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Publications et événements
Numéro 17, Hiver 2017
Présentation du dossier thématique

Démocratie : demos et kratos

La démo­cra­tie est une vieille idée qui s’est déve­lop­pée à tra­vers les luttes et les résis­tan­ces des peu­ples. L’étymologie du mot (demos : peuple et kratos : pou­voir) réfère à la cité grec­que, à l’agora des citoyens (sans les femmes et sans les escla­ves, qui sont la majo­rité des habi­tants), où les déci­sions sont prises sur les prio­ri­tés et l’allocation des rôles et des res­pon­sa­bi­li­tés par tout un chacun. Mais l’expérience démo­cra­ti­que dépasse de loin le péri­mè­tre athé­nien. Elle découle éga­le­ment de peu­ples et de com­mu­nau­tés qui s’inventent des pro­ces­sus et des struc­tu­res par­ti­ci­pa­ti­ves, par­fois même sans État ni struc­ture impo­sée sur et au-dessus de la société[1].

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Articles récents

Article 6
Les impasses de la révolution russe
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
15 février 2017
Chantiers théoriques

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


De la cri­ti­que que font Trotski et Lénine des ins­ti­tu­tions démo­cra­ti­ques, il res­sort qu’ils repous­sent en prin­cipe les repré­sen­ta­tions natio­na­les éma­nant d’élections géné­ra­les et ne veu­lent s’appuyer que sur les soviets. Mais alors pour­quoi a-t-on pro­clamé le suf­frage uni­ver­sel ? C’est ce qu’on ne voit pas très bien. D’ailleurs, autant que nous sachions, ce suf­frage uni­ver­sel n’a jamais été appli­qué : on n’a jamais entendu parler d’élections à aucune sorte de repré­sen­ta­tion popu­laire faite sur cette base. Il est plus pro­ba­ble qu’il n’est resté qu’un droit théo­ri­que, exis­tant uni­que­ment sur le papier, mais, tel qu’il est, il n’en consti­tue pas moins un pro­duit très remar­qua­ble de la théo­rie bol­che­viste de la dic­ta­ture. Tout droit de vote, comme d’ailleurs tout droit poli­ti­que, doit être mesuré, non pas d’après des sché­mas abs­traits de jus­tice et autres mots d’ordre tirés de la phra­séo­lo­gie bour­geoise-démo­cra­ti­que, mais d’après les condi­tions éco­no­mi­ques et socia­les, pour les­quel­les il est fait. Le suf­frage éla­boré par le gou­ver­ne­ment des soviets est pré­ci­sé­ment cal­culé en vue de la période de tran­si­tion de la forme de société bour­geoise-capi­ta­liste à la forme de société socia­liste, en vue de la période de dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat. Conformément à l’interprétation de cette dic­ta­ture, que repré­sen­tent Lénine et Trotski, ce droit n’est accordé qu’à ceux qui vivent de leur propre tra­vail, et refusé aux autres.

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Article 5
Lénine, lecteur de Hegel (1)
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Irruption du mas­sa­cre de masse au cœur des pays impé­ria­lis­tes après un siècle de rela­tive « paix » interne, le moment de la Première Guerre mon­diale est simul­ta­né­ment celui de l’effondrement de son oppo­sant his­to­ri­que, le mou­ve­ment ouvrier euro­péen, essen­tiel­le­ment orga­nisé dans la Deuxième Internationale. Si l’on consi­dère que ce second désas­tre frappe cette vérité poli­ti­que même qui est née en réponse au pre­mier, et qui s’est nommée « Octobre 17 », et tout autant : « Lénine », c’est alors la boucle du « court ving­tième siècle » qui s’est refer­mée sur cette désas­treuse répé­ti­tion. Paradoxalement donc, le moment n’est peut-être pas si mal choisi pour repren­dre les choses par le début, à l’instant où, dans la boue et le sang qui sub­merge l’Europe en cet été 1914, le siècle surgit.

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Art, culture et politique
Dada et avant-garde russe : sur les liens entre l’art, la politique et la révolution…
5 février 2017
Chantiers théoriques

1916. Il y a un peu plus d’un siècle, voyait le jour en Suisse le mou­ve­ment Dada. Ce mou­ve­ment artis­ti­que a été créé lors de la Grande Guerre de 1914-1918. À cette occa­sion, des artis­tes sor­tent de leur iso­le­ment et déci­dent de pren­dre posi­tion contre ce grand car­nage humain qui déchire les pays civi­li­sés d’Europe. Certains mem­bres de ce groupe ten­te­ront, à l’instar du cou­rant artis­ti­que de l’Avant-garde russe, de jouer un rôle pivot impor­tant dans la défi­ni­tion des liens à créer entre l’art, la poli­ti­que et la révo­lu­tion. Je vous pro­pose, dans les lignes qui sui­vent, une réflexion cri­ti­que autour des notions sui­van­tes : « Dada », « Avant-garde russe », art, poli­ti­que et révo­lu­tion.

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Article 4
Un Octobre pour nous, pour la Russie et pour le monde entier
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Appel lancé par dix-sept intel­lec­tuels et artis­tes russes, dont Alexander Buzgalin*

(…)

Une révolution sociale

La révo­lu­tion d’octobre n’a pas été le fait de conspi­ra­teurs ou d’agents secrets au ser­vice de l’étranger. Elle fut un trem­ble­ment de terre, un oura­gan, un tsu­nami que per­sonne n’aurait pu pro­vo­quer par un simple appel. La révo­lu­tion naquit de la logi­que interne des évé­ne­ments quand les sour­ces mul­ti­ples du mécon­ten­te­ment popu­laire ont convergé en un seul tor­rent tout-puis­sant. L’interpréter comme le pro­duit d’une conspi­ra­tion est pour le moins étrange : à sup­po­ser que cela soit vrai, com­ment expli­quer la mise en place rapide d’un gou­ver­ne­ment cen­tral dans un pays immense et le sou­tien du peuple russe qui le défen­dit par les armes pen­dant la guerre civile ?

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ATTENTAT DE QUÉBEC
Le terreau fertile d’une extrême droite bien de chez nous
1 février 2017
Conjonctures et actualités

Sous le choc de l’émotion quant au carac­tère indi­ci­ble de la tra­gé­die, il nous faudra sans doute du temps pour rendre celle-ci intel­li­gi­ble et sur­mon­ter la ten­ta­tion de la réduire trop faci­le­ment à une dérive patho­lo­gi­que décon­tex­tua­li­sée. Comment un enfant de bonne famille ayant grandi dans un pays dont l’identité fon­da­men­tale repose sur la « diver­sité » et la tolé­rance en vient-il à tirer sur d’innocentes vic­ti­mes dont le seul crime est de prier leur Dieu dans un temple censé les pro­té­ger contre l’horreur et la bêtise du monde ?

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Les populismes, la presse et Trump
25 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Le phé­no­mène popu­liste a été lar­ge­ment décrit et étudié en Amérique latine. On a sou­vent affirmé que les lea­ders popu­lis­tes étaient pro­pres aux cultu­res et tra­di­tions lati­nes, mais voilà que le monde et les États-Unis en par­ti­cu­lier décou­vrent qu’ils sont sur­tout le propre d’un contexte, de cer­tai­nes condi­tions socia­les qui le favo­ri­sent. C’est la société elle-même qui rend légi­time et accepte le leader popu­liste, ainsi que son excen­tri­cité et son éthi­que dou­teuse. Les auto­ri­ta­ris­mes sont une construc­tion sociale.

Une stra­té­gie poli­ti­que

S’il est vrai que les atta­ques contre la presse sont appa­rues au cours de la cam­pa­gne élec­to­rale, le nou­veau pré­si­dent amé­ri­cain a très tôt mis en évi­dence une appro­che popu­liste sem­bla­ble à ce que nous connais­sons en Amérique latine. Pour les popu­lis­tes, la prio­rité est l’établissement d’un lien direct avec la popu­la­tion, sans la média­tion des partis poli­ti­ques, de leurs idéo­lo­gies ou pro­gram­mes. Seule compte la parole du leader.

Les médias, por­teurs d’une diver­sité d´opinons et d’analyses basées sur les faits, peu­vent rapi­de­ment deve­nir un obs­ta­cle à cette rela­tion. La stra­té­gie est alors de les contour­ner. D’abord, en condam­nant le jour­na­lisme cri­ti­que, en cher­chant à lui faire perdre sa légi­ti­mité, en l’accusant de par­tia­lité et de manque d’objectivité. Ensuite, en ren­for­çant tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion per­met­tant un lien direct avec les « masses ano­ny­mes ». Pour le moment, Donald Trump pri­vi­lé­gie l’usage de Twitter, mais peut-être arri­vera-t-il à mul­ti­plier les moyens de com­mu­ni­ca­tion directe. Par exem­ple, une chaîne de nou­vel­les telle que Fox News pour­rait éven­tuel­le­ment relayer ses posi­tions sans filtre cri­ti­que. En Amérique latine, les pré­si­dents Chavez et Correa (Venezuela et Équateur) ont trans­formé des médias publics en médias « offi­ciels ».

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Article 3
L’État et la révolution
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


De Marx à 1917

La seule « cor­rec­tion » que Marx ait jugée néces­saire d’apporter au Manifeste com­mu­niste, il la fit en s’inspirant de l’expérience révo­lu­tion­naire des com­mu­nards pari­siens. La der­nière pré­face à une nou­velle édi­tion alle­mande du Manifeste com­mu­niste, signée de ses deux auteurs, est datée du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y décla­rent que le pro­gramme du Manifeste com­mu­niste « est aujourd’hui vieilli sur cer­tains points ». La Commune a démon­tré que la classe ouvrière ne peut pas se conten­ter de pren­dre la machine de l’État toute prête et de la faire fonc­tion­ner pour son propre compte.

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Appel de Porto Alegre pour la solidarité mondiale des peuples
22 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Nous, mem­bres du Conseil inter­na­tio­nal du FSM, réunis à Porto Alegre à l’occasion du Forum social des résis­tan­ces, affir­mons notre soli­da­rité avec les mil­lions de per­son­nes qui ont répondu, à Washington et dans plus 600 villes du monde, à l’appel de la marche des femmes contre Trump et le trum­pisme.

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Article 2
Octobre 1917 à l’épreuve de l’histoire
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
18 janvier 2017
Conjonctures et actualités


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


La révo­lu­tion d’Octobre a pro­fon­dé­ment marqué l’histoire du XXe siècle (1). Elle a sus­cité de nom­breu­ses polé­mi­ques, des jus­ti­fi­ca­tions et des pro­cla­ma­tions idéo­lo­gi­ques, des images d’Épinal et des condam­na­tions sans appel qui se confon­dent, pour de nom­breux obser­va­teurs, avec la réa­lité. La per­pé­tua­tion de ces repré­sen­ta­tions ancrées dans l’événement fon­da­teur que fut la prise du Palais d’hiver contri­bue à mas­quer, dans l’esprit de beau­coup, la réa­lité. Ainsi, en 1917, ce qui pré­do­mi­nait était le bou­le­ver­se­ment géné­ral (armée, police, appa­reil d’État, milieux éco­no­mi­ques, opi­nions et per­cep­tion de la vie poli­ti­que) et un chaos qui allait pro­fon­dé­ment peser sur les choix des bol­che­viks. À plu­sieurs repri­ses d’ailleurs, ce qui se joue sur la scène sovié­ti­que n’a pas de rap­port avec le décor et les dis­cours. Conséquence : une his­toire pleine de sur­pri­ses car elle a pour cadre un espace por­teur de crises, où les fac­teurs de décom­po­si­tion ont agi avec une vio­lence par­ti­cu­lière et où les fac­teurs de recom­po­si­tion ont pris des formes sur­pre­nan­tes. Tout sys­tème, pré­sent ou passé, doit être ana­lysé du point de vue de ses forces vives, de sa capa­cité ou non à se réfor­mer, et donc à trou­ver une nou­velle vita­lité en aban­don­nant une orien­ta­tion dan­ge­reuse. Les idéo­lo­gies sont sou­vent aveu­glan­tes, car elles pra­ti­quent l’autocélébration : elles amè­nent les êtres humains à oublier que le régime sous lequel ils vivent et qu’ils consi­dè­rent comme plus sou­hai­ta­ble a com­mencé à fonc­tion­ner selon d’autres règles, sous l’action de fac­teurs éco­no­mi­ques et sociaux dis­sol­vants, capa­bles de le vider de sa sub­stance et de n’en lais­ser sub­sis­ter que les appa­ren­ces. Une telle situa­tion peut être com­pa­rée à un théâ­tre où le décor et l’action n’ont rien à voir. Le décor est celui d’une autre pièce, appar­te­nant à une autre époque ; quant à l’action qui se joue, elle mène tout à fait ailleurs.

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