, le crédit fa­cile et l’appréciation ra­pide des va­leurs im­mo­bi­lières ont rendu pos­sible la sur­con­som­ma­tion aux États-Unis ; d’un autre côté, le mo­dèle de crois­sance de plu­sieurs pays émer­gents, re­po­sant sur les ex­por­ta­tions et la sous-consommation do­mes­tique, a en­traîné la consti­tu­tion d’une forte épargne ex­cé­den­taire. Les faibles taux d’intérêt ont fa­vo­risé la prise de risques énormes par des masses de ca­pi­taux flot­tants en quête de ren­de­ment maximum, phé­no­mène am­plifié par le jeu de l’effet de levier.

Plus fon­da­men­ta­le­ment, il faut cher­cher les ori­gines de cette crise dans le chan­ge­ment de rap­ports de force au profit du ca­pital et au dé­tri­ment du tra­vail qui s’est opéré avec l’avènement du néo­li­bé­ra­lisme au tour­nant des an­nées 1970. Les ex­cé­dents tou­jours plus im­por­tants, que se sont ap­pro­priés les dé­ten­teurs de ca­pi­taux, n’ont pu trouver la façon de gé­nérer le taux de profit maximum que seuls cer­tains pou­vaient réa­liser. Dans cette quête de ren­de­ment, la créa­ti­vité des in­ter­mé­diaires fi­nan­ciers a pu faire illu­sion pen­dant un temps, mais la dure réa­lité a fini par rat­traper les spé­cu­la­teurs de tout acabit.

L’économie mon­diale défaillante

Aujourd’hui, c’est la panne gé­né­ra­lisée. Et comme l’issue ne semble pas en vue, les mar­chés bour­siers piquent du nez. À titre d’exemple, men­tion­nons que la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière du géant ban­caire Ci­ti­group ne va­lait plus que 20,5 mil­liards de dol­lars à la veille de la mise en œuvre d’un plan de sau­ve­tage, alors qu’elle va­lait 270 mil­liards à la fin de 2006. Au total, la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière mon­diale, c’est-à-dire la va­leur to­tale des ac­tions de quelque 46 000 com­pa­gnies ins­crites dans la cin­quan­taine de bourses à tra­vers le monde, a fondu de 54 % de­puis le sommet his­to­rique d’octobre 2007. La ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière mon­diale s’est dé­gon­flée, en un an, d’environ 34 000 mil­liards de dol­lars amé­ri­cain, pas­sant d’environ 63 000 mil­liards à 29 000 mil­liards, selon La Presse Af­faires du 23 no­vembre 2008. Il s’agit d’une dé­va­lua­tion d’actifs équi­va­lent à 2,3 fois le Pro­duit in­té­rieur brut (PIB) des États-Unis.

C’est main­te­nant ce qu’il est convenu d’appeler l’économie réelle qui est af­fectée. Aux États-Unis, la dé­gra­da­tion est par­ti­cu­liè­re­ment mar­quée. Le nombre de chô­meurs a aug­menté de 2,8 mil­lions de­puis un an. En oc­tobre, les mises en chan­tier sont au plus bas de­puis qu’on col­lige des sta­tis­tiques sur ce sujet, soit en 1959. Quatre villes sur cinq af­fichent des baisses des va­leurs mo­bi­lières. Éga­le­ment en oc­tobre, les prix à la consom­ma­tion ont chuté de 1 %, la plus forte baisse men­suelle de­puis 1947, re­flé­tant l’affaiblissement de la consom­ma­tion. Ces don­nées ra­vivent le spectre de la dé­fla­tion. Ce phé­no­mène, l’inverse de l’inflation, se pro­duit quand les consom­ma­teurs re­tardent leurs achats parce qu’ils s’attendent à ce que les prix soient plus bas dans l’avenir, ac­cé­lé­rant de ce fait le ra­len­tis­se­ment de l’économie.

Ailleurs, la si­tua­tion est à peine plus re­lui­sante. Plu­sieurs pays d’Europe, ainsi que le Japon, sont of­fi­ciel­le­ment en ré­ces­sion. Alors qu’on croyait à un dé­cou­plage entre les pays oc­ci­den­taux et les pays émer­gents, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. Les in­di­ca­teurs du com­merce mon­dial se dé­té­riorent ra­pi­de­ment à me­sure que ra­lentit la de­mande d’exportations. Les prix des pro­duits de base chutent lour­de­ment. Le re­flux des ca­pi­taux vers les pays riches tarit aussi le crédit pour les en­tre­prises des pays émergents.

Dans une mise à jour da­tant de la mi-novembre, l’Organisation de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) a es­timé que la zone, com­posée des trente pays les plus riches, était main­te­nant en ré­ces­sion. À la fin du mois de no­vembre, l’organisme ra­jus­tait ses pré­vi­sions, pro­je­tant un recul du PIB de 0,4 % pour toute la zone en 2009, suivi d’une lé­gère re­montée de 1,5 % en 2010. L’organisme prend néan­moins la peine de si­gnaler « l’extrême in­cer­ti­tude » en­tou­rant ces pré­vi­sions, en raison des in­con­nues liées à la crise fi­nan­cière. En sup­po­sant que la crise fi­nan­cière trouve une so­lu­tion assez ra­pi­de­ment, on s’attend à une aug­men­ta­tion de 8 mil­lions du nombre de chô­meurs au cours des deux pro­chaines an­nées. L’OCDE pré­voit, pour 2009, une contrac­tion du PIB de 0,9 % pour les États-Unis, de 0,6 % pour la zone euro et de 0,1 % pour le Japon. Pour le Ca­nada, on pré­voit une di­mi­nu­tion du PIB de 0,5 % en 2009, suivie d’une re­montée de 2,1 % en 2010.

L’économie ca­na­dienne en­core à flot

Chez nous, les pres­sions de la conjonc­ture in­ter­na­tio­nale com­mencent à peser sur l’économie, alors que l’inquiétude crois­sante com­mence à saper le moral et le com­por­te­ment des consom­ma­teurs. La de­mande in­té­rieure de­meure malgré tout so­lide et com­pense l’affaiblissement du sec­teur ex­té­rieur. Le ni­veau de l’emploi, tant pour le Ca­nada dans son en­semble que pour le Québec, s’est main­tenu jusqu’à pré­sent. Les chiffres de Sta­tis­tique Ca­nada pour oc­tobre font état d’une lé­gère pro­gres­sion de 9 500 em­plois au Ca­nada et de 500 au Québec. Mais ces ré­sul­tats sont lar­ge­ment tri­bu­taires des élec­tions fé­dé­rales de la mi-octobre qui ont en­traîné la créa­tion de 40 000 em­plois. En fait, le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier, et par­ti­cu­liè­re­ment l’industrie au­to­mo­bile, de même que les in­dus­tries fo­res­tières, sont en crise de­puis un bon mo­ment déjà.

Dans leurs plus ré­centes dé­cla­ra­tions au Sommet de l’Asia-Pacific Eco­nomic Co­ope­ra­tion (APEC), le pre­mier mi­nistre Steven Harper et le mi­nistre des Fi­nances Jim Fla­herty re­con­naissent que le Ca­nada n’échappera pas à la tour­mente et qu’il se trou­vera pro­ba­ble­ment en ré­ces­sion tech­nique au cours de l’hiver.

Les in­ter­ven­tions des gouvernements.

Les au­to­rités mo­né­taires amé­ri­caines et eu­ro­péennes se sont ap­pli­quées, tout au long des der­nières se­maines, à em­pê­cher le nau­frage d’institutions clés, dont la faillite au­rait eu des consé­quences dé­vas­ta­trices sur l’ensemble du sys­tème fi­nan­cier. Jusqu’à pré­sent, leurs ini­tia­tives ont bien fonc­tionné. Elles ont aussi dé­ployé une va­riété de moyens pour ré­ta­blir le fonc­tion­ne­ment des mar­chés de crédit. De ce côté, la si­tua­tion est loin d’être ré­ta­blie. Une des fai­blesses du plan amé­ri­cain de 700 mil­liards pour le sec­teur ban­caire est qu’il n’impose pas aux banques où l’argent est in­vesti l’obligation de re prêter cet ar­gent. Les ban­quiers pré­fèrent plutôt s’asseoir sur les mon­tagnes d’argent que le gou­ver­ne­ment leur consent, pour faire mieux pa­raître leurs états fi­nan­ciers. Le pro­blème dé­coule d’un blo­cage idéo­lo­gique, les conser­va­teurs amé­ri­cains au pou­voir étant for­te­ment ré­frac­taires à l’interventionnisme éta­tique. Dans sa pre­mière mou­ture, le plan Paulson pré­voyait le ra­chat des mau­vaises créances des banques. C’est seule­ment à cause des dé­lais que cette ap­proche au­rait oc­ca­sionnés qu’il se s’est rallié à la so­lu­tion bri­tan­nique consis­tant à in­jecter des ca­pi­taux dans les banques par le biais d’achat d’actions, avec une pos­si­bi­lité de ren­de­ment éven­tuel sur le placement.

Même si elle n’a pas tracé les plans d’une ré­forme du sys­tème fi­nan­cier in­ter­na­tional, comme cer­tains l’auraient sou­haité, la ren­contre des pays du G-20 à la mi-novembre s’est avérée utile. Par sa forme même, cette ren­contre, qui as­socie les pays émer­gents à la gou­ver­nance in­ter­na­tio­nale, re­flète les chan­ge­ments de rap­ports de force éco­no­miques qui s’opèrent à l’échelle mon­diale. Lors de cette ren­contre, les gou­ver­ne­ments ont convenu d’orienter leurs ac­tions selon deux axes d’intervention, chacun gar­dant la li­berté d’agir à sa ma­nière. D’une part, on a convenu de la né­ces­sité de pro­céder à des plans de re­lance pour sti­muler les éco­no­mies dé­faillantes. L’objectif am­bi­tieux des plans de sti­mu­la­tion à hau­teur de 2 % du PIB a été évoqué. D’autre part, on a convenu d’assurer une meilleure su­per­vi­sion du sys­tème fi­nan­cier. À cette fin, on s’est en­tendu pour mener des tra­vaux sur une va­riété de su­jets qui doivent dé­bou­cher sur des pro­po­si­tions pour la pro­chaine ren­contre. Celle-ci doit se tenir au plus tard à la fin d’avril pro­chain. On est en­core loin du « su­per­gen­darme » de la fi­nance in­ter­na­tio­nale ré­clamé par le pré­sident Sar­kozy, mais c’est un pre­mier pas en di­rec­tion d’un re­nou­vel­le­ment et d’un ren­for­ce­ment de la ré­gle­men­ta­tion des mar­chés financiers.

Enfin, tout der­niè­re­ment, di­vers pays ont es­quissé les grandes lignes des plans de re­lance qu’ils en­vi­sagent. Le pro­chain gou­ver­ne­ment Obama vou­drait un ef­fort très sub­stan­tiel de l’ordre de 700 mil­liards sur deux ans vi­sant la créa­tion de 2,5 mil­lions d’emplois. Le plan se­rait centré sur le re­nou­vel­le­ment des in­fra­struc­tures rou­tières et éco­lières, le dé­ve­lop­pe­ment de sources d’énergie re­nou­ve­lables et la pro­duc­tion de vé­hi­cules moins gour­mands en es­sence. Quant aux Bri­tan­niques, ils en­vi­sagent un plan de l’ordre de 40 mil­liards mi­sant sur­tout sur une ré­duc­tion de leur taxe sur la va­leur ajoutée, qui pas­se­rait tem­po­rai­re­ment de 17,5 % à 15 %.

L’orientation des gou­ver­ne­ments du Ca­nada et du Québec

Pour le mo­ment, au Ca­nada, le gou­ver­ne­ment est de­meuré plutôt évasif sur ses in­ten­tions. Même s’il se dit de plus en plus pré­oc­cupé par la si­tua­tion, le nou­veau gou­ver­ne­ment conser­va­teur de Harper at­tend de voir l’évolution de la si­tua­tion avant de se com­mettre. À ce jour, ni l’état pré­oc­cu­pant du sec­teur ma­nu­fac­tu­rier ni celui de l’industrie fo­res­tière n’ont sus­cité la moindre ré­ac­tion. En fait, le gou­ver­ne­ment ap­pa­raît ti­raillé entre ses pen­chants idéo­lo­giques pour le laisser-faire, voire même une po­li­tique d’austérité bud­gé­taire, et les conver­gences in­ter­na­tio­nales aux­quelles il dit sous­crire au sujet de la né­ces­sité de plans de sti­mu­la­tion éco­no­mique. Contrai­re­ment à son at­ti­tude ras­su­rante pen­dant la ré­cente cam­pagne élec­to­rale, le pre­mier mi­nistre Harper évoque dé­sor­mais la pro­ba­bi­lité de dé­fi­cits pour les pro­chaines an­nées, tout en qua­li­fiant ceux-ci de tem­po­raires. Un énoncé éco­no­mique doit être pro­duit sous peu, qui four­nira peut-être une meilleure in­di­ca­tion quant aux in­ten­tions du gou­ver­ne­ment. Plus pro­ba­ble­ment, le gou­ver­ne­ment re­tar­dera jusqu’au dépôt du budget de fé­vrier pro­chain les an­nonces de me­sures de sou­tien économique.

Au Québec, la cam­pagne élec­to­rale en cours en­traîne beau­coup de dis­tor­sion dans les pers­pec­tives de ges­tion éco­no­mique. Les cadres fi­nan­ciers du Parti qué­bé­cois (PQ) et du Parti li­béral du Québec (PLQ), de l’ordre du mil­liard et demi de dol­lars ad­di­tion­nels sur cinq ans, s’inscrivent dans les bornes ha­bi­tuelles de la crois­sance mi­ni­male des bud­gets an­nuels. En outre, leur contenu se res­semble pas­sa­ble­ment. La réa­li­sa­tion de ces en­ga­ge­ments dé­pend tou­te­fois de l’évolution de la si­tua­tion éco­no­mique, la­quelle est plutôt in­cer­taine comme tous le savent. Dans sa mise à jour du début de no­vembre, la mi­nistre des Fi­nances, ma­dame Mo­nique Jérôme-Forget, pré­voit une crois­sance de l’économie du Québec de 0,6 % en 2009. Elle table sur­tout sur les ef­fets sti­mu­la­teurs du plan sur les in­fra­struc­tures déjà bien en­gagés et les baisses d’impôt consen­ties dans le der­nier budget pour main­tenir l’économie à flot. D’autres pré­vi­sion­nistes, comme le Confe­rence Board, misent aussi sur la bonne tenue de l’industrie aé­ro­nau­tique qué­bé­coise pour sou­tenir l’économie.

Nos orien­ta­tions

Il est clair pour nous que les dif­fi­cultés éco­no­miques ac­tuelles dé­coulent du laxisme et du laisser-faire des gou­ver­ne­ments en ma­tière de ré­gu­la­tion des mar­chés, à cause de leur parti pris idéo­lo­gique néo­li­béral. De­main, ceux-ci lan­ce­ront sans doute des ap­pels au ser­rage de cein­ture et cher­che­ront à faire sou­tenir par les tra­vailleuses et les tra­vailleurs le coût des dé­gâts oc­ca­sionnés par deux dé­cen­nies d’incurie. Il faut re­fuser de telles po­li­tiques. Au contraire, le ré­ta­blis­se­ment de la pros­pé­rité sup­pose un en­ga­ge­ment plus im­por­tant de l’État dans l’économie, en tant que ré­gu­la­teur et en tant qu’acteur éco­no­mique. C’est dans cet es­prit que nous avons ré­clamé, entre autres, une ac­cé­lé­ra­tion du Plan qué­bé­cois des in­fra­struc­tures, l’intensification des in­ves­tis­se­ments dans les ser­vices pu­blics et le ren­for­ce­ment des pro­grammes so­ciaux. Nous sou­hai­tons éga­le­ment une ré­gle­men­ta­tion plus ri­gou­reuse des mar­chés fi­nan­ciers. Les ob­jec­tifs des au­to­rités mo­né­taires ne doivent plus se li­miter au contrôle de l’inflation, pen­dant que se dé­ve­loppent des bulles spé­cu­la­tives de toutes sortes. La sta­bi­lité ma­cro­fi­nan­cière doit aussi être un ob­jectif de la po­li­tique, par des moyens ap­pro­priés de ges­tion sys­té­mique par l’État du sec­teur fi­nan­cier. Il faut aussi saisir l’occasion qu’offre la crise ac­tuelle pour ré­orienter nos fa­çons de faire, dans le sens du dé­ve­lop­pe­ment du­rable et du res­pect de l’environnement.

An­nexe

Emplois au Québec 2006-2008

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